Le soutien à l’entreprenariat féminin : effet de mode ou mouvement de fond ?

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ACTIVATE est un programme tout à fait original dans le sens où il est entièrement réservé aux femmes. Il s’agit d’une formation à la création d’entreprises technologiques dispensée par l’Université du Maryland à Baltimore (UMBC). Il est d’ailleurs le seul programme américain à être reconnu parmi les plus performants au monde pour l’accompagnement des femmes entrepreneurs. Les autres initiatives récompensées par l’association FemStart, qui étudie l’entrepreneuriat féminin et les formations qui leur sont consacrées dans les universités, émanent des universités de Cambridge (Royaume-Uni) et de Halle (Allemagne).

"FemStart" met un accent fort sur la création d’entreprises de haute technologie, dans lesquelles encore trop peu de femmes se lancent. Le problème est de taille, les différences entre sexes demeurent très fortes aux Etats-Unis. On trouve un taux d’activité entrepreneurial 50% plus élevé pour les hommes que pour les femmes [1]. Ainsi, en 2007, 12% des hommes de 18 à 64 ans étaient dirigeants de jeunes entreprises (de moins de 3 ans et demi) alors que seulement 7,3% des femmes étaient dans la même situation. Cependant, l’écart entre ces deux chiffres a diminué légèrement ces dernières années, passant de 8% en 2003 à 4,7% en 2007.

ACTIVATE (Achieving the Commercialization of Technology in Ventures Through Applied Training for Entrepreneurs) est conjointement piloté par l’incubateur, le bureau de développement technologique et le centre d’entrepreneuriat de l’UMBC. Il jouit également d’un partenariat fort avec plusieurs universités de la région du Maryland et de Washington D.C., dont les prestigieux laboratoires de physique appliquée de l’université Johns Hopkins et le centre de vols spatiaux Goddard de la NASA. L’initiative a d’abord été financée par une subvention de la National Science Foundation avant de rapidement s’appuyer sur des donateurs privés parmi lesquels la Maryland Technology Development Corporation et la Fondation Ewing & Marion Kauffman.

Le concept de la formation en elle-même ne semble pas particulièrement unique : elle propose à des candidates généralement en milieu de carrière possédant une expérience technique ou commerciale de démarrer des entreprises à partir des technologies développées par les différentes universités et centres de recherche de la région. Le programme se déroule de février à décembre pour ne coûter que 1500 dollars de frais d’inscription. Les enseignements sont divisés en trois modules : analyse d’opportunités, développement de l’entreprise et analyse commerciale.

Au total, l’efficacité du programme est indéniable. En quatre ans d’existence, ACTIVATE a formé un total de 92 femmes qui ont créé 25 entreprises. Le programme a été récompensé à maintes reprises pour la qualité de sa formation. L’AURP (Association of University Research Parks, un peu l’équivalent de RETIS en France) lui a décerné le prix national de l’innovation en 2007 et, plus récemment, l’association américaine pour les petites entreprises et l’entrepreneuriat (USASBE) a également récompensé le programme. Une jeune diplômée du programme en 2005 a par ailleurs reçu la récompense du "Cartier Women’s Initiative" lors du forum des femmes pour l’économie et la société qui s’est déroulé à Deauville à l’automne 2008.

ACTiVATE est sans doute un programme en entrepreneuriat de bonne qualité, mais quelle est sa valeur ajoutée pour les femmes alors que d’autres programmes d’aussi bonne qualité, comme ceux du MIT ou de Stanford, viennent le concurrencer ? ACTiVATE offre en fait un environnement et un encadrement essentiellement féminin, dans lequel les candidates se sentent en confiance. Le fait de côtoyer au quotidien d’autres entrepreneurs féminins à succès est un réel moteur. Les conseils apportés par les mentors féminins trouvent également plus de sens aux oreilles des candidates. On pourrait ici remarquer l’analogie avec les autres "communautés" d’entrepreneurs, telles que le TiE ("The Indian Entrepreneurs"), organisation aujourd’hui incontournable formée à l’origine par la communauté indienne d’entrepreneurs installés aux Etats-Unis.

