Le NIH dévoile le cadre et la feuille de route de son Precision Medicine Initiative Cohort Program

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Le 17 septembre dernier, le National Institutes of Health (NIH) a publié un rapport listant une série de recommandations pour un cadre de travail et une feuille de route en vue de la mise en place d’un programme d’étude d’une cohorte d’un million de volontaires américains, dans le but d’étendre les connaissances relatives à la médecine de précision.

Éléments de contexte

Le 20 janvier 2015, à l’occasion de son discours sur l’état de l’Union, le Président des Etats-Unis, Barack Obama, avait annoncé son intention de lancer une initiative majeure afin d’accélérer l’avènement d’une médecine de précision [1]. Dix jours plus tard, il détaillait son projet à la Maison Blanche, devant un parterre de patients, activistes, scientifiques et industriels, dévoilant les contours et les moyens adossés à ce projet afin d’en assurer la réalisation pratique. Cette initiative comporte différents projets impliquant plusieurs entités fédérales (NIH et FDA en tête), pour un montant total alloué de 215 millions de dollars sur l’année fiscale 2016 uniquement [2].

Parmi ces projets, le NIH a été chargé de mener des recherches autour des déterminants génétiques en oncologie, mais également de développer une étude de cohorte à très grande échelle, avec pour but de mieux comprendre les relations entre santé et maladie, et à terme d’ouvrir la voie au développement de traitements plus efficaces et plus individualisés pour chacun. 130 millions de dollars ont été réservés à la mise en place de cette étude.

Au mois de mars 2015, le Directeur du NIH, le Dr. Francis Collins, a formé un groupe de travail baptisé Precision Medicine Initiative (PMI) Working Group, afin de convenir d’un plan détaillé permettant la création, la mise en place et la gestion d’une étude de cette taille [3]. C’est ce groupe qui vient de remettre ses conclusions et recommandations [4].

Méthodes de travail et priorités

Le groupe, mené par Kathy Hudson du NIH, Richard Lifton de l’Université Yale et Bray Patrick-Lake de l’Université Duke, s’est entouré d’une vingtaine de professionnels de très haut niveau aux expériences et expertises diverses (Harvard, UCSF, Oxford, GoogleX, Intel, Bill and Melinda Gates Foundation…), passant les 6 derniers mois à délibérer sur les questions entourant la mise en place de ce Cohort Program [5]. Ceci s’est traduit par l’organisation de 4 ateliers de travail sur cette période, mettant à contribution panélistes, intervenants et participants. Des centaines de voix à travers les Etats-Unis ont ainsi pu se faire entendre et contribuer au débat.

Validant à l’unanimité le bien fondé de cette initiative, son potentiel et sa pertinence du point de vue de la conjonction d’avancées permettant sa réalisation effective (que ce soit en génomique, en méthodes de stockage et d’analyse de données de cette ampleur, en capacité de calcul et en nombre d’applications en santé connectée déjà en place), le groupe a identifié un certain nombre d’opportunités à valeur scientifique, devant être prises en compte au moment de bâtir la cohorte.

Parmi celles-ci, nous relèverons particulièrement : la production d’indicateurs permettant d’évaluer le risque de développer certaines pathologies à la lumière de facteurs environnementaux, génétiques et épigénétiques ; l’identification de déterminants interindividuels conditionnant l’efficacité de traitements utilisés de manière courante aujourd’hui ; la découverte de biomarqueurs permettant de détecter certaines prédispositions ; l’utilisation des technologies de santé connectée et mobile et les liens entre activité physique et santé ; ou encore le potentiel de prise en charge de leur santé par les patients eux-mêmes à l’aide d’outils adaptés.

Afin de répondre aux mieux à ces enjeux, le rapport remis le 17 septembre [6] présente donc les recommandations finales du groupe de travail, spécifiquement autour de six sujets jugés primordiaux quant au développement, à l’implémentation et au suivi du Cohort Program : 1/ le recrutement de la cohorte, 2/ l’implication et le rôle des participants, 3/ la gestion des données, 4/ la question des biobanques, 5/ les aspects règlementaires, et enfin, 6/ la gouvernance.

