La National Science Foundation américaine ferme ses bureaux à l’étranger

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Le 20 février dernier, Science|Business, réseau européen d’universités, d’entreprises, d’organisations de recherche et de décideurs politiques, a révélé que la National Science Foundation (NSF) américaine prévoyait de fermer ses bureaux à l’étranger. Les responsables de son bureau européen, ouvert à Paris en 1984 et déplacé en 2015 à Bruxelles, ainsi que du bureau de Pékin, établi en 2006, devraient être rappelés d’ici cet été. Le plus ancien poste de la NSF à l’étranger, situé à Tokyo depuis 1960, est également concerné par cette fermeture. Ce dernier était d’ailleurs sans directeur depuis un an. Le 21 février, la NSF a confirmé l’information dans un communiqué de presse, arguant que « le monde ayant changé, l’intérêt d’avoir des bureaux physiques avait également changé ».

Selon Science|Business, la raison invoquée en interne est le manque de personnel au siège de l’agence [1]. Dans son communiqué, la NSF avance quant à elle l’idée d’un changement stratégique dans sa façon de soutenir la coopération scientifique internationale. Plutôt que de « compter sur un petit nombre de bureaux statiques avec un nombre limité d’employés », elle entend « déployer des experts dans le cadre d’expéditions de court-terme dans des zones particulières afin d’explorer les opportunités de collaboration ». Ainsi, la coopération internationale de la NSF s’en trouverait « modernisée et élargie ».

La diplomatie scientifique des Etats-Unis à l’épreuve

Cette décision peut être vue comme un recul de la diplomatie scientifique [2] américaine. En effet, le rôle joué par ces postes à l’étranger est non négligeable, comme le rappelle Science|Business. Le bureau européen de la NSF a par exemple contribué à obtenir des avancées dans le cadre de l’accord de coopération scientifique entre la Commission européenne et les Etats-Unis. Depuis 2016, les chercheurs américains peuvent ainsi participer au programme européen Horizon 2020 sans avoir à se soumettre à toutes les conditions prévues dans l’accord formel de subvention.

La fermeture du bureau de Pékin pose aussi question au regard de la montée en puissance de la Chine sur la scène scientifique internationale. Dans son rapport biannuel Science & Engineering Indicators, publié en janvier 2018, la NSF relève en effet que la Chine a dépassé les Etats-Unis en nombre de publications scientifiques en 2016. Bien que les Etats-Unis conservent la première place pour les dépenses de R&D, leur part dans les dépenses mondiales est passée de 37% à 26% entre 2000 et 2015. Dans le même temps, l’intensité des dépenses de R&D (ratio des dépenses de R&D par rapport au PIB) de la Chine a plus que doublé, si bien qu’un tiers de la croissance mondiale des investissements dans la R&D sur cette période lui est imputable. Dès lors, c’est la capacité même des Etats-Unis à maintenir leur domination scientifique qui semble être en jeu.

Un contexte politique difficile pour les agences scientifiques américaines

Cette décision intervient dans un contexte particulier où le président Trump n’a toujours pas nommé de directeur pour l’Office of Science and Technology Policy (OSTP) de la Maison Blanche. Ce dernier joue traditionnellement le rôle de conseiller scientifique du président et un tel poste n’était jamais resté aussi longtemps vacant depuis les années 1970. De plus, ce n’est pas le seul poste haut placé dans les instances scientifiques de l’administration américaine qui reste non pourvu à ce jour. En plus de son directeur, l’OSTP attend toujours la nomination de quatre de ses directeurs adjoints. Quant au President’s Council of Advisors on Science and Technology (PCAST), qui est administré par l’OSTP, ses membres n’ont toujours pas été désignés, bien que sa charte a été renouvelée en septembre dernier. Les autres postes en attente de nominations du président sont :

  • l’administrateur adjoint de la National Aeronautics and Space Administration (NASA) ,
  • le directeur de l’Office of Science du Department of Energy (DOE),
  • le directeur de l’Advanced Research Projects Agency-Energy (ARPA-E),
  • le sous-secrétaire à l’Energie pour l’efficacité énergétique et les énergies renouvelables,
  • le sous-secrétaire à l’Energie pour l’énergie nucléaire,
  • l’administrateur adjoint pour les programmes de défense de la National Nuclear Security Administration (NNSA) ,
  • le sous-secrétaire pour la science et la technologie du Department of Homeland Security ,
  • l’administrateur assistant pour la recherche et le développement de l’Environmental Protection Agency (EPA),
  • le sous-secrétaire d’Etat pour les océans et les affaires scientifiques et environnementales internationales.

De plus, certains postes sont toujours vacants malgré les nominations annoncées, en raison de l’absence de validation du Sénat. C’est le cas notamment de l’administrateur de la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA) .

Contraintes budgétaires et réorganisation interne de la NSF

En ce qui concerne la NSF, alors que sa directrice France Córdova a été maintenue – comme cela est fait traditionnellement – par le président Trump, elle est toujours dépourvue de directeur adjoint (en l’absence de nomination présidentielle). Cependant, la portée politique de la fermeture de ses bureaux à l’étranger est contestée et des contraintes budgétaires sont avancées en interne. Pourtant, suite à l’accord budgétaire bipartisan obtenu au Congrès début février, la Maison Blanche a accompagné son projet de budget 2019 d’un avenant revenant notamment sur les coupes budgétaires prévues pour la NSF. D’ailleurs, la baisse prévue dans le budget 2019 de l’Office of International Science and Engineering (OISE) de la NSF, dont dépendent les bureaux à l’étranger de l’agence, n’atteint même pas le demi-million de dollars.

Il est vrai néanmoins que sous cette apparente continuité budgétaire, un « nouveau modèle de financement pluridisciplinaire » est en train de se mettre en place au sein de la NSF. Pour la première fois, l’administration a proposé dans sa requête budgétaire de 2019 de financer chacune des « 10 Big Ideas » présentées par la NSF en 2016. Il s’agit de domaines clés nécessitant des investissements à long terme pour assurer le leadership scientifique des Etats-Unis et ainsi contribuer à « la prospérité, la sécurité, la santé et le bien-être » du pays. Reste à savoir si la fermeture des bureaux de la NSF à l’étranger facilitera la réalisation de ces objectifs ambitieux.


Rédacteur :

- Raphaël Ollivier-Mrejen, Attaché Adjoint pour la Science et la Technologie, Ambassade de France à Washington DC, deputy-coop@ambascience-usa.org