Le rapport "GEM" 2013 ou la radiographie de l’entrepreneuriat dans le monde

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Comme chaque année depuis 1999, les deux prestigieuses écoles de commerce "Babson College" (région de Boston) et "London Business School" viennent de publier leur rapport "Global Entrepreneurship Monitor" (GEM) [1]. Ce dernier évalue l’activité entrepreneuriale dans le monde. Avec plus de 198.000 personnes interrogées dans 69 pays, ce rapport de 86 pages correspond à la plus grosse enquête disponible au monde dans le domaine de l’entrepreneuriat. Les auteurs parlent d’un coût de réalisation supérieur à 9 millions de dollars. L’enquête vise trois objectifs : [1] mesurer les différences de niveau d’activité entrepreneuriale entre les pays, [2] découvrir les facteurs clés de réussite et [3] émettre des suggestions en direction des décideurs politiques nationaux pour améliorer l’entrepreneuriat dans leur pays.

Méthodes d’analyse

Pour mesurer l’entrepreneuriat dans le monde, GEM a entrepris de le "normaliser". Il considère cette activité comme un processus incluant six étapes distinctes, des entrepreneurs potentiels aux chefs d’entreprises établis. Ce découpage par séquences est illustré dans la figure ci-dessous :


Les six étapes de l’entrepreneuriat selon la méthode GEM
Crédits : MS&T, à partir du rapport GEM


Les six étapes en quelques mots :
1- Les entrepreneurs potentiels, ceux qui ont les capacités et ont identifié les opportunités pour créer leur entreprise mais qui n’en ont pas encore l’intention
2- les entrepreneurs décidés, ceux qui ont les capacités et ont identifié les opportunités pour créer leur entreprise et qui en ont l’intention
3- les "débutants", ceux qui ont créé leur entreprise depuis moins de trois mois
4- les "nouveaux", ceux qui ont créé leur entreprise depuis plus de trois mois et moins de trois ans et demi
5- les "établis", ceux qui ont créé leur entreprise depuis plus de trois ans et demi
6- les entrepreneurs en interruption, ceux qui ont interrompu leur activité avec l’entreprise qu’ils avaient créée

En raison de la diversité des contextes et des conditions qui affectent l’entrepreneuriat dans les différents pays, GEM considère qu’il n’est pas possible de confirmer qu’une étape mène forcément à la suivante. Par exemple, on peut dénombrer un nombre élevé d’entrepreneurs potentiels mais, au final, le chiffre ne se traduit pas forcément par une forte activité entrepreneuriale.

GEM a cherché à mesurer les [1] perceptions individuelles (l’opportunité, la capacité, la peur de l’échec et l’intention de créer une entreprise), [2] l’activité entrepreneuriale, [3] l’environnement et [4] la place de l’immigration dans l’entrepreneuriat.

Les économies sont divisées en trois catégories en fonction de leur stade de développement :
- les économies de facteur "factor-driven", dépendant des ressources humaines et des capitaux : Egypte, Algérie, Palestine, Ethiopie, etc.
- les économies d’efficacité ("efficiency-driven") : Russie, Estonie, Chine, Brésil, etc.
- les économies d’innovation ("innovation-driven") : Etats-Unis, France, Suède, Allemagne, etc.

La culture américaine est propice à l’entrepreneuriat

Pour les auteurs, un état d’esprit positif vis-à-vis de l’entrepreneuriat illustre bien la propension à participer aux activités liées à la création d’entreprise. De plus, l’état d’esprit est un indicateur de la capacité de la société à répondre aux différentes attentes d’un candidat à l’entrepreneuriat (accompagnement, soutien financier, acceptation culturelle, etc.).

Selon le rapport, les normes culturelles et sociales sont très favorables à l’entrepreneuriat aux Etats-Unis. La culture américaine serait ainsi caractérisée par une bonne acceptation de la prise de risque et de l’innovation, deux caractéristiques qui sont mal vues dans d’autres économies.

La rentabilité et le manque de financement, deux raisons d’interruption d’activité entrepreneuriale

Parmi les économies d’innovation, les Etats-Unis obtiennent le plus grand pourcentage (12,5%) de participation de la population active à une activité entrepreneuriale, ce qui confirme l’existence d’une véritable culture de l’entrepreneuriat dans le pays.

Selon le rapport, l’interruption d’activité entrepreneuriale est majoritairement due à deux problèmes : la mauvaise rentabilité de l’entreprise ou la difficulté à trouver du financement. Plus de 50% des interruptions d’activités relevées dans le rapport sont dues à l’une de ces deux raisons.

