Le capital-risque : une espèce en voie d’extinction ?

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En 2008, seulement 8 entreprises ont été lancées en bourse (IPO) par des capitaux risqueurs (VCs). C’est dire le reflux des affaires après l’année faste de 2007 (86) et surtout l’euphorie de 2000, avant la bulle Internet (265). Certains y voient un signe que le nouveau siècle ne fera jamais mieux que le précédent et que le capital risque est menacé… d’extinction pure et simple.

Ce pessimisme est porté par "VentureBeat " et "TheFunded", deux sites respectivement animés par les journalistes Matt Marshall (San José Mercury News) et Adeo Ressi. Courbes et graphiques à l’appui, ce dernier est venu à Boston livrer aux étudiants de la "Harvard Business School", un message sentencieux et inquiétant : le joyau de la finance américaine serait brisé parce que les VCs tireraient désormais davantage de ressources des investisseurs qu’ils n’en procureraient à ces derniers.

Trois raisons majeures sont avancées pour expliquer cette situation. Certaines grandes sociétés se portant très bien, comme Intel, Cisco ou Genentech, ont à elles seules attiré des volumes considérables de capitaux, asséchant du même coup les possibilités d’investissement de celles, plus petites, qui arrivaient sur le marché. Autre phénomène, les grandes sociétés comme Google, Microsoft "attrapent " les jeunes pousses avant que ces dernières ne deviennent des concurrents, retirant ainsi du marché les meilleures affaires des VCs. Enfin, dernière raison, "l’avidité" des VCs qui ont continué à lever des fonds alors que les retours sur investissement ne cessaient de baisser, ceci dans l’unique but de générer du chiffre d’affaires pour la société de capital risque.

Le détracteur de Ressi, M. S. Malone, un journaliste spécialisé dans ces questions, explique de son côté que la situation est en fait très similaire à celle des années 70 et 80 où les investisseurs premiers préféraient la bourse aux activités de capital risque. Conséquence, les VCs ne prenaient aucun risque dans les jeunes entreprises. La situation s’est inversée par la suite, laissant la place à une certaine euphorie. Le même Malone met aussi en avant le fait que les récents coups portés aux VCs sont décidément trop nombreux et trop forts pour les inciter à continuer à travailler (législation, confidentialité, les options "expensing" qui freinent la motivation à rejoindre une jeune pousse).

On le voit, le débat est sérieusement lancé sur fond d’inquiétude pour l’avenir de l’innovation et donc de la compétitivité américaine. Tous en appellent à ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain en instaurant davantage de réglementations et de garde-fous. Les optimistes comme les pessimistes en appellent au Fédéral.

Source :


- "Is Venture Capital in Trouble ?", Michael Malone, ABC News, 14/11/08, http://abcnews.go.com/Business/SmallBiz/Story?id=6247898&page=1
- "Corporate VCs Facing Internal Hurdles", Kelly Faircloth, 14/11/08, Inc.com - http://www.inc.com/news/articles/2008/11/corporate-VCs.html?partner=rss

Pour en savoir plus, contacts :

"Economy leaves local businesses struggling for funding", Patrick O’Grady, 14/11/08, Phoenix Business Journal - http://www.bizjournals.com/phoenix/stories/2008/11/17/story8.html?ana=from_rss
Code brève
ADIT : 56729

Rédacteur :

Antoine Mynard, attache-inno.mst@consulfrance-boston.org

Voir en ligne : http://www.bulletins-electroniques….