La conscience du réchauffement global rend tiède

, Partager

Des travaux réalisés par des chercheurs en sciences politiques et sociales de Texas A&M University tendent à contredire le modèle couramment accepté, suivant lequel un faible niveau de perception des risques associé à une question impliquant la science et la société s’expliquerait par un déficit de connaissances sur ce sujet.

Les chercheurs ont interviewé 1093 personnes représentatives de la société américaine pour évaluer leur niveau de perception des risques liés au changement climatique et relier cette variable dépendante à des prédicteurs démographiques, idéologiques, informatifs et de confiance dans les experts scientifiques. Une variable intermédiaire, " l’efficacité personnelle " pour agir sur la diminution du risque climatique a également été mesurée.

32% de la variance de la variable dépendante est expliquée par des paramètres externes à la connaissance du sujet : au premier rang desquels le genre et la race (les hommes blancs ayant une plus forte perception), l’idéologie (incluant les valeurs écologiques) et l’âge (moins forte perception chez les jeunes sujets). 43% de la variance est expliquée en ajoutant, aux prédicteurs précédents, les paramètres de connaissance : information médiatique, experts scientifiques et l’efficacité personnelle. Cette dernière influe fortement sur la perception du risque. Les sujets "qui se sentent personnellement responsables du changement climatique sont de loin plus soucieux des effets futurs du réchauffement global et du changement climatique", avec une amplitude maximale de 1,7 points sur une échelle de perception des risques allant de 1 à 4.

En revanche, de manière en apparence paradoxale, les personnes les mieux informées ou le plus confiantes dans les experts scientifiques se sentent moins concernées, avec des décroissances respectives de 0,2 et 0,25. Selon les auteurs, ce résultat s’expliquerait par le fait que les informations sur le changement climatique relayées par les médias mettent en avant les incertitudes et les débats (alors que le consensus scientifique est quasi-total), ce qui induirait une attitude attentiste. Le rôle de l’expertise scientifique s’expliquerait par le fait que les sujets les plus confiants dans les résultats de la science seraient aussi plus confiants dans la capacité de celle-ci à résoudre le problème du changement climatique et perdraient ainsi en responsabilisation. Ces hypothèses sont confirmées par un modèle prédictif de l’efficacité personnelle, où les auteurs montrent que le niveau d’information et de confiance dans la science sont négativement corrélés à cette variable (-0,3 et -0,6 points respectivement sur une échelle de 4).

Ces résultats, représentatifs de la situation aux Etats-Unis, ne sont probablement pas extrapolables aux pays à conscience émergente, comme la Chine et l’Inde qui pourraient faire l’objet de comparaisons intéressantes. En revanche, ils confirment des travaux réalisés en Europe sur les OGM où les recherches sur l’embryon. Dans ces pays où informations, débats et résultats de la science sont largement diffusés, "les chercheurs peuvent juger perturbant le fait que plus le public a confiance en eux, moins ils se sentent concernés par leurs résultats".

Source :


- Global Warming : The More You Know the Less You Care, 27/03/2008 - http://www.ens-newswire.com/ens/mar2008/2008-03-27-095.asp
- Paul M. Kellstedt, Sammy Zahran, Arnold Vedlitz (2008) Personal Efficacy, the Information Environment, and Attitudes Toward Global Warming and Climate Change in the United States - Risk Analysis 28 (1) , 113-126 doi:10.1111/j.1539-6924.2008.01010.x
- http://www.blackwell-synergy.com/action/showPdf?submitPDF=Full+Text+PDF+%28135+KB%29&doi=10.1111%2Fj.1539-6924.2008.01010.x (texte intégral)

Pour en savoir plus, contacts :


- Brechin S.R., Comparative public opinion and knowledge on global climatic change and the Kyoto Protocol : the - US versus the world ? International Journal of Sociology and Social Policy, Volume 23, Number 10, 2003 , pp. 106-134(29) - http://salzburgacademy.files.wordpress.com/2007/05/brechin-comparative-public-opinon-2003.pdf
(texte intégral)
- Robert F. Durant, and Jerome S. Legge, Jr, Public Opinion, Risk Perceptions, and Genetically Modified Food Regulatory Policy, European Union Politics, Vol. 6, No. 2, 181-200 (2005)
DOI : 10.1177/1465116505051982 - http://eup.sagepub.com/cgi/content/abstract/6/2/181 (résumé)
- Geoffrey Evans, and John Durant, The relationship between knowledge and attitudes in the public understanding of science in Britain, Public Understanding of Science, Vol. 4, No. 1, 57-74 (1995)
DOI : 10.1088/0963-6625/4/1/004 - http://pus.sagepub.com/cgi/content/abstract/4/1/57 (résumé)
Code brève
ADIT : 53839

Rédacteur :

Philippe Jamet, AST, Philippe.Jamet@diplomatie.gouv.fr

Voir en ligne : http://www.bulletins-electroniques….