La conférence « FACT-O Edmonton » souligne les problématiques soulevées par le changement climatique dans l’océan arctique

, Read this page in English , Partager

La conférence « FACT-O Edmonton » (« French AmeriCan Climate Talks – Ocean / The Arctic Ocean : from Local to Global Concerns ») s’est tenue à l’Edmonton Clinic Health Academy (ECHA) de l’Université d’Alberta le 5 novembre 2018. Réunissant plus de 60 participants, elle portait sur l’océan Arctique et a permis aux intervenants français et canadiens d’échanger sur les problématiques soulevées par le changement climatique dans cet océan bordé par le Canada et très particulier à de multiples égards (fortement impacté par le changement climatique, avec une gouvernance en mutation).

Une soixantaine de personnes étaient présentes à la conférence. Le public, très diversifié, comprenait des experts, professionnels, scientifiques, mais aussi professeurs et étudiants (l’événement se tenait sur le campus de l’Université d’Alberta).

Après le discours de bienvenue de Dr. Tammy Hopper, vice-provost de l’Université d’Alberta, Dr. Fabien Agenes, Attaché scientifique au Consulat général de France à Vancouver, a rappelé le rôle primordial de la France dans la lutte contre le changement climatique. Il a ensuite cédé la parole au chercheur en anthropologie et modérateur Dr. Mark Nuttall qui, après avoir mis en avant l’importance de l’Arctique pour la communauté scientifique, a invité le panel sur scène. Etaient donc présents :

  • Dr. Laura Castro de la Guardia, océanographe, jeune chercheuse à l’Université d’Alberta
  • Dr. Paul Myers, physicien, professeur à l’Université d’Alberta
  • Dr. Martin Raillard, chercheur en chef, Canadian High Arctic Research Station
  • M. Serge Segura, Ambassadeur chargé des océans, Ministère de l’Europe et des Affaires Etrangères

Laura Castro de la Guardia a souligné la nécessité de mieux comprendre la biologie de l’océan Arctique si nous voulons être capables de répondre aux profonds changements qu’il subit. Les chercheurs manquent de temps et devront apprendre à faire face aux problèmes de conservation des espèces sans encore comprendre complètement leurs écosystèmes. En particulier, elle travaille sur les microorganismes et virus émergents qui infectent les ours polaires.

Paul Myers a abordé la question de son point de vue d’océanographe physicien. Avec la fonte des glaces causée par le réchauffement climatique, c’est le système physique tout entier qui se modifie. De plus, les océans étant reliés les uns aux autres et n’en formant en réalité qu’un seul, une modification physique dans un océan se répercute forcément dans les autres. Avec des eaux plus chaudes, l’océan Arctique devient de plus en plus un océan comme les autres : c’est « l’atlantification de l’océan Arctique ».

Martin Raillard a exposé ses recherches par et pour les populations indigènes du Nord. Les chercheurs utilisent les connaissances empiriques et ancestrales des populations autochtones pour anticiper les transformations à venir. Il a affirmé son souhait que les populations indigènes soient impliquées à chaque étape de la recherche, pour le plus grand bénéfice de tous, ce que le Canada permet et promeut de plus en plus.

Enfin, Serge Segura, a détaillé les mutations en cours dans l’océan Arctique, la plupart trouvant leur origine dans le changement climatique : navigation, pêche. Elles génèrent des incertitudes et la nécessité d’une nouvelle gouvernance. Celle-ci posait la question du rôle et de l’avenir du Conseil de l’Arctique et des relations à établir entre Etats côtiers de cet océan et Etats utilisateurs de celui-ci.

Après 45 minutes de table ronde, le public a été invité à poser des questions aux intervenants, pendant une trentaine de minutes. Les questions adressées au panel étaient diverses et ont permis un débat constructif et élargi. Ainsi, public et panel ont échangé sur les questions de l’ouverture plus fréquente du Passage du Nord-Ouest, des populations autochtones et du financement de la recherche. La principale idée qui est ressortie du débat était de favoriser une gouvernance accrue, à travers des accords juridiquement contraignants ou des appels à l’action. Serge Segura a réitéré la nécessité de changer de paradigme, c’est-à-dire de réfléchir du point de vue de l’océan et non de celui des Etats côtiers, afin d’établir une telle gouvernance.

La conférence a été clôturée par le discours de Mark Nuttall, qui est revenu sur les différents sujets abordés pendant la table ronde et a notamment exploré la notion de « nouvel Arctique » évoquée lors du débat, avant d’inviter le public à rejoindre la réception.