La Maison-Blanche fait la part belle à la bioéconomie

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Le Président des Etats-Unis, Barack Obama, avait annoncé le 16 septembre 2011 que son administration développerait un projet national de bio-économie. Chose promise, chose due : le National Bioeconomy Blueprint a été dévoilé le 26 avril 2012.

Un plan national pour relancer et encourager la bioéconomie

L’administration Obama a montré son engagement et sa volonté de faire de la recherche en sciences de la vie un moteur pour l’innovation et la croissance économique aux Etats-Unis. En effet, le 26 avril 2012, la Maison-Blanche a rendu publique un Plan National de Bioéconomie (National Bioeconomy Bluperint en anglais) qui défend "une approche globale mettant à contribution les innovations en biosciences pour résoudre les problèmes nationaux de santé, d’alimentation, d’énergie et d’environnement" [3]. L’administration Obama reconnaît la bioéconomie - les activités économiques générées par la recherche et l’innovation dans le domaine des biosciences - comme une priorité pour les Etats-Unis. Selon le rapport, les biosciences pourraient non seulement permettre de relever les défis nationaux cités plus haut mais aussi d’augmenter la croissance et de créer des emplois.

Le National Bioeconomy Bluperint est construit autour de cinq "impératifs stratégiques". Le premier impératif est de soutenir les investissements en matière de recherche et développement. L’Administration souhaite notamment favoriser le développement des technologies dans les nouvelles branches de la biologie telles que la biologie synthétique (combinaison de la biologie et de l’ingénierie afin de concevoir et de synthétiser des nouveaux systèmes et fonctions biologiques), la protéomique (étude de l’ensemble des protéines d’une cellule) et la bioinformatique (outils informatiques pour l’analyse des données biologiques). Elle prévoit également de réorganiser les mécanismes de financement afin d’encourager les recherches à hauts risques et à hauts rendements mais aussi les recherches interdisciplinaires, à la frontière de la biologie et des autres disciplines [3].

Le deuxième point est l’amélioration du transfert d’innovations des laboratoires aux commerces. Le Bureau américain pour la Science et la Technologie gère deux programmes compétitifs de transfert de technologies : le Small Business Innovation Research (SBIR) et le Small Business Technology Transfer (STTR) [1]. Les agences fédérales sont invitées à réévaluer et mettre à jour ces programmes notamment en réduisant le temps des évaluations, en engageant plus d’évaluateurs et en utilisant plus d’experts industriels externes. Autre stratégie pour faciliter le chemin de la recherche à la commercialisation, l’implication plus importante des grands groupes industriels dans les milieux universitaires [3].

Le troisième impératif stratégique a pour objectif de réformer les réglementations en vigueur afin d’accélérer les processus d’évaluation et de réduire les coûts tout en préservant la sécurité sanitaire et environnementale [3]. En effet, certaines compagnies pharmaceutiques et industries de biotechnologies se plaignent que la FDA (Food and Drug Administration) est trop stricte et opaque, et de ce fait décourage les investisseurs potentiels. Cette réforme devrait les séduire, contrairement à l’avis de certains consommateurs qui soulignent déjà les dangers d’une évaluation trop rapide [4].

Enfin les deux derniers axes concernent l’amélioration des programmes éducatifs et la formation des professionnels ainsi que l’encouragement des collaborations entre institutions publiques et privées [3].

Des initiatives d’ores et déjà lancées

En parallèle de l’annonce de ce Plan, l’administration Obama a présenté une liste d’initiatives déjà en cours, voici quelques exemples notables [5] :

- Le programme d’achat de bioproduits est élargi grâce au renouvellement du programme "BioPreferred" administré par le US Departement of Agriculture (USDA). Les agences gouvernementales américaines se sont engagées à utiliser et promouvoir des produits ayant la plus haute teneur en contenu biosourcé. Ce programme de l’USDA prévoit également un système d’étiquetage qui vise à informer les consommateurs quant à leurs achats [7]. Cette action a pour objectifs de promouvoir le développement économique des zones rurales, créer de l’emploi et réduire la dépendance des Etats-Unis vis-à-vis des produits dérivés du pétrole.

- Le secrétaire à l’agriculture, Tom Vilsak, a annoncé que l’USDA accordait une subvention de 5 millions de dollars à la société Western Plains Energy afin de permettre la construction d’un digesteur - installation permettant la production de biogaz par fermentation - dans la ville de Oakley, Kansas. La fermentation (ou digestion anaérobie) est le processus de dégradation des substances organiques à l’aide des micro-organismes dits anaérobies. Le biogaz produit est un gaz combustible, un mélange en moyenne de méthane (CH4) à 65% et de CO2 à 35% [8].

- La FDA a lancé un nouveau programme éducatif au sein du Center for Devices and Radiological Health (CDRH) destiné à remettre à niveau les personnes en charge des processus d’évaluation sur l’état des connaissances et des technologies émergentes dans leur domaine. En effet, les technologies associées aux dispositifs médicaux étant en constante évolution, ce programme est essentiel pour les employés du CDRH.

