La capacité des sols forestiers à séquestrer le carbone serait surestimée

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Selon une étude réalisée par le Smithsonian Environmental Research Center, la matière organique contenue dans des sols forestiers exposés sur de longues périodes à des concentrations élevées de CO2 atmosphérique aurait tendance à se dégrader plus rapidement. Ce déstockage de carbone par les sols annulerait une partie de la séquestration résultant d’une assimilation plus importante du carbone par les plantes dans une atmosphère enrichie. Ce résultat relativise l’opinion couramment entretenue qu’une élévation de la concentration de CO2 serait compensée par une plus grande séquestration dans les écosystèmes et les sols.

Des parcelles couvertes de chênes de Turquie (Quercus laevis) ont été soumises pendant 6 ans à une atmosphère enrichie en CO2 (concentration doublée). Si les plantes soumises à ce régime ont effectivement stocké du carbone (212 g/m2 en moyenne dans les parties aériennes et 646 g/m2 dans le réseau racinaire), en revanche 442 g/m2 de carbone du sol a été perdu, principalement dans les 10 premiers centimètres supérieurs.

Des expériences en laboratoire ont permis d’examiner les processus microbiens à l’origine de ce déstockage et le rôle joué par la litière dans la promotion de la décomposition du carbone organique du sol. Il ressort que l’augmentation du CO2 atmosphérique stimule l’activité enzymatique des microorganismes du sol, promouvant de ce fait une décomposition plus rapide de la matière organique. Ce mécanisme est plus efficace en présence d’ajouts carbonés (litière).

Les parcelles utilisées dans l’étude (situées au sein du Merritt Island Wildlife Refuge, Cape Canaveral, Floride) ont permis d’étudier ces phénomènes sur une période relativement courte. En effet, elles étaient implantées sur des sols pauvres dont le stock de carbone est constitué à 75% de chaînes carbonées légères, donc plus actives. L’extrapolation de ces résultats à des sols bien développés n’est donc pas immédiate, mais, selon les auteurs, les mécanismes ici identifiés sont susceptibles de généralisation.

Dans la lutte contre l’augmentation de la concentration du CO2 atmosphérique, les sols sont souvent considérés comme un des principaux puits terrestres et de nombreuses stratégies sont actuellement explorées pour augmenter la séquestration pédologique. Ils contiennent environ 2000 gigatonnes de carbone, soit quatre fois le carbone de la biomasse végétale et un peu moins de trois fois le carbone atmosphérique.

Source :


- http://www.terradaily.com/reports/Smithsonian_Scientists_Report_New_Carbon_Dioxide_Study_999.html
- Karen M. Carney, Bruce A. Hungate, Bert G. Drake, and J. Patrick Megonigal, Altered soil microbial community at elevated CO2 leads to loss of soil carbon, Proc. Natl. Acad. Scie. U.S.A., published March 13, 2007, 10.1073/pnas.0610045104
http://www.pnas.org/cgi/reprint/0610045104v1 (texte intégral)

Pour en savoir plus :
- SERC, Impact of elevated CO2 on a Florida scrub-oak ecosystem,
http://www.hrw.com/science/si-science/chemistry/matter/carbon/carbon_fla.html
- Janzen HH, Carbon cycling in earth systems - a soil science perspective, Agriculture, Ecosystems & Environment, 2004, 104 (3) : 399-417
http://edcintl.cr.usgs.gov/SEMSOC/uploads/documents/carbon_in_soils/carbon_cycling.pdf
(texte intégral)

Rédacteur :

Philippe Jamet, AST, Philippe.Jamet@diplomatie.gouv.fr

Voir en ligne : http://www.bulletins-electroniques….