Les défis du financement de la biotech’ : vers de nouvelles voies ? L’entreprise "virtuelle", le profil type préféré des investisseurs (Partie 2/3)

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Le modèle actuellement le plus en vogue auprès des investisseurs est celui de l’entreprise "virtuelle" qui démarre avec un capital modeste, centré sur juste un seul projet, et non sur un portefeuille de programmes. Elle est généralement animée par un entrepreneur confirmé qui a une solide expérience de la biotech’ comme PDG ou comme directeur des affaires scientifiques. Pas de surprise, il s’agit donc d’une personne avec un fort bagage scientifique qui dispose déjà des bonnes accointances avec les investisseurs. Le milieu des affaires est ainsi fait que les PDG les plus reconnus approchent en premier lieu les investisseurs avant même de présenter un projet précis et construit, même si ces derniers seront plus tard amenés à fournir les ¾ de la mise contre ¼ apporté par l’entrepreneur.

Le modèle d’affaire envisagé est presque toujours le même : faire passer une nouvelle entité chimique (NCE) en une molécule d’intérêt pharmaceutique (IND). En d’autres termes, développer le plus rapidement possible et au plus bas coût, une molécule pour qu’elle atteigne la pré-phase IIA (preuve de concept au niveau clinique), c’est à dire la première partie du cycle de développement, au moment où les étapes risquées sont achevées et que la valeur du produit atteint un premier point haut. Objectif final : faire en sorte que l’entreprise soit acquise ou son produit phare cédé en moins de 3-4 ans avec un multiple supérieur à 3-4. Mise de départ : typiquement 500.000 dollars sachant que le coût total jusqu’à la monétisation sera d’environ 20-25 millions. De plus en plus d’entrepreneurs cherchent à éviter les VCs et s’engagent à long terme avec des investisseurs qui apportent leur expertise et contacts en plus des liquidités. Le meilleur exemple récent émanant du "triangle d’or" de Cambridge est "SmartCells". Créée à Cambridge en 2007, la JEI développe des cellules souches humaines pour le criblage de médicaments. Elle a pu bénéficier de 3 tours d’investissement à hauteur de 9,3 millions avant d’être absorbée par Merck en 2010 pour 500 millions, soit un retour de 50 en 3 ans !

La préférence des investisseurs va en priorité vers les projets suivants :
- Les techniques de ciblage ("targetting") en relation avec la recherche sur le cancer
- Les vaccins, cela va des nouvelles techniques d’administration des vaccins jusqu’aux nouvelles préparations vaccinales pour la plupart des maladies. Le traitement des hépatites a les faveurs des investisseurs, tout comme les méthodes de productions cellulaires (par opposition aux oeufs).
- Les médicaments biologiques. Ils connaissent une forte hausse de CA et représentent désormais plus de 35% du marché mondial de la pharmacie, et cela malgré les immanquables pressions sur les prix imposées par la nouvelle loi sur la santé "Obamacare" qui sera mise en oeuvre en 2014.

Pour l’entrepreneur, la seconde étape consiste à identifier une NCE. C’est sans doute la phase la moins compliquée. En général, l’entrepreneur est déjà spécialisé dans une aire thérapeutique. Soit il sait parfaitement identifier les sources d’innovation à travers le monde, soit il est déjà en lien avec les meilleurs chercheurs et experts de son domaine aux E.-U.. Dans ce cas, la solution vient des établissements universitaires et du bureau de la valorisation. Le contrat prévoit en général trois dispositions synallagmatiques : un montant forfaitaire d’entrée ("upfront payment"), des redevances à chaque étape de développement (ciblage, développement, essais précliniques, etc.) et un pourcentage sur les ventes futures de l’IND. Peuvent s’ajouter à cela des actions non-cotées ("equity shares") que l’Université obtient de l’entrepreneur.

La troisième étape consiste à réunir l’équipe de l’entreprise "virtuelle", sachant que le choix des associés aura été approuvé par les investisseurs bien avant le premier tour de table. L’entreprise n’aura pas d’autre localisation que sa domiciliation commerciale. Pas de paillasse, ni de matériel. En clair, une comptabilité financière sans immobilisations. Autour du PDG (CEO), on trouve généralement un directeur des affaires scientifiques (CSO), un directeur des affaires réglementaires (CRO) et, à temps partiel ou partagé, un directeur financier (CFO). Plus tard, lorsqu’il faudra procéder à un second tour de table, le temps sera venu de s’associer les services de directeurs financier (CFO) et du développement (CBO), ou de prestataires qui assurent ces prestations à façon. Avec moins d’une demi-douzaine de personnes et un engagement [1] d’environ 20 millions, les choses sérieuses peuvent enfin commencer. A ce tarif, les entrepreneurs ne s’embarrassent pas : ils sous-traitent massivement. Les segments chimiques de la R&D sont par exemple réalisés hors des E.-U., dans les pays à bas coûts disposant d’une main d’oeuvre très qualifiée et qui travaillent déjà avec les grandes CROs américaines, comme la Russie, l’Inde ou la Chine.

La dernière et troisième partie s’intitulera : Partie 3 : les fonds d’états et la qualification comme leviers



A lire également :

Les défis du financement de la biotech’ : vers de nouvelles voies ? L’innovation dans les SDV : un changement de modèle (Partie 1/3)
BE Etats-Unis 316 du 18/01/2013
http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/72015.htm

Les défis du financement de la biotech’ : vers de nouvelles voies ? Les fonds d’états et la qualification comme leviers (Partie 3/3)
BE Etats-Unis 318 du 1/02/2013
http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/72148.htm



[1] Le terme consacré est "committed".

Sources :


- "Merck Teams With Flagship to Bankroll Early Biotech Ventures", Arlene Weintraub, Xconomy - http://www.innovationamerica.us/index.php/innovation-daily/20694-merck-teams-%09with-flagship-to-bankroll-early-biotechnventures-xconomy?utm_source=innovation-%09daily---your-daily-newsletter-highlighting-global-innovation-news-and-%09trends&utm_medium=gazetty&utm_campaign=04-11-2012
- BE Etats-Unis 265 du 4/11/2011 : Restructuration des "big pharmas" : le Massachusetts passe entre les gouttes ! - http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/68080.htm

Pour en savoir plus, contacts :

BE Etats-Unis 275 du 27/01/2012 : "L’externalisation de la recherche des Big Pharma : de nouvelles perspectives pour les JEI du secteur" http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/68931.htm
Code brève
ADIT : 72104

Rédacteurs :


- Antoine Mynard, attache-inno@ambascience-usa.org et Dr Jean-Marie Vallet (CCEF, président de Cyrma Ventures) ;
- Les auteurs remercient Dr Marie-Alice Dibon (Alice Communications) pour sa contribution ;
- Retrouvez toutes nos activités sur http://france-science.org.

Voir en ligne : http://www.bulletins-electroniques….