- Le tout nouveau centre de recherche translationnelle du NIH, le National Center for Advancing Translational Sciences (NCATS) s’associe à Elli Lilly, une compagnie pharmaceutique d’envergure mondiale, pour écrire un guide permettant d’aider les chercheurs à transformer leurs découvertes fondamentales en traitements potentiels pour les patients [2]. Ce "manuel", qui devrait être disponible gratuitement sur support numérique dans le courant du mois de mai, reflétera l’expérience de plus de 100 chercheurs/auteurs du monde entier. Ce projet collaboratif incarne la mission du NCATS : améliorer le processus de commercialisation des nouvelles découvertes et promouvoir une recherche translationnelle moins coûteuse et plus efficace.

Le Plan National de Bioéconomie : révolution ou pas ?

A la lecture de ces différentes initiatives, on peut se demander : quels sont les changements concrets apportés par le Plan National de Bioéconomie ? L’annonce semble en tous cas perçue comme un encouragement par l’industrie des biotechnologies qui jusque-là avait reçu très peu d’attention du Président Barack Obama comparativement à d’autres secteurs (électronique, médias ou énergie solaire par exemple). Le Plan est "le signe que nous avons été entendus", a déclaré dans une interview James Greenwood, le président de l’association Biotechnology Industry Organisation (BIO) [4]. "C’est peut-être la première fois que le pays reconnaît l’impact global que les sciences de la vie peuvent avoir sur l’économie actuelle et future" constate le Dr Phillip A. Sharp, prix Nobel de médecine (1993) et lauréat de la National Medal of Science (2004) [4].

Conclusion

Comme l’a déclaré Barack Obama en décembre 2011 : "Le monde s’oriente vers une économie de l’innovation et personne ne fait mieux de l’innovation que les Etats-Unis" [3]. Si beaucoup d’initiatives ont déjà été prises pour favoriser la bioéconomie et encourager la recherche et le développement dans le domaine des biosciences, le National Bioeconomy Blueprint pose clairement les ambitions et les objectifs de l’administration Obama. Des ambitions qui ne sont pas uniquement américaines ; l’Europe aussi fait le pari de l’innovation et des biosciences. En effet, la Commission européenne a adopté le 13 février 2012 un plan d’action visant à exploiter durablement les ressources et à tendre vers une bioéconomie [10].

Sources :


- [3] The White House. National Bioeconomy Blueprint - Executive summary [En ligne]. Disponible sur : http://www.whitehouse.gov/blog/2012/04/26/national-bioeconomy-blueprint-released
- [4] The New-York Times. Andrew Pollack.White House Promotes a Bioeconomy[En ligne]. Disponible sur : http://www.nytimes.com/2012/04/26/business/energy-environment/white-house-promotes-a-bioeconomy.html?_r=1
- [5] Executive Office of the President. Putting the Bioeconomy Blueprint to Work [En ligne]. Disponible sur : http://www.whitehouse.gov/sites/default/files/microsites/ostp/bioeconomy_fact_sheet_april_26_2012_0.pdf
- [6] Nature News Blog. Erika Check Hayden. Obama administration issues ’Bioeconomy Blueprint’ [En ligne]. Disponible sur : http://blogs.nature.com/news/2012/04/obama-administration-issues-bioeconomy-blueprint.html
- [7] Beta Analytic. Programme BioPreferred du Ministère de l’Agriculture des Etats-Unis (USDA) [En ligne]. Disponible sur : http://www.betalabservices.com/francais/biosources/ecolabels-astm-d6866.html
- [8] Le Biogaz Energie Renouvelable. Installations de Biogaz [En ligne]. Disponible sur : http://www.biogaz-energie-renouvelable.info/biogaz_installations.html
- [9] Affaires sans frontières. Obama veut transformer les Etats-Unis en bioéconomie [En ligne]. Disponible sur : http://affairessansfrontieres.bwob.ca/secteurs-d-activite/biens-de-consommation/obama-veut-transformer-les-etats-unis-en-bioeconomie/
- [10] Actu-environnement.com. Nouvelle stratégie européenne en faveur d’une bioéconomie "durable"[En ligne]. Disponible sur : http://www.actu-environnement.com/ae/news/strategie-innovation-europe-croissance-durable-bioeconomie-14942.php4

Pour en savoir plus, contacts :


- [1] U.S. Small Business Administration [En ligne], Disponible sur : http://archive.sba.gov/aboutsba/sbaprograms/sbir/Aboutus/index.html
- [2] BE Etats-Unis 273. Lisa Treglia. Le nouveau centre de recherche translationnelle du NIH : un projet ambitieux en phase d’aboutissement ? [En ligne], Disponible sur : http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/68792.htm
Code brève
ADIT : 69981

Rédacteurs :

Manon Lecomte, deputy-sdv.la@ambascience-usa.org ;
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