La mise en application d’une nouvelle loi pour améliorer l’équilibre alimentaire du déjeuner à l’école

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Suite à l’augmentation de la prévalence du surpoids et de l’obésité chez les enfants depuis les années 1990 aux Etats-Unis (17% des enfants sont en surpoids ou obèses en 2010 contre 10% dans les années 1990 [1]), les gouvernements successifs prennent conscience de l’importance du problème et multiplient la mise en place d’actions sur le terrain en vue d’enrayer cette épidémie. Comme nous l’expliquions dans un précédent communiqué [1] et afin de tenter d’arrêter l’augmentation de la prévalence de l’obésité, le Service Alimentation et Nutrition (Food and Nutrition Service - FNS) sous tutelle du Département Américain de l’Agriculture (U.S. Department of Agriculture - USDA) a mis en place différents programmes destinés, entre autres, aux enfants : le programme du petit-déjeuner à l’école (School Breakfast program - 1966), le programme d’assistance nutritionnelle (Supplemental Nutrition Assistance Program - 1943), le programme alimentaire durant l’été (Summer Food Service Program - 1968), le programme nutritionnel pour les femmes, les nourrissons et les enfants (Special nutrition program for Women, Infants and Children - 1974), et le programme pour le déjeuner à l’école (National School Lunch program - 1946). L’ensemble de ces programmes a représenté un budget de 88,4 milliards de dollars pour l’année 2011 [2]. Nous allons nous intéresser à ce dernier programme qui vient d’être modifié par une nouvelle loi votée en 2010 et mise en application depuis la rentrée scolaire de 2012 : Healthy Hunger-Free Kids Act 2010.

Le programme pour le déjeuner à l’école , "National School Lunch Program"

Dès 1946, le Service Alimentation et Nutrition (FNS) a mis en place le programme national pour le déjeuner à l’école (National School Lunch Program) dans le cadre de la loi nationale pour le déjeuner à l’école (National School Lunch Act) créée spécifiquement pour ce programme. Il s’agit d’un programme fédéral qui est appliqué dans plus de 100.000 écoles et crèches sur près de 400.000 écoles présentes sur le territoire américain. Plus de 31 millions d’enfants ont été concernés par ce programme en 2011 (7,1 millions en 1946), ce qui a représenté un budget de 11,1 milliards de dollars cette même année (contre 70 millions de dollars en 1947).

Les écoles participantes au projet doivent assurer la préparation des repas en tenant compte des règles alimentaires définies dans le programme. En retour, les écoles perçoivent une subvention de la part de l’USDA [3] ainsi que des matières premières alimentaires gratuites fournies également par l’USDA (à hauteur de 22,75 cents par repas) achetés directement auprès d’agriculteurs sélectionnés par l’USDA puis envoyés, si besoin, vers des entreprises agroalimentaires pour une étape de transformation. L’éligibilité des enfants, près de 21 millions en 2011, pour recevoir des repas gratuits ou à prix réduit est fonction du revenu des parents comparativement au seuil de pauvreté.

Le programme a également conduit en 2004, à la mise en place à l’USDA d’une équipe spécialisée sur le thème de la nutrition (Team Nutrition USDA) qui a pour mission d’apporter une appui direct auprès du personnel des cuisines scolaires pour la préparation de repas équilibrés sur le plan nutritionnel tout en conservant les qualités gustatives des plats. Cette équipe est également en charge de réaliser des documents d’informations destinés au personnel de l’école afin d’éduquer les enfants sur le thème de la nutrition et le lien entre l’alimentation et la santé.

Par ailleurs, ce programme a défini les valeurs nutritionnelles ou les quantités d’aliments recommandées pour un déjeuner pris dans le cadre d’une restauration scolaire.

De nouvelles règles nutritionnelles avec la loi Healthy Hunger-Free Kids Act 2010

Depuis près de 30 ans, l’USDA tente de mettre en place une réforme concernant les programmes des petits-déjeuners et des déjeuners à l’école afin d’améliorer l’équilibre nutritionnel de milliers d’enfants. La loi Healthy Hunger-Free Kids Act autorise l’USDA à apporter de nouvelles réglementations aux programmes destinés, entre autres, aux enfants. Cette loi a pour objectif secondaire de comprendre les causes et les conséquences de la faim et de l’insécurité alimentaire chez les enfants et d’aider à lutter contre l’obésité infantile, objectif principal du projet Let’s Move mené par Mme Michelle Obama que nous évoquions dans un précédent communiqué [4].

