Le "Cambridge Innovation Center", une entreprise (très) rentable au service de l’innovation

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Il existe aux Etats-Unis une multitude de structures d’aide au développement, aussi appelés "incubateurs d’entreprises", destinées aux entreprises en phase de création. Les modèles de fonctionnement de ces incubateurs sont variés tout comme les services proposés. Un trait commun à la plupart des incubateurs : ils ne bénéficient d’aucune aide publique et l’accompagnement des entreprises qui s’y trouvent est généralement inexistant. Après "US MAC" [1], il nous semble intéressant d’étudier celui du "Cambridge Innovation Center" (CIC), un cas très intéressant de par sa simplicité et son succès fulgurant.

Une localisation stratégique, entre Harvard et le MIT

Créé en 1999 par Tim Rowe, l’établissement doit son origine à un donateur du prestigieux "Massachusetts Insitute of Technology" (MIT). Tim Rowe et son équipe ont alors cherché à déterminer les éléments clés du succès d’une jeune entreprise pour mettre en place un concept simple : héberger les startups dans des locaux en leur fournissant des services adaptés et modulables, le tout à moindre coût.

La localisation a alors été un élément clé pour attirer les meilleures entreprises. En effet, les locaux du CIC sont situés à Kendall Square, un quartier dynamique de la ville Cambridge, au plein coeur du cluster technologique Harvard/MIT. Depuis plusieurs années, le CIC profite de la présence de grands comptes technologiques (IBM, Oracle, VMware) et de l’arrivée des nouveaux acteurs influents et attractifs (Microsoft en 2007, Google en 2008). Aujourd’hui, Kendall est devenu l’un des pôles majeurs en innovation et entrepreneuriat aux Etats-Unis. On dit même que Kendall est un des seuls endroits au monde où l’on peut créer une entreprise de A à Z dans un périmètre de moins d’un mile (1,6 kilomètre).

Le plus grand nombre d’entrepreneurs sous un même toit

Actuellement, le CIC héberge environ 600 entreprises, dont 500 startups, dans ses locaux de 14 400 m2 étalés sur sept étages. C’est donc l’établissement qui héberge le plus grand nombre d’entreprises aux Etats-Unis. Les locataires rassemblent généralement entre une et quinze personnes pour une durée moyenne de location de 27 mois [2].

Le tarif appliqué dépend du type et de la taille de l’espace voulu. A titre d’exemple, un bureau dans l’espace commun coûte 535 dollars par mois par personne et il faut compter 3 250 dollars pour une salle privée pour trois personnes. Les règlements sont mensualisés, ce qui permet aux entreprises de déménager quand elles le souhaitent. Ces tarifs incluent un ensemble de prestations particulièrement appréciables pour les entrepreneurs : mise à disposition de salles de conférences pour les rendez-vous professionnels ou les événements (50 salles avec une capacité moyenne de 8 personnes, dont une salle pouvant accueillir 45 personnes), cuisines équipées et ravitaillées (café, sodas, snacks, etc.), cours de yoga, etc. Les économies d’infrastructures sont énormes, et donc incitatives, pour les jeunes entrepreneurs.

Connecter les entrepreneurs et les financeurs

Ces prestations sont offertes dans un environnement agréable, à l’image des grandes entreprises innovantes de la Silicon Valley. Si les entrepreneurs peuvent ainsi bénéficier de conditions optimales pour faire grandir leur projet, c’est surtout la complémentarité des profils professionnels qu’on y trouve qui fait la réelle réussite du concept. Le CIC est en effet un formidable lieu de rencontre entre le monde des entrepreneurs et celui des affaires. Banquiers d’affaires, capitaux-risqueurs, investisseurs providentiels sont en contact permanent avec le CIC. De grandes entreprises comme Amazon ont d’ailleurs décidé de louer un espace au CIC pour accroître leur proximité avec les projets innovants. La vraie richesse de l’établissement réside donc dans son incroyable densité d’entrepreneurs et de financeurs, en constante interaction.

