Le Midwest agricole subit-il les premiers effets du changement climatique ?

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Vu du ciel, le Midwest ressemble plus à un gigantesque marécage que des terres fertiles où poussent les cultures du grenier de l’Amérique. La raison pour cette vision pittoresque, le printemps a été l’un des plus pluvieux jamais rapporté.

Même s’il n’est pas possible d’affirmer avec certitude que ce dramatique évènement climatique est une conséquence directe du changement climatique global, de nombreux scientifiques américains rappellent que ces évènements sont en accord avec leurs prédictions. Le Professeur Donald Wuebbles, de l’Université d’Illinois à Urbana-Champaign, rappelle qu’une augmentation des précipitations dans le Midwest est à anticiper dû au réchauffement climatique. Ce type d’événements dramatiques devraient être de plus en plus fréquent (1), en particulier en printemps et en hiver. Pour les agriculteurs du Midwest, début juin est la date limite à laquelle le maïs doit être semé, et mi-juin pour le soja. Après ces dates, la température devient trop élevée et les précipitations sont trop faibles pour une croissance normale des cultures. Le ministère d’agriculture américain (USDA) qui suit les cultures durant la saison a annoncé fin mai que seulement 58% du maïs qui pouvait être semé l’était. Cela équivaut à 16,2 millions d’hectares non semés (2).

Bien que le soja ait l’avantage de pouvoir être semé plus tard, seulement 28% des surfaces avaient été ensemencées. Aujourd’hui, les agriculteurs du Midwest sont confrontés à choisir entre semer du maïs au risque d’avoir une mauvaise récolte, ou attendre pour semer du soja mais sans connaître l’issue des discussions commerciales entre le gouvernement américain et chinois, premier importateur du soja américain. Ce retard de semis est important, surtout s’il se traduit par une diminution de la surface cultivée. Les agriculteurs du Midwest fournissent environ un quart des productions mondiales (maïs, soja, blé et riz).

Pour les analystes comme David Easterling, Chef de la division scientifique de la National Ocean and Atmospheric Administration (NOAA), l’augmentation de l’air et de la température des eaux dans le Golfe du Mexique augmentent la capacité de l’atmosphère à retenir la vapeur d’eau et ces masses d’eau atmosphériques finissent par retomber sur le Midwest. Ces évènements ont également été accompagnés par des ouragans qui accentuent les épisodes dramatiques et les conditions de développement pour les cultures. La pluie ne retarde pas seulement la date d’ensemencement, mais sature également les sols en eau ce qui a pour conséquence d’abimer les racines et le développement des cultures.

Aujourd’hui, il est encore difficile d’évaluer l’impact que ces évènements climatiques pourraient avoir sur le revenu des agriculteurs ou sur le consommateur, cela dépendra beaucoup des conditions climatiques durant l’été. Non seulement il pourrait y avoir un retard dans la levée et le développement de la culture, mais également un impact sur les pollinisateurs ainsi que la date de la moisson. Matthew Pots, économiste, indique que le prix du forage pour les animaux risque alors d’augmenter, suggérant qu’une mauvaise récolte aura des conséquences économiques sur d’autres industries (élevage, laitière…).

Pour rappel, les Etats-Unis sont les premiers producteurs et exportateurs de maïs et soja au rang mondial. Ils produisent en moyenne 40% de la récolte mondiale en maïs et 30% de la récolte mondiale en soja. Ils ont un impact majeur sur l’équilibre des bilans mondiaux et donc sur les prix du maïs et du soja.

Pour rendre les choses encore plus dramatiques, les inondations historiques dans le Midwest ont une conséquence écologique inattendue. En effet, non seulement les sols sont gorgés d’eau les rendant impropres à la culture, mais les facteurs qui influent généralement sur les forts rendements de la Corn Belt comme le climat favorable à la culture du maïs et du soja, ou encore les sols fertiles avec des terres noires et riches en humus, sont littéralement lessivés par des pluies torrentielles. Par exemple, le Mississipi a reçu plus de 200% de pluie et de neige que ce qu’il reçoit généralement au printemps. Les dégâts s’élèvent déjà à plusieurs milliards de dollars. Conséquence supplémentaire de cette addition massive d’eau dans les rivières et fleuves, la prolifération d’algues dans le bassin du Mississipi dans le Golfe de Mexico. En effet, les pluies torrentielles qui se sont abattues dans le Midwest cet hiver et au printemps ont emportées avec elles les résidus d’engrais et d’eaux usées urbaines, qui contiennent de l’azote et du phosphate, éléments essentiels au développement d’algues. Les algues se sont tellement développées dans certaines zones qu’elles asphyxient le milieu (7).

Aujourd’hui le moral des agriculteurs du Midwest est au plus bas comme le démontre une étude récente de chercheurs de l’Université de Purdue. Cette baisse de moral parmi les exploitants efface le pic d’optimisme observé en novembre 2016 après l’élection du Président Trump (2). Les agriculteurs américains ont commencé à twitter leurs sentiments en utilisant le hashtag noplant19.

Références :
(1) https://www.nationalgeographic.com/environment/2019/06/midwest-rain-climate-change-wrecking-corn-soy-crops/
(2) https://psmag.com/environment/the-fields-are-washing-away-midwest-flooding-is-wreaking-havoc-on-farmers
(3) http://blogs.discovermagazine.com/crux/2019/06/11/record-rain-is-drowning-fields-in-the-midwest-is-it-climate-change/
(4) https://www.cnbc.com/2019/06/13/reuters-america-grains-corn-near-one-year-high-as-soaked-midwest-braces-for-more-rain.html
(5) https://www.chicagotribune.com/news/ct-met-cb-climate-change-chicago-midwest-20190408-story.html
(6) https://www.chicagotribune.com/news/ct-met-great-lakes-climate-change-report-20190319-story.html
(7) https://www.chicagotribune.com/news/breaking/ct-met-dead-zone-gulf-of-mexico-midwest-20190612-story.html