Le gaspillage alimentaire au premier plan aux Etats-Unis comme en France

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Dans son rapport de 2011 intitulé "Les pertes alimentaires et le gaspillage alimentaire à l’échelle mondiale" [1], le Département de l’Agriculture et de l’Alimentation des Nations Unies (FAO) a estimé, qu’à l’échelle globale, le gaspillage alimentaire s’élevait à 1,3 milliard de tonnes, représentant une valeur de 750 milliards d’euros. Une distinction de vocabulaire entre les Etats-Unis et la France est à noter. Les Etats-Unis utilisent le terme "déchets alimentaires", défini par le Département américain de l’Agriculture (USDA), pour décrire la réduction de la masse comestible tout au long de la chaîne alimentaire [2]. De son côté, l’Europe a défini par le terme gaspillage alimentaire "toute substance alimentaire, crue ou cuite, qui est jetée, a l’intention d’être jetée ou nécessite d’être jetée" - directive 75/442/CEE relative aux déchets (cette directive a été abrogée en 1991 par la directive 91/156/CEE dans laquelle la définition du terme gaspillage alimentaire n’a pas été reprise) [3].

La France et les Etats-Unis s’engagent chacun dans la réduction du gaspillage alimentaire en lançant chacun un programme qui vise, à terme, trois objectifs : freiner la dérive de la société de surconsommation, protéger l’environnement par une utilisation raisonnée des ressources, et augmenter le pouvoir d’achat par une réduction de la production de déchets.

Mobiliser l’ensemble des acteurs du secteur alimentaire pour limiter les déchets alimentaires aux Etats-Unis

L’USDA, en collaboration avec l’Agence américaine de Protection de l’Environnement (EPA), a lancé le 4 juin dernier un programme, nommé U.S. Food Waste Challenge, visant à réduire le gaspillage alimentaire. Ce programme sollicite tous les acteurs de la chaine agroalimentaire - y compris les groupes de producteurs, les transformateurs, les fabricants, les détaillants et également les villes et les organismes gouvernementaux - pour contribuer au projet piloté par l’USDA visant à réduire, récupérer et recycler les déchets alimentaires.

Une estimation réalisée en 2010 indique que la quantité de déchets alimentaires américains s’élevait à 35 millions de tonnes par an, ce qui comprenait les déchets provenant des distributeurs, des restaurants et des ménages. Cela représente 30 à 40% de la quantité totale de masses comestibles produites aux Etats-Unis. La valeur des aliments non consommés s’élevait à 390 dollars par habitant et par an en 2008, ce qui représentait plus d’un mois de dépenses alimentaires. Et ce dans un contexte où la population américaine compte 14% des ménages en situation d’insécurité alimentaire. Par ailleurs, ces déchets, stockés à 97% dans des décharges en plein air, génèrent du méthane, puissant gaz à effet de serre.

L’objectif de ce programme est d’amener un changement fondamental dans la manière dont les américains pensent et gèrent l’alimentation et les déchets alimentaires. Le principal objectif consiste à regrouper un consortium de plus de 400 acteurs qui seront partenaires du projet d’ici 2015 puis un millier d’ici 2020.

Dans le cadre de sa contribution au projet, l’USDA propose un large éventail d’activités visant à réduire les déchets dans les cantines scolaires, éduquer les consommateurs sur les déchets de cuisine et le stockage des aliments, et développer de nouvelles technologies pour réduire le gaspillage alimentaire. L’USDA va également travailler en collaboration avec le secteur industriel afin d’augmenter les dons alimentaires concernant les produits importés et qui ne respectent pas les normes de qualité, de rationaliser les procédures de don de viande saine mal étiquetée, de mettre à jour les estimations des pertes de nourriture aux Etats-Unis, et de tester un programme pilote de compostage de viande destiné à réduire la quantité de viande envoyée vers les sites d’enfouissement. Les premiers partenaires ayant rejoint les actions de l’USDA et de l’EPA sont : Rio Farms (laboratoire agricole), Unilever (entreprise agroalimentaire), General Mills (entreprise agroalimentaire), Food Waste Reduction Alliance (association qui lutte contre le gaspillage alimentaire), Feeding America et Rock and Wrap It Up ! (associations caritatives).

L’EPA, quant-à-elle, fournira aux participants du programme la possibilité d’accéder à un logiciel de gestion, dont les caractéristiques précises ne sont pas encore dévoilées, mais qui permettra de gérer les données relatives aux déchets produits et apportera une assistance technique (http://www.epa.gov/smm/foodrecovery/). L’objectif de ce logiciel est d’aider les participants à quantifier et à améliorer leurs pratiques de gestion durable des denrées alimentaires.

On peut déjà relever plusieurs actions (recyclage, réutilisation, don, …) menées par des entreprises privées indépendamment de ce programme. Pour exemple, la chaine de supermarché Kroger a investi un montant non divulgué dans une installation de production d’énergie pour son centre de distribution à Compton, Californie, qui permettra de traiter jusqu’à 55.000 tonnes de déchets organiques par an [4]. L’installation élimine plus de 800.000km de voyages en camions par an qui servent à transporter les déchets alimentaires dans un centre de compostage à Bakersfield, Californie.

