Le lanceur New Glenn de Blue Origin

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La famille des lanceurs lourds New Glenn [1]

Le 12 septembre, l’entrepreneur Jeff Bezos (également fondateur d’Amazon et propriétaire du Washington Post), a annoncé que son entreprise Blue Origin développait sur fonds propres depuis quatre années une nouvelle famille de lanceurs lourds réutilisables, avec troisième étage optionnel, le New Glenn, nommée en hommage à John Glenn, premier astronaute américain à avoir effectué un vol orbital, en 1962. Permettant jusqu’à 25 missions, le New Glenn se destine aux vols habités et aux lancements de satellites commerciaux, ainsi qu’aux lancements de charges utiles militaires.

D’une hauteur de 82 m et d’un diamètre de 7 m, la version New Glenn 2 serait équipée d’un premier étage réutilisable (atterrissage vertical par rétropropulsion comme le New Shepard, cf. infra) alimenté par un ensemble de sept moteurs BE-4, premiers moteurs à fonctionner grâce à une combinaison de gaz naturel liquéfié (méthane) et d’oxygène liquide. Sa poussée au décollage serait de 1750 tonnes.

Le deuxième étage consommable, de même diamètre, utiliserait une version du BE-4 optimisée pour un fonctionnement dans le vide, avec une tuyère allongée.

Le New Glenn 3, d’une hauteur de 95 m, d’un diamètre de 7 m, comporterait un étage supplémentaire équipé d’une variante du moteur BE-3U du lanceur New Shepard optimisée pour un fonctionnement dans le vide, alimentée par de l’hydrogène et de l’oxygène liquides.

La fabrication des lanceurs New Glenn s’effectuerait dans la nouvelle usine de Blue Origin à Cap Canaveral, actuellement en cours de construction. Le vol inaugural est prévu d’ici la fin de la décennie, depuis le complexe de lancement 36 de Cap Canaveral.

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Crédit : Blue Origin
A noter que le graphique de Blue Origin ne mentionne pas le lanceur lourd SLS développé par la NASA dont la taille surpasserait les deux versions du lanceur New Glenn (SLS Block 1 and SLS Block 2 de hauteur respective de 98 m et 111 m)

Le New Shepard

La conception du lanceur New Glenn s’inspire de celle du lanceur suborbital (100 km) mono-étage réutilisable New Shepard (19 m de haut) destiné à des missions habitées de tourisme spatial et de recherche. Les travaux sur le New Shepard ont débuté en 2005 avec le développement du prototype Charon. Premier lanceur dont le premier étage a été récupéré avec succès, en novembre 2015, le New Shepard 2 a depuis lors effectué avec succès quatre vols en réutilisant le premier étage employé durant le premier vol. Le dernier vol, le 5 octobre 2016, a en outre permis de tester avec succès un test d’évacuation de la capsule habitable, elle aussi réutilisable, avec une récupération par parachute.

Positionnement du New Glenn dans la gamme des lanceurs

Capable de placer 28 tonnes en orbite basse et 14 tonnes en orbite de transfert géostationnaire, le lanceur Delta IV Heavy d’ULA, d’un emploi peu fréquent (le National Reconnaissance Office a commandé le mois dernier deux vols pour des missions prévues en 2020 et 2023), est aujourd’hui le lanceur le plus puissant. De nouveaux lanceurs devraient à terme enrichir la gamme des lanceurs lourds. Le lanceur Falcon Heavy de SpaceX, dont le vol inaugural est désormais annoncé début 2017, devrait permettre la mise en orbite basse de 54 tonnes. Le lanceur SLS financé par la NASA dans le cadre de son initiative A Journey to Mars, pourrait emporter de 70 à 130 tonnes en orbite basse, selon les configurations (vol inaugural de la version Block 1 aujourd’hui envisagé fin 2018 ; de la version Block 2, plus hypothétique, dans les années 2030).
Avec une capacité d’emport en orbite basse estimée entre 50 et 70 tonnes (peu d’informations sont aujourd’hui disponibles sur le sujet), la gamme des lanceurs New Glenn se range dans la catégorie des nouveaux lanceurs lourds américains.

La vision de Blue Origin

Jeff Bezos, tout comme Elon Musk, se déclare motivé par une vision à plus long terme d’exploration et de peuplement de l’espace. Une nouvelle étape de son ambition visant à permettre à des millions d’êtres humains de vivre et travailler dans l’espace, pourrait prendre forme au travers de la mise en œuvre du nouveau projet évoqué par Blue Origin, le projet New Amstrong…

Notes

[1Note rédigée à partir d’articles parus dans la presse, et notamment : Spacenews, 12 septembre 2016 ; Space Daily, 12 septembre 2016 ; Space policy Online, 13 septembre 2016 ; The Space Reporter, 14 septembre 2016 ; Space.com, 14 septembre 2016 ; Digital Trends, 1er juin 2016, Space.com, 5 octobre 2016.