Dans la pratique, ACTiVATE nous permet d’illustrer une tendance récente qui veut que les initiatives entreprenariales spécifiquement consacrées aux femmes rencontrent un franc succès. On notera notamment le concours de plan d’affaires "StartRight", animé par le bureau de développement économique du Maryland, décidément très actif envers la gente féminine. Créée il y a tout juste cinq ans, cette compétition réservée aux femmes a rapidement gagné en visibilité et est devenue une référence en termes de promotion de projets de création d’entreprises de haute technologies portées par des femmes.

Autre initiative intéressante, le Forum pour les Entrepreneurs et Cadres Féminins [2] est un groupe de réflexion chargé d’analyser les raisons de l’engagement encore trop limité des femmes dans la création d’entreprises. Créée il y a 16 ans par deux étudiantes de MBA de Stanford, l’organisation s’intéresse de près à la capacité des femmes à accéder au capital-risque. Le forum est également un réseau de cadres féminins de grande influence.

L’association WEST (Women Entrepreneurs in Science and Technology) [3] jouit également d’une forte visibilité. Le groupe, basé à Boston, offre plusieurs formations et organise des conférences mettant en valeur des "entrepreneures" à succès, ceci dans le but d’inspirer et d’inciter les femmes à se lancer dans la création d’entreprises. L’association invite également les hommes à la rejoindre afin de favoriser le dialogue entre les sexes.

Plus proche de l’administration fédérale, le Conseil National pour les Entreprises Féminines [4] est un organe indépendant chargé de conseiller le Président, le Congrès et la SBA (Small Business Administration) sur les problèmes rencontrés par les femmes entrepreneurs.

Notons enfin l’Association pour les Femmes Propriétaires d’Entreprises (NAWBO) [5], un groupe de réflexion relativement puissant à Washington, qui a par ailleurs mis en place un institut pour l’accompagnement de dirigeantes d’entreprises. Cette organisation est affiliée à l’organisation internationale "Les Femmes Chefs d’Entreprises Mondiales" [6].

Ces organisations, on le voit, prennent de l’importance d’année en année. Leurs activités coïncident avec le récent décret du président Obama créant le White House Council on Women and Girls, destiné à s’assurer que les différentes agences fédérales (et notamment de recherche) prennent en considération l’amélioration de la situation des femmes. Mais restons prudents : d’autres mesures et organisation de soutien aux femmes entrepreneurs jouissent d’un effet de mode et proposent des formations, certes réservées au femmes, mais d’une qualité bien moindre qu’ACTiVATE. L’arbre cache-t-il la forêt ?

Source :


- University program one of three to win international award, Maryland Community Newspapers, 13 avril 2009, http://www.gazette.net/stories/04132009/businew165204_32489.shtml
- ACTiVATE Graduate Receives Prestigious Award, Office of Media Relations - University of Maryland, Baltimore County, octobre 2008, http://www.umbc.edu/techcenter/news/startright.pdf
- Women ACTiVATE Careers Through UMBC Program, the business monthly, mars 2008. http://www.bizmonthly.com/3_2008_special/f_8.shtml

Pour en savoir plus, contacts :


- [1] source : Global Entrepreneurship Monitor, 2008 : http://www.gemconsortium.org/document.aspx?id=836
- [2] The Forum for Women Entrepreneurs & Executives : http://www.fwe.org/index.cfm
- [3] WEST : http://www.westorg.org/mc/page.do
- [4] The National Women’s Business Council : http://www.nwbc.gov/AboutUs/default.html
- [5] National Association of Women Business Owners : http://www.nawbo.org/
- [6] Les Femmes Chefs d’Entreprises Mondiales : http://www.fcem.org/http://www/fr/home.asp
Code brève
ADIT : 58686

Rédacteur :

Yann Le Beux, deputy2-inno.mst@consulfrance-boston.org

Voir en ligne : http://www.bulletins-electroniques….