Une étude externe a été réalisée à partir des données du GEM dans l’objectif d’étudier la relation entre les interruptions d’activité entrepreneuriale et la création d’entreprise qui peut en découler. Les auteurs ont ainsi découvert que durant l’année qui suit l’interruption d’activité, l’individu en question est fortement susceptible de créer son entreprise. Le facteur de l’expérience joue ainsi un rôle important dans la décision de création d’entreprise mais aussi dans la réussite associée. L’étude démontre un aspect a priori logique de l’entrepreneuriat : les entrepreneurs qui persévèrent après avoir arrêté le développement d’un projet sont de plus en plus efficaces et compétents. L’acceptation sociale de "l’échec" (qui n’en est pas vraiment un) est donc un facteur favorable décisif pour l’entrepreneuriat et la réussite.

Dans le monde et dans la grande majorité des pays, le groupe des personnes âgées de 25 à 35 ans est celui qui participe le plus aux activités liées à l’entrepreneuriat par rapport aux autres catégories d’âge. Les Etats-Unis font ici figure d’exception avec le groupe des 35-44 ans en première position. Cela confirme le poids des entrepreneurs en série ("serial-entrepreneur"), très nombreux aux Etats-Unis.

L’importance des infrastructures

Le chapitre 3 du rapport est consacré à l’analyse des environnements entrepreneuriaux des différents pays. Les auteurs ont établi une liste de conditions qui favorisent la création et le développement d’entreprise : finance, programmes gouvernementaux, éducation, transfert de R&D, infrastructures, normes culturelles et sociales, etc..

Les infrastructures physiques représentent, d’après les auteurs, le principal facteur pour encourager l’entrepreneuriat. Ces infrastructures sont associées à l’accès aux ressources physiques telles que les moyens de communication, les services publics (eau, électricité, etc.), le transport, l’hébergement, à un prix qui n’est pas discriminant pour les nouvelles entreprises. Avec l’essor des nouvelles techniques de communication dans le monde, les nouveaux entrepreneurs disposent d’outils très utiles à la création de leur entreprise. "Skype" (appels téléphoniques gratuits), "Amazon Web Services" (services pour sites internet) et "WordPress" (création de site internet) sont trois exemples de technologies à faible coût et à grande valeur ajoutée utilisables presque partout dans le monde.

Avec des performances plus élevées que la moyenne sur de nombreux points (finance, enseignement supérieur, transfert de R&D, infrastructures commerciales) et d’excellents atouts pour les infrastructures physique et les normes culturelles et sociales, les Etats-Unis semblent bénéficier de l’environnement le plus propice à l’entrepreneuriat. Les E.-U. obtiennent en revanche des scores plus faibles sur deux points : la dynamique des marchés internes et les aspects réglementaires des politiques nationales.

L’immigration

Le chapitre 4 aborde la relation complexe entre l’immigration et l’entrepreneuriat. C’est la première fois que le rapport s’intéresse autant à cette thématique, preuve de son intérêt grandissant. L’immigration est décrite comme l’un des facteurs de réussite du secteur de l’entrepreneuriat avec les exemples bien connus des Google, Ebay ou Sun Microsystems. Aux Etats-Unis, les entrepreneurs issus de l’immigration sont à l’origine de plus d’un demi-million d’emplois.

Le rapport démontre que les immigrants aux Etats-Unis sont plus entrepreneurs que les autres, et sont plus à même à créer des jeunes entreprises innovantes. Plus de la moitié des entrepreneurs issus de l’immigration ont indiqué réaliser des affaires avec d’autres pays que celui dans lequel ils vivent alors que le taux est d’environ 33% chez les autres entrepreneurs. Dans un contexte de globalisation, cette ouverture à l’international est en effet particulièrement importante.

Pour conclure

Dans l’ensemble le rapport est très éclairant sur le fait entrepreneurial. Son approche des nouveaux marchés souligne l’importance du climat social sur l’entrepreneuriat. La bonne acceptation de la réussite et de l’échec dans l’activité entrepreneuriale est une des clés du succès de la culture américaine.

Autre point à relever : l’importance des femmes dans le monde de l’entrepreneuriat est grandissant, principalement dans les économies de facteur et les économies d’efficacité. En Guinée, au Nigéria et en Thaïlande par exemple, on dénombre plus de femmes entrepreneurs que d’hommes.

Sources :

[1] http://www.gemconsortium.org/docs/2645/gem-2012-global-report

Rédacteurs :


- Adrien Destrez, deputy2-inno@ambascience-usa.org ;
- Retrouvez toutes nos activités sur http://france-science.org.

Voir en ligne : http://www.bulletins-electroniques….