La politique s’invite pour juger des résultats ou du bienfondé de la recherche aux Etats Unis

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Lamar Smith, président Républicain du comité pour la Science, l’Espace et la Technologie de la Chambre des Représentants, relance la polémique qu’il avait lui-même entamé en Octobre 2015, en s’attaquant une fois de plus à la NOAA à propos d’une étude venant réfuter l’idée d’une « pause » dans le réchauffement des océans. En parallèle la Chambre des Représentants valide une loi controversée précisant les intérêts nationaux justifiant qu’une recherche soit entreprise.

Quand la « pause » du réchauffement climatique devient une affaire politique

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Lamar Smith ouvre une session du Comité pour la Science, l’Espace et la Technologie, le 2 décembre 2015.
Photo : NASA/Joel Kowsky)
NASA/Joel Kowsky)

Lamar Smith, après avoir obtenu non sans peine que la NOAA lui remette plus de 300 pages de courriels échangés entre ses employés, tente une fois de plus de débusquer la preuve d’un complot de l’agence qu’il accuse ouvertement d’avoir falsifié des données relatives au réchauffement des océans pour servir l’agenda politique de Barack Obama.

L’élu souhaite ainsi dans une lettre du 22 février 2016 que lui soient communiqués l’ensemble des courriels échangés par les « employés de l’agence », un terme qui inclut le National Center for Environmental Information, lequel abrite les scientifiques à l’origine de l’étude incriminée. Lamar Smith a demandé à ce que soient recherchés les termes « Président », « Obama », « Paris », « White House » et « Clean Power Plan » pour prouver la trace de la manipulation de résultats. S’appuyant sur une lettre signée par 325 scientifiques, ingénieurs, économistes et universitaires, tous issus du sérail climato-sceptique, qui remet en cause le suivi par la NOAA des normes de contrôle qualité des données, l’élu Républicain demande la publication de l’ensemble des documents et communications relatifs à la gestion de la qualité de ces données. Il demande également que soit rendu public le rapport peer review de l’étude.

A l’automne, face aux accusations de publication précipitée, la revue Science dans laquelle est paru l’article incriminé, avait pris les devants et précisé que le temps de publication avait été 50% plus long que la moyenne et qu’il avait été relu par plus que les 3 relecteurs habituels.

L’intérêt national, déterminant politisé de la recherche

Ce rebondissement s’inscrit cependant dans un cadre plus vaste que la vendetta d’un élu contre une institution. Si la recherche doit être au service des intérêts de la nation, comment ces derniers doivent-ils être déterminés ? Comment déterminer la pertinence de la recherche effectuée sans utiliser la recherche à des fins politiciennes ? Depuis le vote le 24 février d’une loi visant à faire coïncider la recherche financée par la National Science Foundation (NSF) avec l’intérêt national les inquiétudes surgissent sur ce sujet.

Le texte de loi introduit en juillet par le même parlementaire Lamar Smith restreint ainsi l’intérêt national à sept grands axes : augmenter la compétitivité économique, faire progresser la santé et le bien-être des Américains, développer les compétences STEM (Science, Technology, Engineering and Mathematics) chez les actifs et les rendre compétitifs au niveau mondial, augmenter les connaissances scientifiques du grand public, développer les partenariats entre l’industrie et le monde académique, soutenir la défense nationale et promouvoir le progrès scientifique aux Etats-Unis.

La création de la NSF en 1945 reposait sur la volonté de développer la recherche fondamentale, la nouvelle loi du 24 février soulève l’inquiétude quant à la remise en question du financement de cette recherche caractérisée par un risque élevé mais au retour potentiellement important. John Holdren, Conseiller Scientifique à la Maison Blanche, craint que l’adoption définitive d’une telle loi ne réduise les financements pour la recherche fondamentale mais aussi que cela freine la créativité et la liberté d’initiative des chercheurs. Tenant un discours similaire, l’élue Démocrate de la Chambre des Représentants Eddie B. Johnson a cité en exemple des études en apparence inutiles, et auxquelles le Sénat avait tenté de s’opposer (« The Sex Life Of The Screwworm »), mais qui ont permis de faire économiser environ 20 milliards de dollars à l’industrie du bétail. L’élue a également souligné lors de la discussion sur le texte que « la plupart des membres du Congrès ne disposent pas des compétences nécessaires pour évaluer le mérite des projets de recherche », de façon plus concrète les démocrates craignent que l’ingérence des élus de la majorité Républicaine dans le processus d’évaluation des projets conduisent à tailler dans les financements de la recherche sur le climat et les sciences sociales.

John Holdren, se faisant le porte-parole de la Maison Blanche a déclaré qu’il n’y avait « pas besoin de réparer ce qui n’était pas cassé » et que le Président était disposée à recourir à son droit de véto pour s’opposer à cette loi. Ces deux événements montrent la relation tumultueuse qu’entretiennent certains membres du parti Républicain avec la recherche, qu’ils n’hésitent pas à attaquer lorsque celle-ci dessert leurs intérêts ou ceux des entreprises qui les soutiennent.


Rédacteurs :
- Julien Collard, Stagiaire pour la Science et la Technologie : julien.collard@ambascience-usa.org
- Clément Lefort, Attaché Adjoint pour la Science et la Technologie : deputy-coop@ambascience-usa.org

Sources
-  Scott K. Johnson, « US Congressman subpoenas NOAA climate scientists over study », Ars Technica, 26 octobre 2015 (http://arstechnica.com/science/2015/10/us-congressman-subpoenas-noaa-climate-scientists-over-study/)
-  John Timmer, “Meteorologists defend NOAA ; Congressman repeats allegations of fraud”, Ars Technica, 4 novembre 2015 (http://arstechnica.com/science/2015/11/american-meteorological-society-to-congress-ease-off-noaa-scientists/#p3)
-  Scott K. Johnson, “Congressman claims NOAA whistleblowers told him climate study was rushed”, Ars Technica, 19 novembre 2015 (http://arstechnica.com/science/2015/11/congressman-claims-noaa-whistleblowers-told-him-climate-study-was-rushed/)
-  Scott K. Johnson, “Former NOAA researcher comments on whistleblower allegations”, Ars Technica, 23 novembre 2015 (http://arstechnica.com/science/2015/11/former-noaa-researcher-comments-on-whistleblower-allegations/#p3)
-  Jeffrey Mervis, “U.S. Jouse passes controversial bill on NSF research”, Science Mag, 11 février 2016 (http://www.sciencemag.org/news/2016/02/us-house-tees-controversial-bill-nsf-research)
-  Michael S. Henry, “House Passes Scientific Research in the National Interest Act”, American Institute of Physics, 24 février 2016 (https://www.aip.org/fyi/2016/house-passes-scientific-research-national-interest-act)

Plus d’informations
Satellite measurements of warming in the troposphere : pour en savoir plus sur le mythe affirmant que les données des satellites montrent des températures stables. Sur Skeptical Science. https://www.skepticalscience.com/satellite-measurements-warming-troposphere-basic.htm