La gamification : solution pour un trafic routier plus fluide

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Selon les Nations Unies, l’année 2008 a marqué le tournant au cours duquel 50% de la population mondiale - c’est-à-dire 3,3 milliards de personnes - sont devenus urbains. D’ici 2030, ce seront 5 milliards d’individus qui peupleront nos villes [1].


Les embouteillages, la hantise de nombreux citadins
Crédits : MS&T


Cette urbanisation massive et accélérée de nos sociétés amplifie le défi déjà actuel de la mobilité citadine. Les mégalopôles ont vu s’allonger avec les années la durée quotidienne moyenne par habitant des déplacements urbains. La périurbanisation accélérée des grandes agglomérations est une première explication mais cette tendance est principalement causée par la congestion du trafic routier.


Classement 2012 des villes américaines les plus embouteillées [2]
Crédits : MS&T


La congestion des transports routiers constitue un point critique des politiques d’aménagement urbain. Son impact est majeur au niveau :
- Environnemental : gaspillage d’énergie, rejet de particules dangereuses pour la santé, émissions de gaz à effet de serre
- Economique : diminution des heures ouvrées et de la productivité, réduction de l’attractivité de certaines zones urbaines
- Social : diminution de la qualité de vie

De nouvelles méthodes émergent pour réduire les congestions

Les politiques urbaines s’évertuent à lutter contre ce phénomène de congestion résultant d’une utilisation excessive d’une ressource rare à faible prix : l’espace routier.

Si certaines villes comme Londres ont simplement choisi d’augmenter le coût de cette ressource pour en diminuer l’utilisation, d’autres réfléchissent à des méthodes plus originales. C’est notamment le cas de Stanford. L’université américaine cherche à développer de nouvelles techniques basées sur la gamification* et les interactions sociales. La théorie développée par les chercheurs de Stanford est la suivante : "le droit d’embouteiller le trafic" est une commodité comme une autre. Il est donc normal de faire payer ceux qui provoquent ces congestions (responsables des coûts associés) et de rémunérer ceux réduisant le trafic. [3]

1. CAPRI [4]

Lancé en 2012 par le Stanford Center for Societal Networks, le projet CAPRI cherche à inciter les automobilistes se rendant à Stanford à éviter les heures de pointe (entre 8 et 9h le matin et 5 et 6h en fin de journée). Lorsqu’un automobiliste souscrit au programme, sa voiture est équipée d’une puce RFID (Radio-frequency identification). Cette dernière permet d’enregistrer les horaires d’arrivée et de départ du campus. Si l’automobiliste arrive ou part en dehors des heures de pointe, il se voit attribuer des points. Il peut ensuite dépenser ses points lors d’une loterie sur le site internet du projet pouvant lui faire gagner de 2 à 50$.

2. INSINC [5]

INSINC est un projet de la Land Transport Authority (LTA) de Singapour réunissant des chercheurs de Stanford et de l’Université Nationale de Singapour. Lancé en janvier 2012, INSINC vise à réduire l’encombrement des transports en commun aux heures de pointe en rémunérant par un système de récompenses (voir explication sous le tableau) ceux qui acceptent de décaler leurs horaires en venant plus tôt ou plus tard au travail.


Description du système de récompenses mis en place sur le projet INSINC
Crédits : MS&T


Descriptif du système de récompenses d’INSINC :

En fonction du nombre de trajets effectués sur les créneaux 6h30-7h30 et 8h30-9h30, les participants sont classés suivant quatre catégories : Bronze, Argent, Or ou Platinium. Ils gagnent un point par kilomètre effectué dans les transports en commun du lundi au mardi et peuvent multiplier le nombre de points récupérés par trajet en fonction de leur profil et de l’heure de leur trajet.

Avec leurs points, ils peuvent participer à une loterie sur le site internet d’INSINC. A l’heure actuelle, ce sont 330.000$ qui ont été distribués aux participants de ce programme.

Conclusion

Les grandes mégalopoles sont aujourd’hui conscientes des problèmes que pose la congestion du trafic aussi bien d’un point de vue environnemental qu’économique. Si Londres a tenté d’améliorer la mobilité au sein de la ville en augmentant les coûts d’utilisation de l’espace routier, cela ne semble pas être la seule solution. Avec ses projets pilotes, Stanford expérimente peut être une solution viable pour réduire la congestion. Reste à savoir si les méthodes développées par les chercheurs de cette prestigieuse université californienne seront applicables à une plus grande échelle.



* Gamification : transfert des mécanismes du jeu dans d’autres domaines

Sources :


- [1] Bulletin électronique numéro 323 "Ville Intelligente : quelle définition pour quels enjeux ?" ; http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/72467.htm
- [2] "The ten cities with America’s worst traffic jams", http://autos.yahoo.com/blogs/motoramic/ten-cities-america-worst-traffic-jams-204804824.html
- [3] "It pays to do the right thing : Incentive mechanisms for decongesting the road", Balaji Prabhakar, Stanford University
- [4] Projet CAPRI, Stanford University, https://stanfordcapri.org/
- [5] Projet INSINC, Stanford University, https://insinc.sg/

Rédacteurs :


- Basile Bouquet (basile.bouquet@consulfrance-sanfrancisco.org) ;
- Thomas Deschamps (thomas.deschamps@consulfrance-sanfrancisco.org) ;
- Pierrick Bouffaron (pierrick.bouffaron@consulfrance-sanfrancisco.org) ;
- Retrouvez l’actualité en Californie sur http://sf.france-science.org ;
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Voir en ligne : http://www.bulletins-electroniques….