La recherche à l’Université de Santa Cruz, une stratégie d’influence et d’archipel

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A une heure de route au sud de San Francisco, l’université de Californie à Santa Cruz (UCSC) cache bien son jeu. Si l’on s’en tient aux chiffres globaux, ce campus affiche des statistiques modestes :
- en termes de nombre d’étudiants (17000 environ, dont moins de 1500 en maîtrise et doctorat), il se classe avant-dernier parmi les 9 établissements de l’Université de Californie (juste devant UC Merced) [1]
- en termes de hiérarchie dans les 2 principaux classements internationaux, UCSC se positionne également en dernière (classement « de Shanghai » [2]) ou avant-dernière (juste devant UC Riverside, classement du Times Higher Education [3]) position des 9 établissements du groupe des UC.

Ces statistiques expliquent peut-être le déficit d’attractivité internationale du campus, avec seulement 1% d’étudiants étrangers [4], à comparer à 15% pour UC Berkeley ou à 30% pour l’Ecole Polytechnique. On ne s’étonnera donc pas que l’indicateur réciproque, le nombre d’étudiants de Santa Cruz à partir pour une année entière d’études à l’étranger soit … le plus élevé des 9 campus des UC.

C’est en s’appuyant sur l’excellence de leur recherche que les dirigeants de l’UCSC espèrent développer la notoriété de leur université. Selon le vice-chancelier Scott Brandt [5], cette recherche à Santa Cruz présente 2 caractéristiques : un taux de citation parmi les plus élevés du monde et un choix stratégique d’un nombre très limité de thématiques.

Le classement mondial 2015-2016 des universités publié fin septembre par le Times Higher Education [6], installe à nouveau UC Santa Cruz dans le trio de tête mondial des universités ayant la recherche « la plus influente » : UCSC est cette année 2ème ex-aequo avec UC Berkeley, après avoir été sacrée n°1 mondiale dans le même classement l’année dernière. Cet indicateur, produit grâce à la base Scopus d’Elsevier, permet d’évaluer le nombre de citations reçu globalement par chaque papier de recherche sur des fenêtres de 5 ans (corrigé de nombreux biais liés aux habitudes de citations dans les divers domaines de recherches, aux langues de publication, ou aux effets liés au nombre de coauteurs [7]

L’excellence « en archipel » est l’autre grande force de la recherche à Santa Cruz, l’université concentrant ses ressources sur quelques domaines stratégiques. Si le département d’astronomie, siège de gestion de l’Observatoire Lick [8], s’aligne par exemple parmi les plus respectés des Etats-Unis, c’est par 2 disciplines liées à la génomique que UCSC entend s’inscrire parmi l’élite : la bioinformatique et la paléogénomique. Lorsqu’en 2000 la course au décodage du génome, entre l’entreprise privée Celera et le consortium public HGP, entre dans sa dernière ligne droite, ce sont finalement 2 bioinformaticiens de l’UCSC [9] qui parviennent à en publier la première séquence brute, sur le serveur web de l’université, grâce à un ingénieux système de stations de travail en réseau [10]. Ce sera le point fondateur d’une aventure qui se poursuit aujourd’hui sur le campus, avec la mise à disposition d’un navigateur dédié à l’exploration du génome [11], ainsi que la création d’une banque de données sur le génome de certains cancers rares, ouvrant la voie à de nouvelles thérapies ciblées, notamment chez les enfants [12]. Beth Shapiro [13] s’intéresse quant à elle à d’autres types de génomes, ceux d’espèces disparues, qu’elle extrait de prélèvements effectués dans les zones arctiques. Ses études permettent de mieux appréhender certains mécanismes d’évolution et d’extinction des espèces, notamment lors du dernier âge glaciaire. Comprendre la vulnérabilité du vivant aux changements climatiques anciens pourrait permettre de prédire les risques encourus, pour certaines familles animales, en cas de réchauffement climatique à venir. Elle est également l’auteur d’un livre récent [14] qui explore les possibilités d’une résurrection de certains traits d’espèces disparues.

Si l’on exclut UC Merced qui n’a que 10 ans, UC Santa Cruz, qui a été fondée en 1965, est la plus jeune des universités de Californie. L’équipe chargée des relations internationales [15], récemment nommée, a de grandes ambitions pour une nouvelle dynamique d’échanges avec des campus étrangers. Compte tenu du faible nombre d’étudiants post-licence, les undergraduates peuvent être ainsi amenés à contribuer tôt à des projets de recherche, parfois dans des domaines d’excellence mondiale. Si l’on mentionne enfin l’existence de centres interdisciplinaires très dynamiques, comme « The Science & Justice Research Center » [16] ou The Institute for the Arts and Sciences » [17], UC Santa Cruz dispose d’atouts indéniables dans la compétition pour attirer les meilleures étudiants.


Rédacteur :
Philippe Perez, Attaché pour la Science et la Technologie, San Francisco, philippe.perez@ambascience-usa.org