La course à la levée de fonds

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Mode de financement privé et très spécifique à la culture économique américaine, les objectifs dernièrement annoncés pour les campagnes de " fund raising " de quelques riches universités battent tous les records : 3 milliards de dollars sont espérés par Yale University ou University of Virginia, 4 par Columbia University et un objectif de 5 milliards pourrait être annoncé par Harvard University.
Malgré les montants exorbitants, la presse émet peu de doutes sur la possibilité que ces objectifs ne soient atteints. Mais les avis sont partagés quant à l’usage de ces fonds et aux conséquences sur le paysage de l’enseignement supérieur. D’un coté, les universités concernées par ces campagnes insistent sur les " énormes " progrès potentiellement réalisables grâce à l’attribution de ces nouveaux fonds sur des projets de recherches globales ou interdisciplinaires. Une augmentation des aides financières accordées aux étudiants, l’acquisition d’équipements plus modernes, la stimulation de l’ambition des établissements sont également parmi les bénéfices couramment cités.

D’un autre côté, quelques experts et présidents d’université plus modeste manifestent leurs inquiétudes face à ces " méga campagnes " de levée de fonds : la qualité de l’enseignement en est-elle meilleure ? S’apparentant de plus en plus à des banques et sociétés d’investissements, ces riches universités ne délaisserait-elles pas leurs véritables missions (la formation, l’instruction, la recherche) ? Certains experts parlent d’une compétition " malsaine ", les objectifs annoncés ne reflétant plus les réels besoins des établissements. Il s’agirait maintenant d’un jeu de surenchère, aboutissant à des objectifs de campagne fixés arbitrairement. Suite à son annonce de 3 milliards de dollars de dons espérés, Virginia University se félicitait en effet d’être la première université publique à afficher un objectif de cette envergure, rivalisant ainsi avec les plus riches et ambitieux établissements. Cet enrichissement lui permettrait aussi de gagner encore un peu plus d’autonomie vis-à-vis de l’état de Virginie, et d’augmenter significativement les aides financières offertes aux étudiants.
Ces " mega campagnes " étant à l’initiative des plus riches universités, les moins fortunés s’inquiètent également qu’une corrélation soit faite par un large public entre niveau de richesse de l’établissement et niveau d’excellence des programmes offerts (de récentes enquêtes confirment effectivement qu’il n’y pas de lien entre ces 2 facteurs).
Appréciées ou pas, les annonces de campagnes de levée de fonds avec des objectifs records devraient continuer à se développer, creusant encore l’énorme fossé entre les établissements riches et moins riches, et déformant la réalité économique de l’enseignement supérieur auprès du public (devant les impressionnants flots d’argent collectés par une petite élite d’institutions, le besoin de fonds publics dans l’enseignement supérieur américain n’a pas disparu).

Source :


- E-news : http://insidehighered.com/news/2006/10/12/billions
Deux rapports (déjà cités dans le précédent BE) concernant la qualité des formations dans les universités :
- http://www.educationsector.org/usr_doc/CollegeRankingsReformed.pdf
- http://www.americancivicliteracy.org/report/pdf/09-26-06/civic_literacy_report.pdf

Rédacteur :

Marie Parsy : universites.vi@ambafrance-us.org

Voir en ligne : http://www.bulletins-electroniques….