Les crues sont un fromage pour le Corps

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La gestion du risque d’inondation aux Etats-Unis est épinglée par un rapport publié par Environmental Defense et National Wildlife Federation. Selon les deux ONG, les mesures structurelles (créations de digues) sont contreproductives. Elles augmenteraient généralement l’exposition aux risques en favorisant le développement suburbain et seraient décidées, sans notion de priorité, selon des principes économiques erronés. Les programmes fédéraux d’assurance contre les inondations reposeraient sur des cartes d’exposition aux risques imprécises et obsolètes et sur des critères peu discriminants.

Il est important, concluent les auteurs, que la gestion des crues aux Etats-Unis soit réformée en profondeur et que les décisions d’investissement soient fondées sur des principes économiques sains et prenant en compte les nouveaux risques liés au changement climatique.

Selon des estimations, le changement climatique augmenterait chaque année de 8 milliards de $ la facture des dommages résultant des tempêtes et concerneraient des zones actuellement épargnées comme la région de New-York et la Nouvelle-Angleterre. Une étude récente montre que l’exposition centennale (1% de risque chaque année) à New York augmentera fortement, passant à 1,25-2,3% à l’horizon 2020 et 1,45-5,25% à l’horizon 2050.

Face à cette situation, l’USACE poursuit une politique d’infrastructures riche en effets pervers en termes d’exposition aux risques. L’opportunité d’investissements structurels est décidée sur la base d’évaluations économiques qui maximisent les bénéfices d’une infrastructure et minimisent les conséquences des crues. Le Corps est par ailleurs opposé au principe de mesures non structurelles (élévation des bâtiments, restauration des zones humides), dont une étude montre pourtant qu’elles induisent 4 $ de bénéfice pour 1 $ investi.

Pour ajouter à la confusion, le National Flood Insurance Program géré par la FEMA et qui assure la couverture de quelques 800 milliards de biens, fonctionne suivant un régime de prime quasi forfaitaire qui est un véritable encouragement au développement des zones exposées et ne lui permet pas d’indemniser les dommages. Ce programme avait dû ainsi emprunter 20 milliards de $ au trésor américain lors de la saison désastreuse de l’année 2005.

Depuis sa création en 1775, l’US Army Corps of Engineers (USACE) a construit environ 18.000 kilomètres de canaux, 14.000 kilomètres de digues et 500 barrages. On estime que les retards d’investissements du Corps s’élèvent à 58 milliards de $, pour un budget annuel de construction d’environ 2 milliards.

Source :


- http://www.environmentaldefense.org/pressrelease.cfm?contentID=6279
- http://environmentaldefense.org/documents/6271_AmericasFloodRiskIsHeatingUp.pdf

Pour en savoir plus, contacts :


- William D. Nordhaus, The economics of hurricanes in the United States, Juillet 2006. http://nordhaus.econ.yale.edu/hurricanes.pdf
- New-York, cyclones, élévation du niveau marin :
http://www.ccsr.columbia.edu/information/hurricanes/
http://ccsr.columbia.edu/cig/mec/03_Sea_Level_Rise_and_Coast.pdf
- L’intérêt des mesures non-structurelles : Natural Hazard Mitigation Saves : An Independent Study to Assess the Future Savings from Mitigation Activities, National Institute of Building Sciences, 2005.
http://www.nibs.org/MMC/MitigationSavingsReport/natural_hazard_mitigation_saves.htm
Code brève
ADIT : 42391

Rédacteur :

Philippe Jamet, AST, Philippe.Jamet@diplomatie.gouv.fr

Voir en ligne : http://www.bulletins-electroniques….