Le congrès 2012 de l’American Society of Hematology (Partie 1)

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Le congrès de l’ASH (American Society of Hematology) regroupe tous les ans des milliers de spécialistes internationaux de l’hématologie. Le 54ème congrès s’est tenu à Atlanta, GA du 8 au 11 décembre 2012. L’occasion pour nous de faire le point sur les 6 principaux résultats présentés lors de ce congrès.

Dans cette première partie, nous allons nous intéresser à l’utilisation de l’Ibrutinib pour le traitement de leucémies lymphocytaires chroniques, à l’utilisation du Quizartinib pour soigner des patients atteints de leucémies aigüe myéloïdes résistants aux traitements standards et à la nécessité de la chimiothérapie dans les traitements des leucémies aigües promyélocytaires.

L’Ibrutinib, nouveau traitement des leucémies lymphocytaires chroniques

La leucémie lymphocytaire chronique (CLL) est un cancer du sang qui entraîne l’apparition de lymphocytes anormaux qui s’accumulent notamment dans le sang, la moelle osseuse et les ganglions lymphatiques. Environ 15.000 nouveaux cas sont décelés tous les ans aux Etats-Unis, 70% de ces malades ayant plus de 65 ans.

Actuellement, cette leucémie est traitée par la combinaison d’une chimiothérapie avec du Ritoximab, un agent thérapeutique efficace mais mal toléré par les patients âgés. L’Ibrutinib, un agent anti-cancéreux, cible la protéine BTK (Bruton’s tyrosine kinase), une enzyme importante dans le développement de la CLL. L’Ibrutinib agit spécifiquement sur les cellules cancéreuses, sans causer de dommages sur les cellules saines environnantes. Deux études ont été présentées lors du congrès démontrant l’efficacité et l’innocuité de ce composé.

Le Dr Byrd (Ohio State University Comprehensive Cancer Center) a testé l’Ibrutinib sur 116 patients atteints de CLL répartis en plusieurs groupes (2 doses différentes sur des patients ayant déjà reçu un traitement ou non) et a montré que la réponse à l’Ibrutinib est très bonne dans tous les groupes de patients, sans présenter d’effets toxiques significatifs.

De son côté, le Dr Burger (University of Texas MD Anderson Cancer Center) a testé l’effet de l’Ibrutinib en combinaison avec le Rituximab chez des patients à mauvais pronostic, des malades qui répondent très mal ou pas du tout aux traitements standards. Cette combinaison d’agents semble être particulièrement efficace chez ces malades et présente peu de toxicité.

Ces deux études décrivent donc des résultats très prometteurs pour l’utilisation de l’Ibrutinib dans les traitements des leucémies lymphocytaires chroniques.

Le Quizartinib, une solution pour traiter les leucémies aigües myéloïdes exprimant Flt3-ITD

La leucémie aiguë myéloïde (AML) est un cancer du sang très agressif. De nombreuses mutations génétiques peuvent être responsables de l’apparition de cette maladie, la caractérisation de la mutation étant très importante pour déterminer le traitement le plus approprié pour chaque patient. Parmi ces événements génétiques, on trouve une mutation dans le gène Flt3, Flt3-ITD, qui rend la leucémie encore plus agressive et qui ne répond généralement à aucun traitement standard. Les patients présentant cette mutation peuvent entrer en rémission après une chimiothérapie mais ont tendance à rechuter très rapidement. Le seul traitement définitif possible pour ces malades est la transplantation de cellules souches hématopoïétiques, mais celle-ci n’est possible que si le patient atteint une phase de rémission, sinon, le taux d’échec de la transplantation est élevé. Les chercheurs souhaitent donc disposer d’un traitement permettant à ces patients d’atteindre la phase de rémission nécessaire à la transplantation.

Le Quizartinib est un agent destiné à désactiver l’enzyme Flt3 mutée et donc à entraîner la mort des cellules tumorales, éliminant ainsi assez de cellules cancéreuses pour pouvoir réaliser la transplantation et soigner définitivement les patients.

Le Dr Levis (Sidney Kimmel Comprehensive Cancer Center at John Hopkins Medicine, Baltimore) et son équipe ont testé l’efficacité et la toxicité du Quizartinib chez 333 patients atteints d’AML dans un essai de phase II. Ils ont montré que cet agent a un effet très positif chez ces malades à mauvais pronostic exprimant la mutation Flt3-ITD, tout en ayant une toxicité acceptable. Pour le Dr Levis, "le Quizartinib est le premier et le seul traitement avec un agent unique qui produit un effet clinique bénéfique chez les patients atteints d’AML et présentant cette mutation létale qui avait fait échouer toutes les autres thérapies.". Il planifie "d’utiliser ces résultats encourageants afin de concevoir et de conduire de nouveaux essais randomisés qui conduiront [il l’espère] à l’autorisation (de mise sur le marché, ndlr) du Quizartinib pour le rendre accessible aux patients qui n’avaient auparavant aucun espoir de guérison."

La chimiothérapie nécessaire pour le traitement des leucémies aigües promyélocytaires ?

La leucémie aigüe promyélocytaire (LAP) est un sous type de la leucémie aiguë myéloïde (AML). Cette leucémie, rare mais agressive est causée chez 98% des patients par la formation d’une nouvelle protéine mutante PML-RARa, résultat de la fusion de deux protéines préalablement existantes : la PML (ProMyelocytic Leukaemia) et la RARa (Retinoic Acid Receptor a). A ce jour, deux traitements sont utilisés contre cette maladie : l’acide rétinoique (ATRA, All-TransRetinoic Acid) et le trioxyde d’arsenic (ATO), ciblant directement la dégradation de l’oncoprotéine PML-RARa. Ces traitements sont tous deux utilisés en association avec une chimiothérapie.

Des équipes de chercheurs italiens et allemands ont cherché à déterminer si la chimiothérapie est essentielle au traitement de cette leucémie ou si une combinaison ATO+ATRA est suffisante pour induire une rémission complète de la leucémie. Un essai international de phase III a été lancé par le Gruppo Italiano Malattie EMatologiche dell’Adulto (GIMEMA), le Study Alliance Leukemia group (SAL) et le German-Austrian AML Study Group (AMSLG). Ils ont comparé la survie de 162 patients atteints de LAP (à risque faible ou intermédiaire) et traités soit par ATO+ATRA, soit par ATRA+chimiothérapie. Les résultats de cette étude présentée par le Dr Lo-Coco lors du congrès de l’ASH montrent que le traitement ATO+ATRA semble avoir la même efficacité que le traitement avec la chimiothérapie : parmi les 154 patients chez lesquels ils ont pu évaluer la réponse aux traitements, 100% des patients traités par ATO+ATRA étaient en rémission complète 2 ans après le traitement contre 95% parmi ceux traité avec ATRA+chimiothérapie. De plus, le traitement ATO+ATRA induit moins d’effets secondaires.

C’est "l’une des premières fois que l’on rapporte le succès d’une stratégie de traitement contre une leucémie aigüe qui repose uniquement sur une thérapie moléculaire ciblée", précise Francesco Lo-Coco.



A lire également :

"Le congrès 2012 de l’American Society of Hematology (Partie 2)"
http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/72265.htm

Sources :

54ème congrès de l’American Society of Hematology qui s’est tenu à Atlanta, GA du 8 au 11 décembre 2012

Rédacteurs :


- Juliane Halftermeyer, deputy-sdv.at@ambascience-usa.org ;
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Voir en ligne : http://www.bulletins-electroniques….