Ce programme fournit, de manière chiffrée, les valeurs nutritionnelles auxquelles doivent se référer les écoles menant le projet National School Lunch Program. Les quantités hebdomadaires conseillées pour les fruits, les légumes, les céréales, la viande et le lait sont mesurées en cup (1cup = 236ml) ou en oz (1oz = 30ml). Les quantités hebdomadaires concernant l’apport calorique, les acides gras, le sodium et les acides gras trans sont fixées selon leur unité de mesure internationale. Les recommandations, présentées dans le tableau ci-dessous, ont été intégrées dans le National School Lunch Program en remplacement des anciennes valeurs cibles issues du guide alimentaire américain (Dietary Guidelines for American). Ces recommandations vont modifier la composition des plats en intégrant d’avantage d’aliments complets, d’aliments cuits vapeur, de fruits, de légumes, et en réduisant la teneur en matières grasses et en sodium (-50% d’ici 10 ans).


Portions alimentaires recommandées par semaine pour les ingrédients servis dans les repas du déjeuner dans les écoles
Crédits : MS&T à partir de données FNS-USDA [5]


Le coût de la mise en place de ces changements est estimé à 41,6 millions de dollars en 2012 et à plus de 1 milliard en 2016 car les valeurs cibles, telles que pour le sodium, se mettront en place, par étape, au fil des années.

Il est à noter que l’Agence Américaine de l’Alimentation et des Médicaments (FDA) n’est pas directement impliquée dans ce projet. Elle conserve son rôle de contrôle de la sécurité sanitaire des aliments servis aux écoles et c’est l’USDA qui est en charge de la gestion de ce programme.

Les nouvelles règles ne sont cependant pas approuvées par tous. Depuis la rentrée scolaire 2012, plusieurs plaintes ont émergé contre ce nouveau programme. En effet, comme nous l’indiquons ci-dessus, l’apport calorique a été réévalué à la baisse selon la catégorie d’âge. Néanmoins, il ne faut pas oublier que l’apport calorique ne dépend pas uniquement de l’âge mais doit être en rapport avec l’intensité de l’activité physique pratiquée par l’enfant. Les enfants et les parents interviewés par les journalistes, ainsi que des représentants politiques, font part de leur inquiétude vis-à-vis de cette "limitation calorique". A titre d’exemple, les étudiants du lycée Parsipanny Hills, situé dans le New-Jersey, ont réalisé une vidéo montrant des étudiants fatigués, incapables de pratiquer une activité physique ou d’être attentif en classe en raison d’un manque d’énergie, ce qui serait lié aux repas pris à l’école [6].

Un représentant républicain du Kansas, Tim Huelskamp, a déposé un projet de loi "No Hungry Kids Act" auprès de l’USDA en septembre 2012. Ce projet a pour objectif de faire reculer les nouvelles mesures mises en application dans les écoles concernant les "limitations caloriques" des repas et, par conséquent, d’éviter que les enfants ne complètent la ration alimentaire par l’apport d’en cas (snacks, généralement de faible densité nutritionnelle) et ne grignotent entre les repas (facteur qui semble favoriser l’obésité).

Parmi les nombreuses études réalisées sur l’influence du marketing sur le comportement des enfants et leur relation à l’alimentation, une dernière étude montre que l’étiquetage peut être travaillé pour inciter les enfants à consommer des aliments plus équilibrés sur le plan alimentaire.

Innover dans l’étiquetage des aliments pour inciter les enfants à les consommer

L’équipe de Brian Wansink, professeur des comportements alimentaires et de la nutrition à l’université de Cornell, a réalisé une étude, au sein d’un restaurant scolaire, comparant l’attractivité d’une pomme à celle d’un cookie, auprès d’un enfant, selon l’étiquetage apposé [7]. Cette étude a été publiée en 2012 dans la revue Pediatric & Adolescent Medecine. L’étude a été menée sur 5 déjeuners consécutifs auprès de 208 enfants. Le premier et le dernier jour ont été les jours de référence où aucun des deux produits n’était étiqueté. Les trois autres jours ont présenté trois situations différentes :
- Une pomme non étiquetée et un cookie étiqueté avec un sticker montrant un personnage qui est une idole pour les enfants (Elmo) ;
- Une pomme avec un sticker Elmo et un cookie non étiqueté ;
- Une pomme avec un sticker d’un personnage inconnu et un cookie non étiqueté.

