La stratégie d’exploration de la NASA examinée au Congrès avant la prochaine administration

, Partager

Le Sous-Comité à l’Espace et à l’Aéronautique de la Chambre des Représentants, emmené par son Chairman Marc Udall, a procédé à l’audition de 4 personnalités ayant un rôle majeur ou une expertise poussée concernant les ambitions de la NASA en matière d’exploration et de vols habités.

Richard Gilbrech, responsable des Systèmes d’Exploration de la NASA faisait naturellement partie des témoins auditionnés, tout comme Cristina Chaplain du GAO (Government Accountability Office) qui a de nouveau pu évoquer les nombreuses incertitudes quant aux coûts et à l’évolution du planning du projet Constellation (projet qui devra fournir de nouvelles capacités de vols habités aux Américains grâce au lanceur Ares 1 et au vaisseau Orion après la retraite des navettes spatiales). Noel Hinners, ancien "Associate Administrator" de la NASA et ancien directeur du Goddard Space Flight Center était présent en qualité de consultant indépendant et Kathryn Thornton, ancienne astronaute expérimentée et maintenant professeur à University of Virginia, a pu livrer les conclusions du workshop organisé en février dernier à Stanford ("Examining the Vision") et réunissant de nombreux experts autour de ce sujet.

"La politique d’Exploration de la NASA illustre très bien les forces et les faiblesses de l’Agence" a déclaré Marc Udall dans son discours introductif. Après avoir légitimé les ambitions d’exploration spatiale humaine de la NASA, tournée vers la Lune et vers Mars (le Congrès avait exprimé son soutien à la "Vision" du Président Bush en 2005), le Chairman Udall a une nouvelle fois dénoncé l’impact négatif de cet effort sur les programmes scientifiques ou aéronautiques de la NASA étant donné le sous-financement chronique de l’agence depuis quelques années.

Les premières questions ont naturellement porté sur le programme Constellation, exprimant les préoccupations des Représentants sur l’évolution du développement d’Ares 1 et d’Orion. Les menaces les plus inquiétantes pour le programme ne sont pourtant pas les contraintes techniques, bien assimilés et anticipées au mieux d’après Ms Chaplain, mais plutôt les risques d’instabilité politique. En effet, Richard Gilbrech a souligné la nécessité pour la prochaine administration de "suivre la ligne", c’est-à-dire conserver une politique d’exploration ambitieuse pour que l’agenda prévu pour Constellation soit respecté. L’entrée en service d’Ares 1 et d’Orion est pour l’instant planifiée pour Mars 2015, ce qui laisse un "gap" de 5 ans sans possibilité de vols habités américains après la fin des activités des navettes en 2010.

Pour réduire ce gap, Gilbrech préconise un investissement supplémentaire de $2 milliards qui permettrait une mise en service dès fin 2013. Cependant, le GAO a précisé par l’intermédiaire de Ms Chaplain que tout investissement supplémentaire devrait selon elle viser à renforcer le planning actuel - dont la confiance est estimée à 65% de succès - plutôt qu’à accélérer le développement du programme. Ms Chaplain a également fait le point sur les dépenses de la NASA concernant Constellation en rappelant que $7 milliards avaient déjà été dépensés à travers l’attribution de contrats et que $230 milliards étaient prévus pour les 2 prochaines décennies. La NASA doit débuter la phase de conception préliminaire d’Ares 1 en août et d’Orion en septembre prochain, ce qui apparaît comme un défi d’après le GAO tant il reste de lacunes et d’incertitudes concernant les modules majeurs des 2 projets.

L’audition a également été le théâtre d’un débat sur les objectifs martiens de l’agence en matière d’exploration. En effet, pour Noel Hinners, Mars est bel et bien la finalité du programme d’exploration et la Lune n’est qu’un pas vers la planète rouge. Ce dernier a même proposé au Congrès de supprimer la mesure visant à interdire des dépenses de l’agence directement liées à l’exploration humaine de Mars, contenue dans le "2008 NASA Appropriations Bill" (approbation du budget NASA 2008, votée l’an dernier). Il a d’ailleurs trouvé le soutien des Représentants Nick Lampson (Démocrate/Texas) et Tom Feeney (Républicain/Floride) dans cette entreprise. En revanche, Dana Rohrabacher (Républicains/Californie) a lui fustigé les initiatives d’exploration martienne, qui selon lui mobilisent trop de fonds et d’énergie alors que de nombreux problèmes méritent davantage d’attention de la part de la NASA, comme la réparation d’Hubble, les éventuels risques posés par des astéroïdes ou encore l’utilisation de l’Espace pour mieux gérer les ressources terrestres. Il ne serait pas correct, vis-à-vis des contribuables américains notamment, de donner la priorité absolue à un programme qui ne serait pas concrétisé d’ici 30 ou 40 ans, a ajouté Mr Rohrabacher.

La Chine a une fois encore été l’objet de discussions entre membres du Congrès. Tom Feeney a évoqué une période de "nouveau Spoutnik", par une analogie de course à l’espace en cours entre Etats-Unis et Chine - concernant le retour sur le Lune - en mentionnant qu’une centaine d’universités chinoises travaillaient d’ores et déjà au sujet de questions lunaires. Il a d’ailleurs interrogé Gilbrech sur les relations entre la NASA et l’Agence Spatiale Chinoise, ce à quoi ce dernier a répondu qu’aucune collaboration n’était en cours actuellement.

Enfin, les COTS (Commercial Orbital Transportation Services) ont également attiré l’attention des Représentants qui s’interrogent sur la crédibilité de ces programmes et la façon de les soutenir. Ces nouvelles capacités de transport spatial commercial pourraient en effet aider les Américains à réduire le fameux " gap " qui approche, c’est pourquoi Gilbrech a encore insisté sur la nécessité de soutenir ce programme. Il a déclaré que la NASA venait de renégocier l’agenda de SpaceX (une des 2 entreprises ayant reçu un financement NASA dans le cadre des COTS) en vue du vol de démonstration d’un cargo de ravitaillement vers l’ISS entre septembre 2009 et mars 2010. En effet, SpaceX a connu quelques problèmes dans le développement de son véhicule, ce qui a entraîné quelques délais, cependant Gilbrech a relativisé ces quelques difficultés ordinairement connues par tout programme spatial. $500 millions de dollars ont été dépensés par la NASA dans le cadre des COTS et l’agence aimerait pouvoir acheter des capacités de ravitaillement par cargo parmi plusieurs offres commerciales.

En conclusion, de nombreuses préoccupations subsistent dans l’implémentation du programme Constellation, dont l’évolution est assez incertaine en raison de problèmes techniques et d’un contexte politique tout aussi incertain. En effet, les élections prochaines - en Novembre - pourraient retarder le processus d’approbation du budget 2009 de la NASA, prévu à partir d’Octobre. Ceci entraînerait un report automatique du budget de l’année 2008 pour l’année 2009. Si cela se produit, le programme Constellation ne pourra bénéficier des $357.4 millions de dollars supplémentaires prévus dans le budget 2009, ce qui pourrait mener à un retard de planning de 4 mois.

Source :

Space News, 07/04/2008

Pour en savoir plus, contacts :

House of Representatives, Subcommittee on Space and Aeronautics : http://www.science.house.gov/publications/hearings_markups_details.aspx?NewsID=2135
Code brève
ADIT : 54358

Rédacteur :

François Didelot cnes.mst@ambafrance-us.org

Voir en ligne : http://www.bulletins-electroniques….