Comme nous l’avons déjà signalé dans nos articles, la mise en relation est vue aux Etats-Unis comme un formidable levier pour l’innovation. Le CIC organise ainsi tous les jeudis après-midi un évènement de réseautage ("networking"), appelé "Venture Café", qui est devenu le point de ralliement de tous les professionnels de l’entrepreneuriat local.

Signe du succès du modèle du CIC, les entreprises installées ont réussi à attirer plus de 1,9 milliard de dollars d’investissements privés depuis la création de l’établissement en 1999. Selon Tim Rowe, "de nombreuses entreprises qui ont commencé au CIC avec une ou quelques personnes, ont par la suite réussi à lever des montants de plus 150 millions de dollars en capital-risque". D’ailleurs, le CIC va prochainement augmenter sa capacité d’accueil. Ses dirigeants viennent de signer un bail dans un immeuble voisin pour une surface de 4 800 m2, soit une augmentation de 33% par rapport à la capacité actuelle (14 400 m2).

Un modèle à exporter

Fort de son succès, le modèle du CIC va prochainement être décliné à Baltimore et peut-être à Saint Louis, deux écosystèmes entrepreneuriaux en devenir [3]. Tim Rowe veux recréer le même modèle, en s’appuyant sur une petite équipe de 5 à 8 personnes. De plus, l’établissement ne bénéficie pas d’aides publiques, c’est en effet une entreprise très rentable, gérée de manière totalement autonome et privée.

Le modèle du CIC n’est pas celui d’un incubateur ou d’un programme d’accélération, où les entrepreneurs sont guidés et accompagnés. Le CIC est plutôt un hôtel d’entreprises avec une très forte valeur ajoutée qui s’appuie sur trois facteurs clés : localisation au coeur d’un pôle d’innovation, forte densité d’entrepreneurs et ouverture aux investisseurs.

Dernier point : le CIC est aussi un important lieu de veille technologique et scientifique. Des organismes liés à des institutions publiques y sont d’ailleurs représentés. C’est le cas pour la Mission pour la Science et la Technologie de l’Ambassade de France aux Etats-Unis : grâce au CIC, nous rapprochons les lauréats des programmes NETVA et YEI avec des partenaires locaux, organisons des rencontres et faisons en sorte que nos plus hautes autorités y tiennent des réunions. Cela a récemment été le cas avec la ministre Fleur Pellerin (oct. 2012) et notre Ambassadeur François Delattre. Il est très fréquent de croiser des délégations étrangères dans les couloirs de l’établissement et les autorités chinoises y ont une sorte de bureau de représentation (affaires universitaires et scientifiques).


Fleur Pellerin en visite au CIC, 25 octobre 2012 (de gauche à droite : Dougan Sherwood, directeur du CIC, Fabien Fieschi, consul de France à Boston, Aymeril Hoang, conseiller "innovation et Economie numérique", Fleur Pellerin, ministre déléguée au PME, à l’innovation et à l’Economie numérique et Antoine Mynard, attaché pour la science et la technologie)
Crédits : MS&T

Pour en savoir plus, contacts :


- [1] BE 249 "US MAC : un incubateur innovant pas seulement au service des jeunes pousses étrangères" (03/06/2011) http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/66927.htm
- [2] Echange avec Mark Moreau du Cambridge Innovation Center (06/03/2013)
- [3] "The Cambridge Innovation Center is Expanding in Kendall "(25 janvier 2013) http://bostinno.com/2013/01/25/the-cambridge-innovation-center-is-expanding-in-kendall/
Code brève
ADIT : 72470

Rédacteurs :


- Adrien Destrez, deputy2-inno@ambascience-usa.org ;
- Retrouvez toutes nos activités sur http://france-science.org.

Voir en ligne : http://www.bulletins-electroniques….