Les Etats-Unis se préparent à l’arrivée du virus Zika

, Partager

Le virus Zika apparait comme une menace majeure de santé publique aux Etats-Unis, qui se préparent à l’arrivée possible, cet été, des premiers cas de transmission locale [1]. Les moustiques du genre Aedes, identifiés comme vecteurs du virus, sont présents dans de nombreux Etats du Sud-Est. Les Centres américains pour le contrôle et la prévention des maladies (Centers for Disease Control and Prevention – CDC) viennent de publier un rapport intermédiaire établissant des plans d’action selon plusieurs scénarios de propagation [2].

Le virus Zika : une piqûre de rappel

Le virus Zika a été identifié comme « urgence de santé publique de portée mondiale » par l’Organisation Mondiale de la Santé en février dernier [3]. Ce virus se transmet par la piqûre d’un moustique infecté mais aussi par contact sexuel [4]. Il n’y a actuellement pas de vaccin ou de traitement curatif disponible. Dans la majorité des cas, l’infection par ce virus est bénigne et provoque des symptômes mineurs (fièvre, éruption cutanée, douleurs articulaires, yeux rouges) pendant quelques jours.
Dans de rares cas, des troubles neurologiques parfois mortels peuvent survenir chez les adultes, comme le syndrome de Guillain-Barré. Des chercheurs français ont évalué le risque de développer un syndrome de Guillain-Barré à 2,4 pour 10 000 (données de l’épidémie en Polynésie française de 2013-2014) [5].

Chez les femmes enceintes, le virus peut causer des malformations irréversibles du système nerveux (microcéphalie) chez le bébé à naître. Récemment, des chercheurs américains ont estimé à partir de données du Brésil, que le risque de microcéphalie pour des femmes enceintes infectées au premier trimestre de grossesse était de 88 à 1300 pour 10 000 – selon différentes hypothèses de travail [6]. Par comparaison, le risque de survenue de cette anomalie congénitale est estimé aux Etats-Unis entre 2 et 12 pour 10 000 naissances [7].

Des financements d’urgence encore en discussion au Congrès

Face à ces risques, les instances gouvernementales américaines se mobilisent. La National Science Foundation (NSF) annonçait en mai dernier le financement de neuf projets pour étudier le virus, à hauteur d’1,7 millions de dollars [8]. Le National Institute of Health (NIH) a un appel à projet en cours avec des financements jusqu’à 275 000 $ sur deux ans [9]. Mais ce dernier, ainsi que des financements supplémentaires pour le CDC, sont dépendant d’un projet de loi de finance actuellement en discussion au Congrès. En février dernier, le Président Obama avait demandé près de 1,9 milliard de dollars pour lutter contre le virus Zika (prévention, test diagnostiques, recherches sur le virus, développement d’un vaccin) [10]. Quatre mois plus tard, le Congrès américain est toujours divisé sur ce projet de loi de finances [11].

Les premiers essais cliniques d’un vaccin dès cet été

Ces derniers mois, les recherches ont commencé à éclaircir le mécanisme d’infection du virus, sa structure et son affinité pour les cellules neurales en développement [12] [13]. Récemment, des cibles moléculaires possibles pour enrayer l’infection viennent d’être identifiées [14] [15].
Les efforts s’accélèrent pour mettre au point un vaccin. Le 20 juin, la FDA a autorisé les essais cliniques en phase 1 d’un vaccin développé par l’entreprise américaine Inovio Pharmaceuticals, basée en Pennsylvanie, et l’entreprise coréenne GeneOneLife Sciences [16]. Ce vaccin à ADN, développé en seulement neuf mois, devrait être testé dans les prochaines semaines sur une quarantaine de volontaires sains. Une vingtaine d’entreprises, ainsi qu’une équipe du NIH dirigée par le Dr. Antony Fauci, seraient également engagées dans le développement d’un vaccin et les annonces de lancement d’essais cliniques devraient se multiplier d’ici la fin de l’été.

Le plan d’action du CDC : prévention, communication et contrôle du vecteur

Face au virus, le plan de réponse actuel du CDC s’appuie sur l’hypothèse de l’absence d’un traitement préventif efficace ou d’un vaccin d’ici les premiers cas de transmission locale dans les Etats continentaux. Ce plan s’articule autour de différents piliers, à savoir le suivi épidémiologique, les tests diagnostiques, la communication sur le virus, la surveillance des dons du sang (pour éviter des contaminations lors de transfusions) et l’appui aux opérations de contrôle du vecteur (pesticides, moustiquaires, …) [17].

