Les "anges" gardent le moral

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Nous avons récemment abordé la situation des sociétés de capital risque en faisant allusion au rôle des "anges", comme on les appelle aux Etats-Unis. Mieux connus en France sous le nom d’investisseurs providentiels, ils jouent un rôle important dans le financement de l’innovation. Dans un récent rapport portant sur l’évaluation du principal programme fédéral consacré aux PMI-PME, le SBIR ("Small Business Innovation Research") [1], les académies américaines indiquaient que les investisseurs providentiels étaient, aux côtés des industriels et du Gouvernement fédéral, les principaux acteurs du financement des jeunes entreprises technologiques en phase précoce de développement.

L’ACA ("Angel Capital Association") est la principale association américaine "d’anges". Elle rassemble quelque 162 groupes ou sociétés, soit plus de 7.000 investisseurs. Ces derniers font l’objet d’enquêtes régulières sur le climat des affaires et la conjoncture. Selon l’ACA, sans être aussi catastrophiques que pour le capital risque, les affaires ne vont pas très bien. Le volume d’investissement moyen par groupe accuse un recul de 9% en 2008 par rapport à 2007. Mais, comme toute moyenne, le chiffre cache des écarts importants qui font dire à l’ACA que certains groupes augmentent leurs investissements, la crise leur offrant des opportunités intéressantes. Autre petit élément d’optimisme, par rapport à 2007, l’investissement moyen par affaire conclue progresse de 4% pour atteindre 276 918 USD même si le nombre moyen d’affaires conclues (6,3) diminue de 14% par rapport à 2007. Par société, le montant moyen des investissements s’établit en baisse à 1,77 million en 2008, contre 1,94 million en 2007.

Derrière ces chiffres est la difficulté pour les très jeunes entreprises de trouver les sources de financement auprès des investisseurs providentiels. En ces temps de contraction économique, ces derniers tendent à privilégier les petites entreprises qui produisent, même modestement, des flux financiers. Et la situation ne va pas s’arranger ; l’ACA anticipe une baisse des montants investis par les "anges" en 2009 ainsi qu’une sélectivité accrue des dossiers.

Mais, à y regarder de plus près, le sentiment général parmi les investisseurs providentiels est plus balancé. Le recul général de l’activité contribue en effet à faire émerger des affaires intéressantes surtout si ces dernières viennent équilibrer, en termes de risques ou de familles d’activités, les portefeuilles existants. Autre phénomène susceptible de faire évoluer le marché, la logique de mutualisation qui semble s’emparer des "anges". Plus des 90% de ceux qui ont été interrogés par l’ACA sont à la recherche de partenaires, "ange", société de capital risque ou autre investisseur. L’objectif est clair : réduire et répartir le risque lors des tours de table avec les entrepreneurs.

Conclusion, le climat des affaires n’est pas aussi catastrophique que la situation générale de l’économie qui conduit à un resserrement du crédit ainsi qu’à une réduction de la prise de risque par les investisseurs et autres prêteurs. Les victimes de la crise sont moins les financeurs eux-mêmes, investisseurs providentiels ou sociétés de capital risque. Les investisseurs sont en effet par nature non seulement plus flexibles mais aussi adossés à des intérêts financiers qui allouent une faible part de leurs activités au financement de l’innovation. En revanche les véritables victimes sont, sans aucun doute, les petites sociétés en phase précoce de développement. Reste à savoir si cette tendance va ou non avoir un impact sur les mécanismes de l’innovation ainsi que sur les entrepreneurs américains qui évoluent dans des écosystèmes locaux favorables à la création d’entreprises. A suivre.

Source :

"Recession Leads to Decrease in Angel Group Investments - But Some Organizations Increase Activity", 18/05/09 - http://www.angelcapitalassociation.org/dir_about/news_detail.aspx?id=196

Pour en savoir plus, contacts :

[1] Voir BE n°166 "Le capital risque aux Etats-Unis : quelle contribution à l’innovation ?" - http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/59209.htm
Code brève
ADIT : 59392

Rédacteur :

Antoine Mynard, attache-inno.mst@consulfrance-boston.org

Voir en ligne : http://www.bulletins-electroniques….