Le secteur des biotechnologies se porte bien

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D’après le dernier rapport d’Ernst and Young établissant le panorama financier de l’industrie des biotechnologies en 2007, ce secteur a connu sa meilleure année depuis 2000 et la "bulle biotech" qui a fait suite au décryptage du génome humain.

La tendance présentée dans ce rapport est internationale mais se trouve particulièrement exacerbée aux Etats-Unis qui restent le leader incontesté de l’industrie des biotechnologies. En effet, le montant total des financements, toutes sources confondues pour l’année 2007, s’élève à 21,3 milliards de dollars (contre 7,5 milliards en Europe) incluant un montant de 5,5 milliards de dollars provenant des capitaux risqueurs, battant ainsi le record de 2000. Les offres publiques d’achat sur les entreprises de biotechnologies ont atteint leur record en 2007, avec un montant total de 2,2 milliards de dollars représentant une augmentation de 21% par rapport à 2006.

Au sein même des Etats-Unis, la répartition change peu et les leaders de toujours battent des records. Bay Area reste la région des Etats-Unis la plus dynamique dans le domaine. En 2007, les 77 compagnies publiques de la baie de San Francisco concentraient à elles seules 40% (soit 148,6 milliards de dollars) de la valeur capitalistique des entreprises de biotechnologies aux Etats-Unis et ont généré 34% des ventes du secteur (22,1 milliards de dollars). Son dauphin historique, le cluster bostonien totalise lui 17,6% (65,1 milliards de dollars) de la valeur capitalistique des biotechnologies américaines pour 62 entreprises publiques. Cependant le démarrage de 2008 semble vouloir entacher ce tableau idyllique. En effet, les premières analyses comparées montrent un ralentissement de l’activité économique par rapport à 2007, entre autres concernant les levées de fond des entreprises de biotechnologies qui présentent une baisse de 60%.

La première explication évidente concerne le contexte macro-économique des Etats-Unis qui vivent actuellement une récession affectant tous les secteurs d’activités. Les investissements dans les hautes technologies et les biotechnologies en particulier se font plus frileux, ralentissant les offres publiques d’achat et les levées de fonds privés spectaculaires (BE Etats-Unis 116 "Start-up et récession économique" [1]).

Une autre explication provient du secteur lui-même et de sa régulation. En effet, un autre point mis en avant par ce rapport est la diminution du nombre d’autorisations accordées par la Food and Drug Administration pour la commercialisation de nouveaux médicaments et spécifiquement lorsqu’il s’agit de médicaments issus des biotechnologies. Ce nombre a ainsi atteint son niveau le plus bas en 2007, depuis deux décennies. Ceci provient à la fois du niveau d’exigence technique de la FDA particulièrement concernant les biomédicaments (BE Etas-Unis 122 "Problème de reproductibilité des biomédicaments" [2]), mais aussi de problématiques économiques liées au développement de nouveaux médicaments. En effet, les sociétés d’assurance maladies et les agences fédérales elles-mêmes commencent à poser la question de l’opportunité économique des nouveaux médicaments. A titre d’exemple le National Eye Institute a ordonné et financé un test clinique comparatif entre un médicament développé par Genentech, le Lucentis qui se trouve être très coûteux et un autre médicament de Genentech déjà sur le marché et beaucoup moins coûteux : Avastin.

Tout ceci a bien évidement des répercutions sur la santé financière des entreprises de biotechnologies qui en retardant la mise sur le marché de certains produits se rendent moins attractives aux yeux des financeurs. Il semble cependant que les entreprises de biotechnologies aient des ressources pour contrer cette tendance puisque celles-ci sont désormais dotées de réserves financières. Sur les 386 compagnies de biotechnologies cotées en bourse, 49% ont plus de 2 ans de réserve de liquidités et 27% plus de 5 ans.

Finalement l’avenir de l’industrie des biotechnologies semble plutôt serein. En effet, la santé économique des entreprises de biotechnologies est de plus en plus liée aux besoins de l’industrie pharmaceutique traditionnelle. Cette industrie est actuellement particulièrement demandeuse d’innovation, entre autres pour faire face à la perte de leurs brevets phares dans un très proche avenir. Il se trouve que les technologies développées par les entreprises de biotechnologies et l’agilité du management qui y est pratiqué intéressent particulièrement les entreprises pharmaceutiques classiques qui y investissent des sommes d’argent toujours plus importantes (liées à l’augmentation de la demande) sous forme de licences, fusion, acquisition.

Source :


- "Biotech could run into a rough patch", Bernadette Tansey, SFGate, 20/05/08 - http://www.sfgate.com/cgi-bin/article.cgi?f=/c/a/2008/05/19/BU8V10P36M.DTL
- "AstraZeneca, Bristol Help Drug Purchases Reach Record", Lisa Rapaport et Trista Kelley, Blumberg News, 20/05/08 - http://www.bloomberg.com/apps/news?pid=20601109&sid=aNIs94vnkJ08&refer=home

Pour en savoir plus, contacts :


- Rapports payants Ernst & Young sur les biotechnologies- http://www.ey.com/global/content.nsf/International/Biotechnology_overview
- [1] "Start-up et récession économique", BE Etats-Unis 116, Sandrine Espié, 20/03/08 - http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/53636.htm
- [2] "Problème de reproductibilité des biomédicaments", BE Etats-Unis 122, Aline Charpentier, 05/05/08 - http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/54510.htm
Code brève
ADIT : 55051

Rédacteur :

Aline Charpentier, deputy-inno.mst@consulfrance-boston.org

Voir en ligne : http://www.bulletins-electroniques….