Le SIDA aux Etats-Unis

, Partager

Il y a 31 ans, le 5 juin 1981, cinq cas de pneumocystose sont décrits chez de jeunes hommes homosexuels de Los Angeles. Ce sont les cinq premiers cas d’une maladie que l’on appellera ensuite SIDA (Syndrome d’Immuno-Déficience Acquise) [1]. En réalité, à cette époque l’épidémie est déjà bien avancée en Haïti, dans certaines régions d’Afrique et parmi certaines catégories de population aux Etats-Unis. En effet, des analyses ont montré qu’en 1978, 10% des utilisateurs de drogues injectables à New-York étaient déjà contaminés, ce pourcentage grimpant à 50% en 1981 [2]. Aujourd’hui, 33,4 millions de personnes vivent avec le VIH/SIDA dans le monde, 97% de ces personnes vivant dans des pays à revenus faibles et intermédiaires [3].

Du 22 au 27 Juillet, la Conférence Internationale sur le SIDA se tiendra à Washington, D.C., l’occasion pour nous de faire un point sur la situation de l’épidémie de SIDA aux Etats-Unis [4].

Le SIDA et le VIH

L’infection par le VIH (Virus de l’Immunodéficience Humaine) peut rester asymptomatique pendant de nombreuses années. Malgré tout, la présence et la multiplication du virus dans l’organisme entraîne une destruction massive des cellules T CD4+ conduisant ainsi à une déficience du système immunitaire du patient infecté et au développement de maladies dites "opportunistes". On considère que les malades sont atteints du SIDA lorsqu’ils développent une ou plusieurs de ces maladies [5].

Le SIDA aux Etats-Unis

Depuis le début de la pandémie de SIDA, environ 1,1 million de personnes ont été diagnostiquées avec le SIDA aux Etats-Unis. Les dernières données du CDC (Center for Disease Control and Prevention) estiment que 1,2 million de personnes sont touchées actuellement par le VIH aux Etats-Unis alors même que 20% d’entre elles ne sont pas au courant de leur séropositivité. Chaque année, environ 50.000 américains sont infectés par le VIH, ce nombre étant relativement stable. Cependant, l’apparition de tests plus efficaces et de nouveaux traitements augmentant la durée de vie des malades induisent une augmentation du nombre global des personnes séropositives sur le territoire. En 2010, 47 129 américains ont été diagnostiqués avec une infection par le VIH et 33 015 avec le SIDA.

Aux Etats-Unis, la population la plus touchée reste les hommes ayant des relations homosexuelles (MSM : Men who have Sex with Men) (Figure 1). Les MSM ne représentent que 2% de la population américaine, mais 61% de la population nouvellement infectée par le VIH en 2009 et 49% des personnes vivant avec le VIH en 2008. En particulier, la population noire MSM est la seule catégorie de personnes parmi laquelle le taux d’infection a augmenté entre 2006 et 2009, passant de 4 400 nouveaux cas à 6 500 [6].


Infection par le VIH selon le mode de transmission
Crédits : MS&T

Le Sud des Etats-Unis [7] est la zone la plus affectée du territoire, regroupant à elle seule 43% des personnes infectées par le VIH. Elle compte 8 des 10 états ayant les taux les plus élevés d’infection au VIH et de mort due au SIDA. Parmi ces états, certains sont encore plus fortement touchés, ils sont appelés les ’targeted states’ (Alabama, Florida, Georgia, Lousiana, Mississippi, North Carolina, South Carolina, Tennessee et East Texas). Ces états à eux seuls accueillent 35% des nouvelles infections alors que leur population ne représente que 22% de la population américaine. De nombreux facteurs participent à ces taux élevés de transmission du VIH dans le Sud [8] :
- La majorité des Afro-américains, fortement touchés par la pandémie, résident dans les états du Sud.
- Le Sud et encore plus les ’targeted states’ sont parmi les états américains les plus pauvres. Cette pauvreté est associée à un manque d’accès au soin et à des niveaux d’éducation plus faibles.
- La culture conservatrice du Sud participe aussi fortement à la stigmatisation du SIDA et a ainsi des effets très négatifs sur les comportements préventifs face à l’épidémie comme sur le suivi et l’état de santé des personnes infectées. De plus, la plupart de ces états ont une éducation sexuelle basée sur l’abstinence, qui ne prépare donc pas les adolescents à se protéger des maladies sexuellement transmissibles.

Cependant, chaque région marquée par le SIDA à travers les Etats-Unis pourrait être considérée comme une micro-épidémie, chacune ayant des particularités de transmission, de population, … [9]

Les moyens de prévention et de traitement

Actuellement, aucun traitement ne permet de soigner le SIDA, c’est-à-dire d’éliminer complètement le VIH de l’organisme. Grâce à l’utilisation d’antirétroviraux, il est possible de ralentir la multiplication du virus chez les personnes infectées, le système immunitaire est alors beaucoup moins touché et les patients sont moins sensibles aux maladies opportunistes, ce qui leur permet ainsi d’avoir une espérance de vie beaucoup plus longue. De nombreuses équipes de recherche dans le monde sont toujours à la poursuite d’un traitement définitif du SIDA, beaucoup se concentrant sur la recherche d’un vaccin.

Malgré tout, le meilleur moyen de se protéger contre cette pandémie reste la prévention. Le gouvernement mène ainsi de nombreuses campagnes afin d’inciter les personnes faisant partie de populations à risque à tester leur séropositivité afin de pouvoir, d’une part, accéder à des soins et, d’autre part, adopter des comportements adaptés pour ne pas transmettre de nouveau ce virus. Les autres moyens de prévention restent l’utilisation du préservatif, la limitation du nombre de partenaires sexuels et la connaissance de son statut et de celui de son partenaire [10].

En juillet, la FDA (Food and Drug Administration) a approuvé l’utilisation du Truvada (combinaison de deux antirétroviraux), un médicament déjà utilisé pour le traitement du SIDA, à des fins de prévention contre l’infection par le VIH. Ce traitement est destiné à réduire le risque de transmission sexuelle du VIH chez des adultes non infectés mais faisant partie de populations à risque. Ce traitement n’éliminant pas complètement les possibilités de transmission, la FDA précise que les patients suivant ce traitement doivent l’associer à des pratiques sexuelles "sûres" [11]. Ce type de traitement préventif reste malgré tout assez controversé, la World Health Organization (WHO) n’a d’ailleurs pas transmis d’indications à ce sujet, et des questions restent ouvertes : les populations ciblées par ce traitement sont-elles capables de suivre un traitement hebdomadaire ? La prévention du risque d’infection grâce à des traitements médicaux ne favorisera-t-elle pas les comportements sexuels à risque, les personnes se croyant protégées ? Ces questions et bien d’autres seront débattues lors de la Conférence Internationale sur le SIDA.

Code ADIT : 70670


Rédactrice :


- Juliane Halftermeyer, deputy-sdv.at@ambascience-usa.org