La recherche sur l’allongement de la vie progresse

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Longtemps considérée comme vouée à l’échec, l’ambition d’augmenter significativement l’espérance de vie humaine au travers de moyens médicaux se précise. La recherche en ce sens progresse chaque jour un peu plus, notamment aux Etats-Unis, tant et si bien que la FDA montre des signes d’intérêt pour de tels ‘traitements’.

Éléments de contexte

La recherche sur l’allongement de la vie est une discipline récente, tenant majoritairement à un changement d’approche quant au processus de vieillissement lui-même. Généralement considéré comme un effet inévitable du temps et en conséquence une réalité biologique par nature insurmontable, il est aujourd’hui perçu par de nombreux scientifiques comme une maladie en soi qu’il convient de traiter. En d’autres termes, le vieillissement d’un organisme vivant serait un long processus, fruit d’une accumulation de dommages internes provoqués à la fois par le corps lui-même et par son environnement au sens large. Selon Aubrey De Grey, informaticien devenu gérontologue et l’un des chercheurs les plus influents dans ce domaine, le corps humain (comme tout organisme vivant) subit des micro-dommages en permanence, qui tendent à s’accumuler, les fonctions réparatrices naturelles n’étant pas infaillibles. Or, si le corps humain peut tolérer ces dommages, il devient submergé une fois passé un certain ‘palier’, palier à partir duquel diverses maladies peuvent se déclencher, prospérer et inévitablement conduire à la mort. [1]

Le but avoué des chercheurs sur le vieillissement n’est pas fondamentalement de repousser la mort, mais plutôt d’étendre la durée de vie en bonne santé de chacun, en prévenant l’apparition de maladies ou conditions la dégradant. En ce sens, l’allongement de la vie ne serait qu’un effet collatéral de la prolongation de la santé humaine.

De nombreuses recherches en cours

Une fois cet état d’esprit décrit et cette nouvelle appréhension du processus de vieillissement posée, il convient d’analyser les progrès réalisés dans ce domaine et les méthodes employées pour y parvenir.

Les projets de recherche en cours sont à l’heure actuelle encore souvent à un niveau de développement assez fondamental ou pré-clinique, néanmoins des résultats prometteurs ont été obtenus ces dernières années, par des acteurs de natures différentes.

L’un des laboratoires les plus importants sur la question est celui de David Sinclair à la Harvard Medical School. Sinclair voit le vieillissement comme une “maladie que tout le monde développe avec le temps” [2], si bien qu’il a partiellement prouvé que ce processus pouvait non seulement être stoppé, mais même inversé. En effet, Sinclair et son groupe ont travaillé sur un gène en particulier, SIRT1, jouant un rôle important dans la communication mitochondriale des cellules. [3] Or ce gène se trouve être activé par une molécule appelée NAD, molécule dont la concentration dans les cellules tend à diminuer avec l’âge, jusqu’à détérioration des fonctions de la cellule et sa mort. Sinclair et son groupe ont prouvé que l’injection chronique dans les muscles de souris d’une substance appelée NMN (nicotinamide mononucleotide) - substance augmentant drastiquement les quantités de NAD dans les cellules - provoquait la restauration complète des fonctions musculaires. [4] En d’autres termes, une souris ayant l’équivalent de l’âge d’un homme de 60 ans retrouvait en quelques semaines les capacités musculaires de ses 20 ans ! Reste néanmoins à prouver ces mêmes effets sur un organisme complet bien entendu.

Cela ne s’arrête pas là : une molécule pouvant être trouvée dans les grappes de raisin et le vin, le resvératrol, activant ce même gène SIRT1, augmentait significativement l’espérance de vie chez certains vers, et même chez la souris (de 20 à 40%). Là encore, il est important de noter que cet allongement de la vie s’accompagne d’une extension de la durée de la vie en bonne santé, avec une amélioration de l’audition, de la vue et des capacités physiques entre autres chez la souris. [5]

De nombreux projets de recherche sont également menés dans la région de San Francisco, par exemple au sein du Stanford Center on Longevity [6], dont l’un des laboratoires les plus actifs est celui de la scientifique française Anne Brunet. [7] Avec son groupe, elle envisage le vieillissement comme un processus régulé par une “combinaison de facteurs génétiques et environnementaux”. Ses travaux consistent donc en la découverte de gènes impliqués dans ce processus, la compréhension de leur régulation et la tentative d’obtenir une action positive sur la longévité.

Un autre acteur majeur est le Buck Institute for Research on Ageing, à Novato, au nord de San Francisco. [8] Le Buck Institute est le premier centre de recherche indépendant exclusivement dédié à la recherche sur le vieillissement, et plus particulièrement sur le lien entre vieillissement et maladies chroniques. L’institut adopte une approche pluridisciplinaire parmi ses près de 200 chercheurs afin de développer des méthodes diagnostiques ou curatives dans le but de prévenir l’apparition de telles maladies (Parkinson, Alzheimer, cancer, infarctus, etc.). Par ailleurs, le Buck Institute entretient des relations privilégiées avec de nombreux partenaires (QB3 [9] ou encore Aubrey de Grey et sa fondation pour la recherche, mais également les Breakout Labs de la Thiel Foundation pour le développement de startups), et n’hésite pas à vendre des licences ou à conduire de la recherche sous contrat, ce qui constitue 10% de ses revenus. En revanche, la grande majorité des travaux conduits sont encore loin du stade clinique et de la mise sur le marché de produits.

