Le paludisme aviaire jusqu’en Nouvelle-Angleterre

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Pour les amateurs d’oiseaux, c’est une tragédie et une conséquence du changement climatique… Evénement a priori anodin, la mort d’un plongeon huard en avril 2016 soulève questions et craintes en Nouvelle-Angleterre. En effet après analyses, l’oiseau serait mort du paludisme tropical, ce qui pourrait être le premier cas confirmé dans le monde pour cet animal. [1]

La plupart des oiseaux morts en pleine nature ne sont pas découverts avant décomposition, ce qui rend leur analyse difficile. Mais pendant ce weekend d’avril des campeurs ont repéré le fameux oiseau fraîchement mort, flottant sur le lac du Umbagog National Wildlife Refuge (refuge faunique protégé à la frontière entre le New Hampshire et le Maine), et ont pu alerter un patrouilleur de garde. Recueilli et mis en chambre froide, il a ensuite été transféré à un comité de préservation puis à une vétérinaire pathologiste de l’Etat du New Hampshire.
Celle-ci a décelé le paludisme aviaire dans le cerveau, le foie, le cœur et les poumons de l’oiseau. Lors d’un examen plus approfondi, le Smithsonian Conservation Biology Institute a découvert avec surprise non pas une, mais deux espèces de parasites du paludisme. L’hypothèse finale est que le huard a été piqué par un moustique porteur de la maladie et qu’il est mort en l’espace d’une à deux semaines.

Il y a dix ans, une étude dans le Maine n’avait trouvé aucun parasite du paludisme dans les frottis sanguins de huards en Nouvelle-Angleterre et au Canada. Le refuge d’Umbagog est un tel bastion du climat nordique dans le New Hampshire, si isolé, qu’il était pour les scientifiques le dernier endroit où ils s’attendaient à une maladie transmise par les moustiques.
Il est admis que la température et le niveau de précipitations peuvent modifier la vitesse de développement des pathogènes ainsi que l’abondance et la survie des invertébrés qui les transmettent, et il est donc fort probable que la hausse des températures favorise la transmission de certains pathogènes et l’accroissement de leur aire de répartition.
Cette nouvelle aux Etats-Unis donne de l’écho à une étude française de 2013 parue dans Scientific Reports : après examen de 1750 oiseaux dans 24 localités, étude des facteurs environnementaux (données de température, de précipitations et d’altitude) et modélisation, les chercheurs français avait conclu que la prévalence de l’infection allait augmenter dans les sites où la transmission du parasite est déjà présente et que la maladie allait s’étendre dans des régions assez épargnées pour le moment comme la Bretagne, la Normandie ou le Nord-Pas-de-Calais. [2]
Plus localement en Nouvelle-Angleterre, on se remémore les paroles de Paul Epstein, expert en santé publique à la Harvard Medical School, qui avait également observé la montée du paludisme dans les montagnes du Kenya à la fin des années 1970 et mis en garde, jusqu’à sa mort en 2011, sur les conséquences du réchauffement climatique et la propagation des maladies infectieuses. [3]

Si les humains ne sont pas touchés par le paludisme aviaire, ce constat sur son expansion vers le nord est alarmant puisqu’il pourrait avoir des effets dévastateurs sur les espèces d’oiseaux sans résistance naturelle. Triste exemple, le paludisme a accéléré le déclin des oiseaux à Hawaii qui n’avait jadis pas de moustiques indigènes.
Grâce à des efforts de conservation intenses, le nombre de huards, oiseaux emblématiques, était reparti à la hausse en Nouvelle-Angleterre. Le refuge d’Umbagog abrite d’ailleurs l’huard le plus âgé du Nord-Est des États-Unis (on estime son âge entre 26 et 30 ans), symbolisant jusqu’ici le triomphe de la conservation.
Ce fait divers, passé presque inaperçu, constitue donc un virage décourageant pour pour les actions en faveur de la conservation des espèces animales aux Etats-Unis.


Rédacteur :
- Jean-Benoit CARIOU - Attaché adjoint pour la Science et la Technologie, Consulat Général de France à Boston - jean-benoit.cariou@ambascience-usa.org