Les résultats ont démontré que la pomme étiquetée avec un sticker Elmo était choisie deux fois plus souvent par les enfants comparativement aux jours de référence. Lorsque l’on présente aux enfants le cookie étiqueté avec un sticker Elmo ou la pomme étiquetée avec un sticker d’un personnage inconnu, aucun changement n’a été observé par rapport aux jours de référence. L’influence du "marketing" et en particulier de l’étiquetage des produits alimentaires auprès des enfants serait donc une piste intéressante pour les inciter à consommer certains produits présentant un bénéfice nutritionnel.

Néanmoins, malgré les actions réalisées auprès des enfants, il faudrait également sensibiliser les parents afin que l’action soit continue et que l’enfant mange de façon équilibrée lorsqu’il rentre chez lui, comme l’évoque Michelle Ologoudou, du Conseil Economique et Social français, dans son étude "Le rôle de l’éducation dans l’alimentation" [8]. Certes les parents jouent un rôle important dans l’éducation nutritionnelle des enfants, mais les grands groupes alimentaires représentent également un enjeu important dans ce domaine au travers du "marketing". En effet, les enfants sont susceptibles d’être attirés par certains produits en fonction de leur emballage et de l’étiquetage, comme nous venons de le voir dans l’étude ci-dessus. Pour les produits sucrés notamment (de type gâteaux, cookies ou sucreries), les grandes entreprises jouent généralement la carte de l’étiquetage associée à un personnage que les enfants apprécient (dessins animés, personnage animalier, super héros, …). Il tient de la responsabilité des industriels et des pouvoirs publics, d’agir en faveur de la santé des enfants et de l’éducation nutritionnelle qui représente un enjeu qu’il faut aborder de façon plus globale.



[2] Les budgets attribués à ces programmes en 2011 étaient de :
- > 3 milliards de dollars pour le programme du petit-déjeuner à l’école
- > 78 milliards de dollars pour le programme d’assistance nutritionnelle
- > 412 millions de dollars pour le programme alimentaire durant l’été
- > 7 milliards pour le programme nutritionnel pour les femmes, les nourrissons et les enfants
- > 11,1 milliards de dollars pour le programme pour le déjeuner à l’école (National School Lunch program - 1946)

[3] La subvention est calculée en fonction du nombre d’élèves ayant droit aux repas gratuits (2,86 dollars versés par l’USDA par repas servis gratuitement), au repas à prix réduits (2,46 dollars versés), ou au repas payés par l’enfant (0,27 dollars versés).

Sources :


- Better school lunches : editorial - The Plain Dealer Editorial Board - 23/09/2012 - http://www.cleveland.com/opinion/index.ssf/2012/09/better_school_lunches_editoria.html
- Nation’s children push back against Michelle Obama-backed school lunch regs - Caroline May - 22/09/2012 - http://dailycaller.com/2012/09/22/nations-children-push-back-against-michelle-obama-backed-school-lunch-regs/
- National School Lunch Program - Food & Nutrition Service - Août 2012 - http://www.fns.usda.gov/cnd/Lunch/AboutLunch/NSLPFactSheet.pdf
- Final Rule Nutrition Standards in the National School Lunch and School Breakfast Programs - Jan. 2012 - USDA - http://www.fns.usda.gov/cnd/Governance/Legislation/dietaryspecs.pdf

Pour en savoir plus, contacts :


- [1] Bilan de l’obésité aux Etats-Unis et premières actions dans les écoles pour 2012 - 03/02/2012 - http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/69018.htm
- [4] Lutte contre l’obésité dès l’enfance : les études et les actions se multiplient - 18/11/2011 - http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/68239.htm
- [5] Federal register - FNS-USDA - 26/01/2012 - http://www.gpo.gov/fdsys/pkg/FR-2012-01-26/pdf/2012-1010.pdf
- [6] Obama School Lunch Program : ’We Are Hungry’ Parody Goes Viral, Students Protest Policy (VIDEO) - Brittney R. Villalva - 25/09/2012 - http://global.christianpost.com/news/obama-school-lunch-program-we-are-hungry-parody-goes-viral-students-protest-policy-video-82175/
- [7] Can Branding Improve School Lunches ? - Brian Wansink et al. - Août 2012 - http://archpedi.jamanetwork.com/article.aspx?articleid=1352169
- [8] Le rôle de l’éducation dans l’alimentation - Michelle Ologoudou - 2004 - http://goo.gl/LNNmG
Code brève
ADIT : 71384

Rédacteurs :


- Cécile Camerlynck, deputy-agro.mst@consulfrance-chicago.org ;
- Adèle Martial, attache-agro.mst@consulfrance-chicago.org ;
- Retrouvez toutes nos activités sur http://france-science.org.

Voir en ligne : http://www.bulletins-electroniques….