La cigarette électronique, nouvelle "épidémie" aux Etats-Unis

, Partager

Les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) ont publié un nouveau rapport mettant en évidence l’augmentation de l’utilisation de la cigarette électronique chez les jeunes étudiants. Plus d’un lycéen sur quatre (27,1%) consommaient de façon régulière (20 jours ou plus sur une période de 30 jours) un ou plusieurs produits du tabac sur l’année 2018 (i.e. cigarette, cigarette électronique, pipe, cigare..), ce qui constitue une augmentation de 38% par rapport à l’année 2017. Tous les doigts sont pointés vers la cigarette électronique, considérée comme principale responsable de cette augmentation et dont l’utilisation chez les jeunes a augmenté de 78% entre les années 2017 et 2018.

Un état des lieux préoccupant

Dans un communiqué publié au début du mois de Février, le directeur des CDC faisait part de son inquiétude face à l’augmentation préoccupante de l’utilisation de la cigarette électronique chez les jeunes étudiants (11-18 ans). Cette augmentation brutale menace en effet de détruire les efforts menés par les autorités de santé pour réduire la consommation des produits du tabac chez les jeunes. La figure 1 ci-dessous détaille l’évolution du nombre d’utilisateurs (exprimés en pourcentages) de cigarettes électroniques et autres produits du tabac chez les étudiants entre les années 2011 et 2018 (source : cdc.gov).


Si l’utilisation de la cigarette électronique et d’autres produits du tabac chez les collégiens semble se stabiliser depuis plusieurs années (lignes discontinues bleues), l’utilisation de la cigarette électronique chez les lycéens a augmenté de 1,5% à 20,8% entre les années 2011 et 2018. A l’heure actuelle, plus de 3 millions de lycéens américains utilisent de façon régulière leur cigarette électronique.

Cigarette électronique et addiction à la nicotine

Hormis le manque d’études portant sur les conséquences sur la santé humaine d’une utilisation prolongée de la cigarette électronique, l’une des préoccupations majeures des autorités de santé américaines concerne l’addiction à la nicotine développée par les jeunes utilisateurs d’e-cigarettes. Les liquides commercialisés peuvent atteindre une concentration en nicotine allant jusqu’à 36mg/mL. Si la quantité de nicotine absorbée lors d’une session de « vape » n’a pas encore été établie de façon précise, cette valeur numérique est à comparer avec la valeur de 1mg représentant la quantité moyenne de nicotine absorbée par un fumeur « classique » par cigarette. Dans le cadre d’une utilisation prolongée et/ou intensive, l’utilisateur d’e-cigarette peut ainsi être amené à absorber une quantité de nicotine très importante, éventuellement supérieure à celle contenue dans un paquet entier de cigarettes.

Une forte implication des secteurs public et privé

L’étude des risques sur la santé humaine liés à l’utilisation de la cigarette électronique et autres produits du tabac est un sujet qui mobilise d’importants acteurs des secteurs public et privé. L’Université de Californie du Sud (USC) à Los Angeles a déjà publié plusieurs études sur le sujet et a également reçu à la fin de l’année 2018 un nouveau financement de 17,8 millions de dollars de la part de la FDA. Ce financement va notamment permettre de mener une importante étude comportementale (impact du marketing, médias sociaux..) auprès des plus jeunes populations. L’agence fédérale américaine est particulièrement impliquée dans la lutte contre l’utilisation des produits du tabac chez les adolescents. Le Directeur Executif de la FDA Scott Gotlieb annonçait de surcroît le mois dernier être enclin à retirer du marché les cigarettes électroniques si aucune baisse dans leur utilisation n’était observée sur l’année 2019.

De nombreuses études, mais toujours pas de conclusions définitives

Les Centers for Disease Control and Prevention rappellent que bien qu’il soit quasiment certain que l’aérosol inhalé par un consommateur de cigarette électronique contienne moins de composés toxiques qu’une cigarette classique, le « vaping » ne constitue pas pour autant une pratique inoffensive. L’échauffement du liquide par la résistance incluse dans le dispositif induit en effet la libération de composés potentiellement toxiques, parmi lesquels certains métaux lourds et autres agents cancérigènes. La National Academy of Sciences a publié en 2018 un rapport de santé publique compilant les résultats provenant de plus de 800 études focalisées sur les conséquences de l’utilisation de la cigarette électronique sur la santé humaine. Ce rapport souligne le manque de preuves permettant de statuer sur :
-  La toxicité et les effets à long terme de certains composés présents dans l’e-liquide
-  La quantification du risque de transition de la cigarette électronique vers la cigarette classique pour un non-fumeur
-  Les bénéfices de l’utilisation de la cigarette électronique dans le cadre de l’arrêt du tabac

D’autre part, la légalisation du cannabis dans certains Etats entraine également une inquiétude des autorités de santé relativement à la consommation chez les jeunes de produits à base de chanvre sous forme de liquide à vaporiser.

Les zones d’ombre restent encore trop nombreuses à l’heure actuelle pour déterminer de façon précise les dangers encourus par les utilisateurs de cigarettes électroniques. En attendant les résultats des études portant sur la toxicité à long terme en lien avec l’utilisation de tels appareils, il s’agit désormais pour les autorités de santé d’accentuer les campagnes de sensibilisation auprès des plus jeunes populations.


Rédacteur :
- Raphaël Dubois, Attaché Adjoint pour la Science et la Technologie, Consulat Général de France à Los Angeles, deputy-sdv.la@ambascience-usa.org

Sources

https://www.tabac-info-service.fr/

https://news.usc.edu/154348/e-cigs-may-not-be-as-benign-as-many-believe/

https://www.cdc.gov/

https://www.usnews.com/news/health-news/articles/2019-01-30/vaping-tied-to-rise-in-stroke-heart-attack-risk

https://www.nap.edu/read/24952/chapter/1