La vitalité des formations "subbaccalaureate" au coeur de la transformation de l’enseignement supérieur américain

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Le monde de l’enseignement supérieur américain connaît actuellement une mini révolution. Depuis une dizaine d’années en effet, se multiplient des diplômes d’une durée inférieure à celle du traditionnel "Bachelor" en quatre ans, délivrés par des institutions distinctes des classiques universités américaines : les "community college", établissements publics offrant des programmes d’études en deux ans [1] ainsi que les institutions privées à but lucratif (les "for-profit institutions"). Entre 1997 et 2007, on a pu assister à une hausse importante des diplômes "subbacalaureate" (28%), principalement concentrée sur les cinq dernières années (25% contre 18% de progression pour les "Bachelor"). Ainsi, les étudiants en cursus "subbaccalaureate" représentent-ils à présent 47% des étudiants "undergraduate" et 40% des diplômés de ce niveau (soit 1.5 million de diplômés).

Cette catégorie de diplôme regroupe les "associate’s degrees" et les "occupational certificates". Ces derniers sont eux-mêmes divisés en trois catégories (courte, moyenne et longue durée). L’obtention d’un "short-term certificate" nécessite moins d’une année d’étude à temps plein, celle d’un "mid-term certificate"plus d’une année et moins de deux années d’études, et celle d’un "long-term certificate" deux années d’études ou légèrement plus. Les diplômes de courte durée sont les plus sollicités, avec une augmentation de 35% entre 1997 et 2007.

Des formations bien adaptées à une situation économique difficile…

La reconnaissance grandissante de ces formations "subbaccalaureate" participe dans une certaine mesure d’une remise en cause des universités classiques, du fait de la lourdeur des frais de scolarité notamment pour les institutions privées et/ou de la durée importante nécessaire à l’obtention du"Bachelor". Dans un contexte d’autant plus dur qu’il est marqué par d’importantes difficultés économiques, les étudiants issus de familles peu aisées prennent conscience de la formidable opportunité représentée par les "community colleges", dont les frais de scolarité sont très raisonnables [2] et qui offrent un horizon d’études plus réduit. Non seulement ces institutions permettent aux étudiants d’obtenir rapidement une qualification reconnue sur le marché du travail, mais elles leur fournissent aussi la capacité de prolonger leurs études s’ils le souhaitent grâce à la possibilité de valider leurs acquis auprès de certaines institutions offrant des passerelles vers les programmes de "Bachelor". Ainsi, les "community colleges" et les "for-profit institutions" jouent-ils souvent un rôle de tremplin pour leurs étudiants.

L’importance grandissante des institutions à but lucratif…

Dans un précédent rapport, nous soulignions l’importance grandissante des institutions à but lucratif [3], tendance qui se confirme dans le cas des diplômes en moins de quatre ans. S’ils en accordent encore le plus grand nombre, le taux d’augmentation des diplômes décernés par les "community colleges" est maintenant inferieur à celui des institutions à but lucratif. Tandis que les étudiants des premiers ont souvent un emploi en parallèle ou une famille à charge [3], les secondes semblent désormais attirer davantage d’étudiants "traditionnels", c’est-à-dire d’étudiants à plein temps. Ainsi, au sein des "community college", les étudiants sont-ils plus nombreux à suivre des cours uniquement à temps partiel (59%) tandis qu’ils sont 69% dans les institutions à but lucratif à suivre leur scolarité à temps plein.

Une réponse adaptée aux nouveaux besoins du marché du travail…

La situation du marché du travail évolue. Ainsi, certains emplois autrefois non-qualifiés laissent aujourd’hui la place à de nouveaux emplois nécessitant un haut niveau d’éducation et de qualification. Cette situation a été soulignée par le Président Barack Obama dans son discours de février 2009 devant une session conjointe du Congrès américain : "Quel que soit l’apprentissage choisi, aucun Américain ne pourra plus se contenter de son simple baccalauréat (high school diploma)."

L’engouement pour ces diplômes de courte durée souvent très professionnalisant répond donc à une augmentation de la demande pour ce type de qualification sur le marché du travail. Ainsi, six -dont cinq dans le secteur très dynamique de l’industrie de la santé- des dix métiers en pleine expansion sur le marché du travail américain requièrent un diplôme "subbaccalaureate". Inversement, répondant à une diminution des opportunités d’emploi dans le domaine des STEM [4], notamment dans le cas de la saisie de données ou de la gestion des ordinateurs, le nombre de diplômes disponibles dans ce domaine s’est réduit drastiquement, diminuant de 32% entre 1997/2007 pour les cas des diplômes de plus courte durée et de 49% pour les diplômes de plus longue durée.

Leur capacité à s’adapter rapidement et facilement au marché du travail devrait conduire à associer plus largement les "community college" et les institutions à but lucratif au développement économique des villes et des Etats dans lesquels ils sont implantés. En travaillant en accord avec les gouvernements et les entreprises, ces établissements pourraient ainsi contribuer à l’attractivité du territoire, ou encore à la reconversion de certains travailleurs.

Malgré quelques détracteurs, ces diplômes "subbabaccalaureate" témoignent de l’importance grandissante d’institutions jusqu’ici ignorées [1] et de leur très forte capacité d’adaptation a une société en mouvement. Il semblerait donc que ce soit le paysage de l’enseignement supérieur américain tout entier qui soit en train d’évoluer.

[2] $ 2.400 dans le cas des "community college", $ 11.900 dans le cas des institutions à but lucratif

[4] Science, Technology, Engineering, and Mathematics

Source :


- Project Springboard, Getting ahead - Staying ahead, Helping America’s workforce succeed in the 21st century, December 2009 - http://www.businessroundtable.org/sites/default/files/BRT_Getting_Ahead_online_version.pdf
- Josh M. Beach, A Critique of Human Capital Formation in the U.S. and The Economic Returns to Sub-Baccalaureate Credentials, Educational Studies, Janvier 2009 - http://www.informaworld.com/smpp/content~content=a908386215&db=all
- [3] Pascal DELISLE, Isabelle SCHONINGER, Les universités américaines face à la récession : l’heure des opportunités pour les universités à but lucratif ? Février 2009 - http://www.bulletins-electroniques.com/rapports/smm09_012.htm

Pour en savoir plus, contacts :


- [1] Dans le même essai défendant les "community colleges" Jill Biden, épouse du vice-président Joe Biden, qui a longtemps enseigné dans ce type d’institutions, les qualifie ironiquement de "l’un des secrets les mieux gardés des Etats-Unis" : http://www.whitehouse.gov/the_press_office/Essay-on-community-colleges-by-Dr-Jill-Biden-in-Forbes
- [3] "Three out of four community college students—and some of my best students—work while attending school. In my classes, I have men and women who rush to class at the end of a busy work day. I have single parents who come to school in the evening, weary from a long day yet eager to create a brighter future with more options for their children." Jill Biden, Essay on community college, mai 2009 - http://www.whitehouse.gov/the_press_office/Essay-on-community-colleges-by-Dr-Jill-Biden-in-Forbes
Code brève
ADIT : 61817

Rédacteur :

Marion Bruley, puf@ambafrance-us.org

Voir en ligne : http://www.bulletins-electroniques….