La "surprise" de Trump pour les 30 ans du GIEC

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Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), fondé en 1988 par l’Organisation météorologique mondiale (OMM) et le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE), fête cette année son 30ème anniversaire. Pour l’occasion, sa 47ème assemblée s’est tenue au siège de l’UNESCO à Paris du 13 au 16 mars. Le choix du lieu n’était pas sans rappeler le rôle primordial joué par le GIEC pour mettre la science au service des négociations internationales sur le climat. C’est ce travail, visant à faire du savoir et de la connaissance les « éclaireurs universels de l’initiative collective », qu’a salué la Ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, Frédérique Vidal.

Des avancées dans les connaissances scientifiques sur le changement climatique

Et pour cause, le GIEC a su s’imposer au fil des années comme un acteur central en proposant une évaluation toujours plus précise de « l’état actuel des connaissances en matière de changements climatiques ». En 1990, le premier rapport du GIEC affirmait que « les émissions dues aux activités humaines accroissent sensiblement la concentration dans l’atmosphère des gaz à effet de serre ». Moins de 25 ans plus tard, son cinquième rapport affichait un degré de certitude de 95% quant au fait que « depuis le milieu du XXe siècle, l’activité humaine est la cause principale du réchauffement ». En 2007, l’origine anthropique du changement climatique était encore qualifiée de « très probable », soit 90% de certitude.

Cette certitude croissante s’explique notamment par le développement des sciences du climat, dont le GIEC s’attache à rendre compte. Ainsi, son sixième rapport d’évaluation, prévu pour 2022, devrait faire la part belle aux attribution studies qui s’intéressent aux liens entre changement climatique et événements climatiques extrêmes. Le fait que le premier accroît la probabilité et l’intensité des seconds est établi. Cependant, un nouveau pas a été franchi récemment : des articles académiques publiés dans un numéro spécial du Bulletin of the American Meteorological Society (décembre 2017) suggèrent que des événements climatiques extrêmes n’ont pas seulement été influencés par le changement climatique, mais n’auraient pas eu lieu sans ce dernier. On peut dès lors imaginer l’intérêt que suscitent de telles recherches : établir un lien direct entre un événement climatique extrême et le changement climatique peut être un outil puissant de communication dans le cadre de la lutte contre le changement climatique. Cela est d’autant plus vrai dans un pays comme les Etats-Unis, qui a battu en 2017 un nouveau record en termes de coûts engendrés par des catastrophes « naturelles ».

Incertitudes autour du financement américain du GIEC

Pourtant, c’est dans un climat d’incertitudes quant aux moyens du GIEC pour poursuivre son action que s’est ouvert le sommet à l’UNESCO. Aussi, le Ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, a tenu à manifester son attachement à cet organisme intergouvernemental, devenu « la conscience scientifique et intellectuelle de notre engagement politique à lutter contre cette menace sur l’avenir de notre planète et de ses peuples ». Joignant le geste à la parole, il a confirmé l’engagement pris par le président de la République que « pas un centime ne manque au GIEC pour fonctionner, avancer et continuer à éclairer nos décisions ». Ainsi, la contribution financière de la France s’élèvera à 1 million d’euros par an jusqu’en 2022, date de publication du sixième rapport d’évaluation.

Cet engagement intervient alors que la proposition de budget de la Maison Blanche pour l’année 2019 prévoit l’arrêt du financement du GIEC. Rendue publique en février, la requête budgétaire fédérale 2019 rappelle en effet la volonté du Président Trump de sortir de l’Accord de Paris et propose en conséquence de supprimer la Global Climate Change Initiative (GCCI). Créée en 2010 par le Président Obama et rattachée au Department of State (DoS) et à la US Agency for International Development (USAID), la GCCI rassemble l’ensemble des contributions internationales des Etats-Unis sur le climat. Elle comprend notamment l’enveloppe dédiée au GIEC qui s’élevait ces dernières années à 2 millions de dollars en moyenne par an.

Si cette requête n’a qu’une valeur indicative, comme expliqué dans un précédent article, il faut rappeler que l’effort financier américain dans la lutte contre le changement climatique a fortement baissé depuis l’arrivée du Président Trump. Alors que le Président Obama avait proposé un budget de 1,3 milliards de dollars pour la GCCI en 2017, seuls 160 millions de dollars ont été approuvés par le Congrès sous la nouvelle administration. La proposition de budget de la Maison Blanche pour l’année 2018 prévoyait quant à elle de tout simplement ramener ce budget à zéro. Cependant, c’était sans compter un amendement passé par le Sénat en septembre 2017 et prévoyant 10 millions de dollars pour la Convention-cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques (CCNUCC) et le GIEC.

Cette bonne nouvelle pour le GIEC et la CCNUCC ne doit pas faire oublier les préoccupantes incertitudes qui planent sur leurs financements depuis l’installation de l’actuelle administration américaine (historiquement, les Etats-Unis représentent 20% du budget de la CCNUCC). Le budget 2018 n’ayant toujours pas été définitivement adopté – il devrait l’être d’ici le début de la semaine prochaine – le budget total de la GCCI pour cette année n’est pas encore connu. Ce dernier devrait donner une bonne indication de la propension du Congrès à suivre les préconisations de la Maison Blanche en réduisant (encore un peu plus qu’en 2017) les contributions financières internationales des Etats-Unis pour la lutte contre le changement climatique.


Rédacteur :

- Raphaël Ollivier-Mrejen, Attaché Adjoint pour la Science et la Technologie, Ambassade de France à Washington DC, deputy-coop@ambascience-usa.org