Réduire de moitié le gaspillage alimentaire avec le Pacte national de lutte contre le gaspillage alimentaire

Suite à l’objectif fixé par l’Union Européenne de diminuer de moitié, en volume, le gaspillage alimentaire d’ici 2025 [5], la France a fait le point au niveau national et met en place les mesures nécessaires pour atteindre cet objectif. En un an, un français gaspille plus de 20kg de nourriture (dont 7kg sont des produits encore emballés), ce qui représente un coût annuel moyen de 400 euros pour un foyer de quatre personnes (soit environ 520 dollars). Le 14 juin dernier, Guillaume Garot, ministre délégué à l’agroalimentaire, a présenté, en présence de tous les acteurs de la filière alimentaire concernés, le Pacte national de lutte contre le gaspillage alimentaire, dont les mesures sont issues des réflexions menées par des groupes de travail institués par le ministre. Le principal objectif français fixé est de diminuer par deux le gaspillage alimentaire d’ici à 2025.

Pour cela, le plan français définit 11 points clés allant d’une journée nationale de lutte contre le gaspillage (le 16 octobre), à des formations sur ce thème dans les lycées agricoles et les écoles hôtelières, en passant par le remplacement systématique de la mention DLUO (date limite d’utilisation optimale) par "à consommer de préférence avant…". Une campagne de communication a également été mise en place avec la création d’un logo spécifique et des affiches publicitaires. La France testera par ailleurs, durant une année, un nouveau site internet EQosphère qui devrait favoriser le don alimentaire par le biais d’une plate-forme numérique permettant aux acteurs de la filière (alimentaires ou non) de communiquer entre eux afin de réutiliser les produits alimentaires [6].

Ce pacte a déjà été signé par la fédération des marchés de gros, et les représentants des industries agroalimentaires, des producteurs agricoles, de la grande distribution, de la restauration collective, de la restauration commerciale, et des collectivités territoriales.

Conclusion

Suite à l’étude réalisée par la FAO sur l’importance du gaspillage alimentaire, les Etats-Unis et la France envisagent des mesures similaires pour diminuer ce gaspillage, source de différents problèmes (sociétaux, environnementaux et financiers) : modifier la notion de DLUO pour qu’elle soit plus explicite pour le consommateur, mettre en place des moyens pour favoriser le don alimentaire, informer la population et les acteurs concernés afin d’optimiser le stockage des aliments, et former les écoles et les professionnels pour réduire le gaspillage alimentaire.

Bien que la France se soit fixé un objectif de réduction de la moitié du volume d’aliments gaspillés d’ici 10 ans, les Etats-Unis n’ont pour l’instant pas dévoilé de chiffres précis.

Sources :


- USDA and EPA Launch U.S. Food Waste Challenge - USDA - 04/06/2013 - http://www.usda.gov/wps/portal/usda/usdahome?contentid=2013/06/0112.xml&contentidonly=true
- Food Recovery Challenge - EPA - 05/06/2013 - http://www.epa.gov/smm/foodrecovery/
- Pacte National de lutte contre le gaspillage alimentaire - Ministère de l’agriculture, de l’agroalimentaire et de la forêt - 14/06/2013 - http://alimentation.gouv.fr/IMG/pdf/130614_DP_Pacte_national_de_lutte_contre_le_gaspillage_alimentaire-Bis_cle0c855d.pdf
- Le gouvernement lance la chasse au gaspillage alimentaire - Marie-Josée Cougard - 16/06/2013 - http://www.lesechos.fr/entreprises-secteurs/grande-consommation/actu/0202831321318-le-gouvernement-lance-la-chasse-au-gaspillage-alimentaire-575992.php

Pour en savoir plus, contacts :


- [1] Global Food Losses and Food Waste - FAO - 2011 - http://www.fao.org/docrep/014/mb060e/mb060e00.pdf
- [2] Frequently Asked Questions - USDA - http://www.usda.gov/oce/foodwaste/faqs.htm
- [3] Directive 91/156/CEE du Conseil du 18 mars 1991 modifiant la directive 75/442/CEE relative aux déchets - Eur-lex - http://eur-lex.europa.eu/LexUriServ/LexUriServ.do?uri=CELEX:31991L0156:FR:HTML
- [4] Supermarket giant uses 55,000 tons of food waste to produce energy - Meghan Sapp - 21/05/2013 - http://www.biofuelsdigest.com/bdigest/2013/05/21/supermarket-giant-uses-55000-tons-of-food-waste-to-produce-energy/
- [5] Stop food waste - European Commission - http://ec.europa.eu/food/food/sustainability/good_practices_en.htm
- [6] Eqosphere - http://eqosphere.com/#inscription
Code brève
ADIT : 73408

Rédacteurs :


- Cécile Camerlynck, deputy-agro.mst@consulfrance-chicago.org ;
- Adèle Martial, attache-agro.mst@consulfrance-chicago.org ;
- Retrouvez toutes nos activités sur http://france-science.org.

Voir en ligne : http://www.bulletins-electroniques….