Le financement de l’innovation américaine reprend de la hauteur…

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…dans un environnement qui n’est plus tout à fait le même et selon des modalités que la crise a radicalement changées. C’est un peu le sens d’un récent article paru dans le mensuel "Innovation", une publication tournée vers les métiers de la valorisation, du transfert de technologies et des créateurs d’entreprises. Alors que les effets de la crise financière économique ont de la peine à s’estomper, tous les acteurs de l’innovation américaine continuent de regarder en direction des marchés, en particulier celui du capital risque (VC) qui est en train de se reprendre, tout comme la croissance qui s’est inscrite en territoire positif lors du dernier trimestre 2009 (+ 3,5%). Certes elle est molle et peu créatrice d’emplois mais elle alimente l’idée que le système américain de l’innovation est toujours en fonctionnement et que les sources de financement de ce qui fera la valeur ajoutée de demain ne sont pas taries.

Un bon indicateur de cette tendance est le volume d’affaires traitées : pendant la seconde moitié de l’année et, surtout au cours des tout derniers mois de l’année, le nombre de conclusions est en forte progression. Sequoia, une société de capital risque bien connue dans la Silicon Valley, indique de son côté qu’elle en a réalisées davantage au cours des 12 derniers mois que lors des deux dernières années. Naturellement, cette tendance récente s’accompagne d’un tri très sélectif des projets à financer même si certaines sociétés de capital risque se trouvent acculées à l’investissement après une période de basses eaux. Sont privilégiées par le capital risque les sociétés susceptibles de décoller avec un investissement modeste et une équipe réduite d’ingénieurs. Une autre famille d’entreprises ciblées est celle qui peut subvenir plus longtemps avec un premier tour de table, le temps pour elle d’effectuer leur preuve de concept et de s’accrocher à une conjoncture économique plus porteuse. En d’autres termes, le capital risque intervient dans les phases matures de l’innovation et dans des sociétés susceptibles de rapidement générer du chiffre d’affaires.

Mais à y regarder de plus près, les affaires ne sont pas aussi florissantes, surtout pour les inventeurs et les créateurs. Certes l’association américaine des sociétés de capital risque (NVCA) indique que les investissements ont augmenté de 17% au cours du dernier trimestre pour atteindre 4,8 milliards de dollars. Mais les sommes investies le sont majoritairement dans des affaires existantes ou soutenues par d’autres investisseurs (banques, "anges", etc.), très peu dans de nouvelles jeunes entreprises technologiques (633 millions de dollars). Ce mouvement est à mettre en parallèle avec le nombre de VCs qui ont pu lever des fonds : officiellement, seules 17 sociétés de capital risque ont été en mesure de le faire au cours du dernier trimestre 2009, le chiffre le plus bas depuis 1995. C’est une bonne indication de la confiance des marchés et des grands comptes concernant le capital risque surtout que, dans le même temps, la rentabilité du capital risque continue de baisser (-12% au cours du dernier trimestre 2008, - 2,9% au premier trimestre 2009) en raison de la sous-évaluation des sociétés soutenues par des VCs qui y avaient investi des montants importants au moment où le marché du capital était à son apogée (30 milliards en 2007).

La conséquence est simple : le nombre de sociétés de capital est appelé à baisser de façon drastique. Il faut s’attendre à ce que cette industrie fasse l’objet d’une réduction d’un tiers voire de la moitié. Cet avis d’un banquier d’affaires de la Silicon Valley contredit celui d’une analyste de Morgan Stanley qui fait valoir que tout n’est pas perdu surtout que l’économie de l’innovation américaine se reprend tout comme les marchés (NASDAQ), le chiffre d’affaires des grands donneurs d’ordre de l’informatique et le crédit aux jeunes entreprises. Mais c’est sans compter sur le taux de chômage et les expulsions immobilières qui minent encore la reprise. Pour Bill Fraunhofer (Citi Technology Group), l’ensemble de ces facteurs, conjugué à la mauvaise santé persistante du marché de l’IPO [1] conduit à l’attentisme qui pourrait prévaloir jusqu’en 2011.

L’analyse des investissements par secteur apporte cependant quelques surprises qui viennent partiellement contredire les chiffres du marché du capital risque dans son ensemble. Ainsi, dans le logiciel, les biotechnologies et les secteurs de l’énergie, on observe d’assez gros premiers tours de table dont la moyenne se monte à 4,1 millions et qui concernent de très petites sociétés dans des phases précoces de développement. Mais ces affaires sont en général portées par des entrepreneurs confirmés qui savent se faire entendre des VCs… Du côté des "anges", la prudence domine également. Les montants investis restent modestes (1,5 à 2,5 millions par société) et passablement longs à obtenir. Ils sont conçus pour faire le lien avec une aide bancaire classique.

Conclusion : pour tous ceux qui sont à la recherche d’un financement pour leur projet innovant, la situation est loin d’être idéale, bien que meilleure. La crise financière a fait l’effet d’une grande lessive : on y voit plus clair sur les bonnes affaires mais les financements sont rares. Dit autrement, tout est plus blanc mais le linge a rétréci !

[1] IPO : Initial Public Offering ou introduction en bourse

Source :

"Is VC turning around, and can startups still get money ? : Yes and yes", Dean Takahashi - Innovation décembre 2009/Janvier 2010 p.23

Rédacteur :

Antoine Mynard, attache-inno.mst@consulfrance-boston.org

Voir en ligne : http://www.bulletins-electroniques….