Eliminer ou muter les moustiques vecteurs du virus : l’autre stratégie de lutte contre Zika

Actuellement, les recherches progressent rapidement et des stratégies nouvelles ciblant les populations sauvages de moustiques vecteurs du virus et n’employant pas des pesticides sont à l’étude.

- Des moustiques génétiquement modifiés relâchés en grand nombre par Oxitec

On vous parlait dans ces pages, il y a quelques mois, des moustiques génétiquement modifiés OX513A de l’entreprise britannique Oxitec [18]. Ces moustiques sont conçus pour être relâchés en très grand nombre dans la nature, s’accoupler avec des moustiques sauvages et produire une descendance qui décède avant de pouvoir se reproduire. Après de nombreux essais concluants à l’étranger (au Brésil notamment), Oxitec souhaite mettre en place un essai en Floride, qui pourrait être touchée par l’épidémie du virus Zika cet été . La FDA réserve sa décision finale sur ce dossier pour l’instant.

- Des moustiques modifiés avec une bactérie par MosquitoMate

Une stratégie similaire est actuellement proposée par l’entreprise américaine MosquitoMate, cette fois-ci avec des moustiques infectés par une bactérie du genre Wolbachia et non modifiés génétiquement [19]. Ceux-ci seraient également relâchés en grand nombre et leur descendance avec des moustiques sauvage serait éliminée à cause de la bactérie. Les Wolbachia sont des bactéries intracellulaires présentes chez 20 à 70% des insectes et qui interfèrent souvent avec les processus de reproduction : transformation des mâles en femelles, apparition de reproduction asexuée ou élimination des individus issus de parents possédant des souches différentes de la bactérie. L’agence américaine de protection de l’environnement (EPA) est actuellement en train d’évaluer ce type de moustique modifié comme biopesticide pour contrôler les populations sauvages de moustiques.

- Des moustiques avec un gène drive comme arme de modification génétique de populations sauvages

Les stratégies ci-dessus reposent sur la libération de dizaines voire de centaines de milliers de moustiques modifiés afin d’affecter les populations sauvages. Une autre approche est basée sur un système de gene drive, un outil nouveau qui permet de modifier génétiquement des populations entières en biaisant fortement les lois d’héritabilité génétique classique (voir la brève sur ce sujet de décembre dernier).
Les systèmes artificiels de gene drive utilisent l’outil d’ingénierie génétique CRISPR/Cas9 pour réaliser un copier/coller génétique et assurer la transmission d’une modification génétique, par exemple pour résister à un virus, à près de 100% de la descendance au lieu des 50% attendus normalement. En quelques dizaines de générations, une population sauvage de moustiques peut donc être transformée génétiquement à l’aide de moustiques modifiés comportant ce gene drive.
Ce type de technologie est extrêmement puissante et vient de faire l’objet d’un rapport d’expertise de l’Académie des sciences américaine [20]. Ce rapport souligne le potentiel de cette technologie de rupture (notamment en environnement et en santé publique) et préconise de continuer les recherches en laboratoire et les essais contrôlés en champ, la technologie n’étant pas encore mûre pour une utilisation dans l’environnement. Cette approche est donc à suivre dans le cadre de la lutte contre Zika.

Conclusion :

Au vu des risques posés par le virus Zika et avec le début de la saison des moustiques dans le Sud-Est américain, l’administration, les organismes publics de recherche et prévention et les entreprises privées se sont fortement mobilisés. Les retombées de cet engagement ne se sont pas fait attendre, avec la multiplication des annonces d’avancées majeures.
Outre les stratégies classiques de lutte contre le virus (vaccin et insecticides notamment), de nouvelles approches utilisant des moustiques modifiés comme armes biologiques se sont fortement développées. Les questions des risques environnementaux, de l’efficacité de ces méthodes à moyen terme, et de leur régulation par les agences compétentes restent néanmoins posées.


Rédactrices :
- Flora Plessier, Attachée adjointe pour la Science et la Technologie, Atlanta, deputy-univ@ambascience-usa.org
- Gabrielle Mérite, Attachée adjointe pour la Science et la Technologie, Los Angeles, deputy-sdv.la@ambascience-usa.org (infographie)

Crédits images :
- Infographie : Gabrielle Mérite - Mission pour la Science et la Technologie. Icônes fournies par FreePik.
- Logo : Flora Plessier - Mission pour la Science et la Technologie.