Un dernier acteur marquant dans la région de San Francisco est la SENS Research Foundation, co-fondée par le chercheur britannique Aubrey de Grey, et établie à Mountain View. [10] Cette fondation a pour but de financer des programmes de recherche aussi appliqués que possible dans le domaine de l’amélioration de la santé humaine et des maladies liées à l’âge. Elle est également très active dans la promotion de cette discipline récente à travers l’organisation de nombreuses conférences et une certaine présence médiatique.

Selon Aubrey de Grey, il existe différents types de dommages apparaissant au sein de l’organisme avec le temps, et ainsi différentes manières d’y remédier. L’un des dommages les plus importants est ainsi le non remplacement de certaines cellules par incapacité de division, conduisant parfois à des maladies sévères (Parkinson est un excellent exemple en la matière). Les thérapies utilisant des cellules souches sont ici extrêmement prometteuses, et les découvertes des dernières années concernant la re-programmation de cellules différenciées représente une avancée cruciale en ce sens (Prix Nobel de Médecine 2012 pour le japonais Shinji Yamanaka et découverte des IPSC - Induced Pluripotent Stem Cells). Un autre dommage important est l’accumulation dans le corps de substances toxiques telles que le cholestérol oxydé impliqué dans l’athérosclérose. Ici, une approche envisagée est l’utilisation de bactéries modifiées génétiquement capables de dégrader localement ces molécules et ainsi de prévenir des infarctus du myocarde. [11]

Si certaines thérapies sont à un stade avancé (c’est le cas des cellules souches pour lutter contre la maladie de Parkinson par exemple), d’autres le sont beaucoup moins (élimination des plaques amyloïdes dans la maladie d’Alzheimer par exemple), et le défi actuel est en grande partie de faire mûrir ces projets afin d’amener des solutions sur le marché au plus vite.

La FDA ouvre la porte

Durant des années, les chercheurs ont négocié avec la FDA afin d’obtenir l’autorisation de conduire des essais cliniques anti-vieillissement sur une population humaine saine. Il est en effet compliqué pour une autorité réglementaire d’autoriser une étude sur une population non malade, dont les effets ne peuvent a priori pas être détectés avant des années. L’un des défis majeurs de la recherche sur le vieillissement est de conduire des essais cliniques de longue durée (7 à 8 ans) pour espérer percevoir un effet de ralentissement, sans assurance de résultats positifs ni de garantie d’absence d’effets secondaires.

Cependant, plusieurs molécules ont déjà fait leurs preuves sur la souris : l’aspirine, l’acarbose (un antidiabétique), le 17-alpha-estradiol (un oestrogène contraceptif), l’acide nordihydroguaiarétique (un composé végétal), et la rapamycine (un immunosuppresseur utilisé dans des cas de greffes), le resvératrol (présent dans le raisin), mais également la metformine (l’un des médicaments les plus prescrits contre le diabète de type 2). [12]

Il est connu depuis des années que la metformine, en plus de réduire le risque de complications liées au diabète, a la capacité de fortement réduire le risque de maladies cardiovasculaires. Les chercheurs ont même constaté que les patients sous metformine vivaient plus longtemps que les autres, voire même plus longtemps que les patients non-diabétiques, ce qui fait de cette molécule, dont l’utilisation et les effets sont particulièrement bien documentés, le candidat idéal pour une première étude clinique de ralentissement du vieillissement.

Ainsi, le 1er décembre 2015, nous apprenions que la FDA approuvait le premier essai clinique utilisant la metformine pour une indication d’anti-vieillissement. Cette étude débutera en 2016, et ouvrira la voie à de probables nombreuses études à venir. [13]

En conclusion

Bien que restant une discipline jeune et manquant de résultats tangibles pour le moment, la recherche biologique sur les causes profondes (génétiques, métaboliques, moléculaires) du vieillissement connaît un essor croissant. De nombreux chercheurs s’accordent aujourd’hui à dire que l’espérance de vie pourrait assez aisément être repoussée aux alentours de 120 à 150 ans chez l’homme à courte échéance, au vu des progrès actuels en la matière. La décision récente de la FDA ouvre dans tous les cas le champ à une nouvelle catégorie de médicaments à venir, dont la cible sera la maladie la plus répandue au monde : le vieillissement.


Rédacteur :
- Hocine Lourdani, Attaché adjoint pour la Science et la Technologie, San Francisco, hocine.lourdani@ambascience-usa.org ;
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