Une volonté de placer les participants au centre

D’une manière générale, l’esprit qui se dégage de ce rapport est une recommandation claire d’impliquer au maximum les participants et de bâtir une relation d’autonomie et de confiance avec eux. L’un des enjeux prioritaires est en effet le recrutement d’un très grand nombre de sujets (un million sur quatre ans), et ceci ne se fera en effet pas sans clarté sur plusieurs points sensibles.

Concernant la mise en place de la cohorte, le groupe de travail valide l’objectif d’un million de volontaires sur quatre années comme étant pertinent. Il recommande que chaque participant doive accepter de fournir un biospecimen (en priorité un prélèvement sanguin qui sera placé dans une biobanque), de partager ses données de santé, et d’être recontacté dans le futur au besoin. Cette cohorte devra par ailleurs refléter la diversité ethnique des Etats-Unis, afin d’obtenir des données significatives eu égard à la composition du pays.
Pour ce qui concerne le recrutement en lui-même, le groupe a identifié deux méthodes complémentaires : d’un côté un recrutement basé sur le strict volontariat et ouvert à chaque citoyen américain, de l’autre un recrutement en collaboration avec les fournisseurs de soins (groupements hospitaliers en particulier), afin de bénéficier d’une plus grande diversité, de contribuer au renforcement du dossier médical électronique, et d’assurer le suivi à long terme des participants.

Mais le groupe de travail, conscient de la nécessité de faire tomber un maximum de barrières potentielles à l’enrôlement de sujets volontaires, insiste également lourdement sur la nécessité de favoriser l’interactivité et la proactivité des membres de la cohorte. Pour ce faire, les participants devront être représentés au sein de la gouvernance et des comités de suivi du programme. Par ailleurs, il sera nécessaire de développer une série de règles et de principes (entité centrale gestionnaire, protocole de consentement unique et standardisé, ou encore liberté de récupération et flexibilité dans la gestion de ses données pour chaque volontaire).

Un enjeu de pertinence et de sécurité des données

Tout l’enjeu de ce Cohort Program est d’obtenir des données de types divers (génétiques, physiologiques, d’activité, etc.) et d’en extraire de nouvelles connaissances. Le groupe de travail recommande donc la constitution de bases de données diverses, avec au centre une série de variables incontournables et captées sur chaque participant, afin de permettre à terme à la fois des analyses portant sur la cohorte tout entière comme sur des sous-groupes pouvant être amenés à participer à des études plus spécialisées. Ceci supposera l’utilisation d’un modèle commun de récolte et d’utilisation des données, le groupe recommandant la reprise de modèle préexistants, à chaque fois que ce sera possible.

Enfin, il va de soi que ces données devront être systématiquement anonymisées et que la sécurité et le caractère privé de celles-ci devront être assurés. Afin de s’en donner les moyens, des gardes-fous devront être mis en place pour prévenir toute transmission ou utilisation malveillante des données récoltées, tout en prévoyant des sanctions lourdes en cas de manquement ou de transgression de ces règles.

En conclusion

Ce rapport de 108 pages, produit 6 mois après l’annonce de la constitution de ce groupe de travail, a donc le mérite de délimiter les contours et les objectifs du programme, ainsi que d’exposer une myriade de points structurels et techniques nécessaires à son succès, même si certains détails restent encore peu précis (notamment autour des méthodes d’analyse des données et de garantie de leur sécurité).

Conscient de cela, le directeur du NIH, le Dr Francis Collins, a avoué qu’il “restait de nombreux points nécessitant un travail supplémentaire” [7]. S’il décide de suivre les recommandations du groupe, la production et la mise en place des solutions incombera à un directeur du Cohort Program, qui reste à recruter, devant témoigner d’une “autorité institutionnelle, d’une expertise professionnelle et d’un soutien structurel afin d’assurer un leadership crédible et efficace”. Afin d’appuyer ce futur directeur, il sera déterminant de l’entourer d’un comité de direction compétent, ainsi que de cinq sous-comités dont l’expertise portera sur certains sujets plus précis.

Les prochaines semaines permettront de suivre l’avancée de ce chantier, dont l’ambition certaine semble pour la première fois complétée par une certaine rigueur dans la marche à suivre.


Pour en savoir plus : Rapport du Precision Medicine Working Group du 17 septembre 2015 à destination du comité consultatif auprès du Directeur, NIH

Rédacteur :
- Hocine Lourdani, Attaché adjoint pour la Science et la Technologie, San Francisco, hocine.lourdani@ambascience-usa.org ;
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