Le classement des pays engagés dans la course aux nanotechnologies

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Les nanotechnologies auront dans un avenir proche une influence majeure sur l’économie mondiale puisque selon des experts, elles pourraient représenter un marché de 2600 Milliards de dollars en 2014, sous tendu par la création de 10 millions d’emplois. La recherche et le développement dans ce secteur constituent ainsi un enjeu stratégique important pour les pays développés, et il est intéressant de savoir comment se classent les différents protagonistes de cette course à l’innovation. Un article que vient de publier la revue "Nature Nanotechnology" donne un certain nombre d’éléments de comparaison, basés sur l’évaluation du nombre de publications scientifiques par pays, du nombre de brevets déposés et enfin sur l’analyse des crédits alloués à la recherche
Le nombre de publications est un moyen d’évaluer l’activité scientifique de chaque pays, même s’il est très global et sujet à discussion. C’est sans grande surprise que l’on trouve les Etats-Unis au premier rang de ce classement, avec plus de 18.000 articles relevant des nanotechnologies pendant la période 1999-2004 : les suivants sont assez loin derrière : le Japon, avec 8.000 publications, puis la Chine et l’Allemagne avec environ 7.000 publications, la France apparaissant au 6ème rang avec un total de plus de 4000 publications. Toutefois, la production européenne dépasse sensiblement les 20.000 articles, et se situe donc devant celle des Etats-Unis.
Un autre critère d’appréciation est l’impact de ces publications, mesuré par le nombre de fois où elles sont citées, et un classement bien différent apparaît, avec la Suisse et les Pays-Bas aux premières places, et le Canada en 4ème position juste derrière les Etats-Unis. Dans ce classement, la France fait jeu égal avec le Japon, en occupant la neuvième place.
Les brevets reflètent la capacité des laboratoires et des entreprises à exploiter leurs résultats scientifiques en produits et applications commerciales. Le nombre de brevets déposés mondialement dans le domaine des nanotechnologies est passé d’environ 1000 en 1995 à 2500 en 2003, soit une croissance moyenne (14% par an) bien plus modérée que celle du nombre de publications, avec plus de la moitié des brevets qui relève de deux principaux secteurs, la nanoélectronique, pour près de 30%, et les nanomatériaux (25%), les autres domaines concernés étant la nano-optique et les nano-dispositifs (14% chacun), les nanobiotechnologies (11%) et le nano-magnétisme (7%).Avec la moitié des brevets déposés dans le monde, l’Amérique du Nord (USA et Canada) occupe la première place, la part de l’Europe n’ayant jamais dépassé les 20%. Si on analyse la situation par pays, les Etats-Unis dominent largement, suivis par le Japon, l’Allemagne, le Royaume Uni, la France (5ème rang) et le Canada. Il faut souligner cependant que la France se situe au 3ème rang mondial derrière les Etats-Unis et l’Allemagne en ce qui concerne les brevets relatifs aux nanobiotechnologies.
En 2004 le budget global de la recherche en nanotechnologie était de près de 3 milliards d’euros pour les Etats-Unis, 2,3 milliards d’euros pour le Japon, 1,9 milliard d’euros pour l’Europe et 0,8 milliards d’euros pour le reste du monde. Toutefois, ces chiffres globaux ne rendent pas bien compte des politiques qui sont menées par les différents pays, et il est intéressant de différencier les fonds émanant du secteur public de ceux du secteur privé. On s’aperçoit ainsi qu’en 2004, les investissements publics en Europe (communauté européenne plus financement des états) ont atteint les 1,3 milliard d’euros, et donc dépassé ceux des Etats-Unis (1,2 Milliard d’euros), alors qu’au Japon, ils représentaient environ 0,8 milliards d’euros. Cette bonne place de l’Europe est à attribuer aux efforts de la Communauté Européenne, dont le budget dédié aux Nanotechnologies ne cesse d’augmenter : il sera de 500 millions d’euros en 2006 à comparer aux 370 millions d’euros de 2004. Le 7ème PCRD qui couvrira la période 2007-2013 confirme cette tendance. Le tableau est évidemment bien différent quant on s’intéresse aux investissements privés : leur part représente jusqu’à 60% du budget américain (près de 1,7 milliard d’euros) et 70% du budget japonais alors pour seulement 30% du budget total européen. L’investissement privé sur les nanotechnologies est ainsi presque trois fois plus faible en Europe qu’aux Etats-Unis, ce qui risque à plus long terme de poser problème pour la prise des parts de marché.

Source :

Angela Hullmann, "Who is winning the global nanorace ?", Nature Nanotech, 1 (81-83) 2006.

Rédacteur :

Roland Hérino - attache-phys.mst@consulfrance-houston.org - Romaric Fayol - deputy-phys.mst@consulfrance-houston.org

Voir en ligne : http://www.bulletins-electroniques….