Le NIH cherche des solutions pour réformer son système d’attribution de financements

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Les allocations de recherche attribuées par le NIH qui représentent la plus grande source de financement pour la recherche universitaire américaine avec un peu plus de la moitié de son budget (soit 29,2 milliards de dollars en 2007), sont souvent saluées comme "l’étalon or". Cependant, d’après une enquête récemment menée par le NIH auprès de 2000 chercheurs et organisations, certains scientifiques ont critiqué le processus d’examen des demandes qui, selon eux, est devenu "trop prudent et arbitraire".

Depuis 1999, le nombre annuel de dossiers de subventions étudiés par le NIH a presque doublé et il avoisine aujourd’hui les 80.000 demandes. La décision, prise cette même année par le Congrès, de doubler le budget de l’agence dans les 5 années suivante, a incité les Universités à agrandir leurs locaux et à embaucher du personnel, ce qui a contribué à la forte augmentation des demandes. Cependant les augmentations de budget accordées par le Congrès ces deux dernières années sont beaucoup plus modestes et ne suffisent pas à contenir l’inflation. Le pouvoir de financement des NIH pour la recherche est environ 8% plus faible aujourd’hui qu’en 2004 (soit un an après le doublement du budget). En conséquence, le taux d’acceptation de demandes financées par le NIH est passé de un sur trois en 2001 à un sur cinq actuellement.

Ces difficultés, aggravées par les restrictions de budget subies par le NIH, depuis 2003 entraînent les comités de sélection à parier sur ceux qui apparaissent comme peu risqués scientifiquement et dont la probabilité d’échec semble donc être la plus faible possible. Les experts auraient ainsi, selon certains scientifiques, tendance à favoriser les projets qui ne feraient avancer que très légèrement les connaissances existantes au lieu de favoriser les projets novateurs qui pourraient transformer la médecine et les soins de santé.

La surabondance de demandes a également renforcé une attente chez les experts à ce que des "données préliminaires d’hypothèses" soient présentes dans les dossiers d’application. Cela signifie que les candidats doivent avoir déjà mené des expériences. Le problème est que les jeunes scientifiques qui commencent seulement leur carrière n’ont pas encore eu la chance de le faire…Ainsi les projets déposés par de jeunes scientifiques ont moins de chance d’être retenu car le manque d’expérience ainsi que la faible avancée de leurs travaux sont des facteurs de risques pour les examinateurs.

D’après cette enquête, certains scientifiques s’accordent sur le fait que "si un chercheur non reconnu soumet une proposition de qualité identique à celle d’un scientifique éminent, ce dernier sera plus susceptible de recevoir des subventions". De plus, les chercheurs passeraient aujourd’hui beaucoup plus de temps qu’avant à essayer d’obtenir des subventions. Le taux de réussite pour les candidats lors de la première tentative est ainsi passé de 28% en 1998, à 12% aujourd’hui. Le NIH permet aux demandeurs de réviser leur dossier et de le renvoyer jusqu’à deux fois après un premier refus. Cependant, bien que le taux de réussite soit plus élevé lors de ces resoumissions, très peu de chercheurs revoient leur candidature, par faute de temps, ce qui rend le processus frustrant. "Il serait plus judicieux pour un chercheur de jouer au casino, le taux de rendement y serait bien meilleur" a même souligné un scientifique. L’agence qui a recueilli les observations des postulants leur a demandé de garder l’anonymat afin d’encourager la franchise.

Le Directeur du NIH, Elias A. Zerhouni, affirme qu’il est prêt à modifier le statu quo afin d’apporter des améliorations. Selon lui "toutes les idées sont sur la table". Cette semaine, un comité consultatif spécial, qui a recueilli, au cours des six derniers mois, les propositions de réforme devrait en proposer quelques-unes. "Nous avons besoin de réduire le montant de ce que j’appelle le gaspillage d’énergie dans le système", dit le docteur Zerhouni. "Ce n’est pas bon pour vous de postuler six fois pour obtenir une subvention. Soit vous êtes bon, soit vous ne l’êtes pas, arrêtons les galimatias."

Le NIH a déjà envisagé plusieurs idées pour rationaliser les processus d’examen afin de limiter le fardeau de la paperasserie des demandeurs, et d’accroître la capacité des experts à étudier les dossiers déposés. Quelques programmes ont déjà vu le jour mais le nombre de lauréats reste encore proportionnellement infime par rapport au nombre de demandeurs. Des discussions sont donc en cours et laissent présager des réformes profondes dans le système d’attribution de subventions par le NIH. En effet, les dernières réformes qui datent de 1997 ne sont plus en accord avec le caractère inter et pluridisciplinaire de la recherche biomédicale.

Source :

The chronicle of higher education - "NIH Casts Critical Eye on How It Gives Grants" - 07/12/2007 - Jeffrey Brainard - http://chronicle.com/free/v54/i15/15a00102.htm - http://chronicle.com/free/v54/i15/15a00102.htm#peer

Pour en savoir plus, contacts :


- Overview du système d’attribution de subventions et de financements par le NIH : http://cms.csr.nih.gov/AboutCSR/OverviewofPeerReviewProcess.htm
- Articles concernant le lancement par le NIH de l’enquête visant l’amélioration du système : http://enhancing-peer-review.nih.gov et http://grants.nih.gov/grants/guide/notice-files/NOT-OD-07-074.html
- The chronicles of higher education - "Shaking up the NIH" - 04/12/2007 : http://chronicle.com/live/2007/12/zerhouni/
- Le docteur Elias A. Zerhouni, directeur des NIH, présente l’étude lancée par l’agence ainsi que la manière dont l’organisme accorde des subventions : http://chronicle.com/media/audio/v54/i15/zerhouni/ (source audio en anglais)
Code brève
ADIT : 52207

Rédacteur :

Julien Moriggi (deputy-sdv.mst@ambafrance-us.org)

Voir en ligne : http://www.bulletins-electroniques….