Lanceurs d’alertes : controverse autour d’un chercheur sur les pesticides de l’USDA

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Jonathan Lundgren, un entomologiste de 39 ans travaillant depuis 11 ans pour le Department of Agriculture américain (USDA) et récompensé pour ses recherches en 2011 (Presidential Early Career Awards for Scientists and Engineers), a eu la mauvaise surprise d’être suspendu après la publication de ses recherches sur les effets néfastes des néonicotinoïdes, notamment sur les papillons monarques et les abeilles. La suspension de 14 jours a été justifiée par 2 infractions : la soumission de certains de ces résultats sans une approbation claire de sa hiérarchie et par des négligences administratives au cours du processus autorisant un déplacement professionnel qui visait à présenter ses résultats. Le chercheur considère cette sanction disproportionnée et affirme avoir subi une campagne de harcèlement concernant l’objet de ses recherches suite à ses publications en début d’année. Ceci l’a conduit à porter plainte en tant que lanceur d’alerte (whistleblower) contre l’agence fédérale par l’intermédiaire de PEER (Public Employment for Environmental Responsability), une organisation qui défend les employés impliqués par leur travail dans la protection de l’environnement. Le document soumis par PEER mentionne notamment les plaintes suivantes : un processus de vérification de diapositives de présentation lourd et injustifié, l’ordre de ne pas parler au média de ses recherches et la demande de retirer son nom comme co-auteur d’un article scientifique.

La première loi américaine sur les lanceurs d’alertes travaillant dans les agences fédérales (Whistleblowers Protection Act) date de 1989, cependant son application et la jurisprudence qui en a découlée a considérablement affaibli la portée de loi. L’employé ne pouvait en effet voir sa plainte retenue que si l’alerte donnée découlait d’une action allant bien au-delà de son mandat de travail (above and beyond the call of duty). L’Enhancement Whistleblowers Protection Act a depuis permis de corriger ce défaut en 2012. [1]

Le PEER aurait également rassemblé des allégations de pressions auprès d’autres chercheurs de l’USDA mais qui ne sont pas encore publiques. Ces pressions moins marquées que celles rapportées par le Dr. Lundgren concernent des découragements exprimés verbalement et une communication tacite concernant les types de recherche qui ne seraient pas les bienvenues. [2]

L’ARS (Agricultural Research Service), la branche de l’USDA qui emploie toujours Dr. Lundgren, a de son côté tenu à rappeler qu’elle applique une « forte politique d’intégrité scientifique qui promeut une culture d’excellence et de transparence ». « Nous prenons l’intégrité de nos scientifiques au sérieux et nous reconnaissons l’importance de maintenir la confiance de la communauté scientifique, des décisionnaires et du grand public en notre recherche ».

Une déclaration à laquelle Jeff Runch, directeur de PEER, n’a manqué de réagir. Pour lui « ces règles permettent de faire de la recherche uniquement s’il n’y a pas d’applications dans le monde réel ». [3]

Le débat pose la question des conflits d’intérêts, récurrents dans ces grands départements fédéraux, ainsi que celle des liens qu’entretient l’USDA avec l’industrie notamment via les revolving door (va-et-vient professionnel entre le public et le privé). Le président, David Chicione, de la South Dakota State University, où Lundgren est employé, est notamment membre du conseil d’administration de Monsanto.


Rédacteurs
François Valentin, Stagiaire à la Mission pour la Science et la Technologie
Clement Lefort, Attaché Adjoint pour la Science et la Technologie, Washington, deputy-coop@ambascience-usa.org
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