Les dossiers médicaux électroniques : plus de la moitié des médecins américains sont "high-tech"

, Partager

Le département de la santé américain, "U.S. Department of Health & Human Services", vient d’annoncer, le 22 mai 2013, que le nombre de médecins et d’hôpitaux ayant recours aux dossiers électroniques de santé (Electronic Health Records, EHRs) avait doublé depuis 2012. Plus de la moitié des praticiens de santé participant aux programmes Medicare et Medicaid ont reçu des primes (incentives) pour avoir utilisé ces dossiers médicaux "2.0" à bon escient [1].

L’Administration Obama a lancé, en 2011, deux programmes ("Medicare EHR Incentive Program" et "Medicaid EHR Incentive Program") pour encourager l’utilisation des systèmes électroniques dans le cadre du suivi médical des patients [2 ; 3]. Ces deux programmes offrent respectivement 44.000 dollars sur une période de 5 ans et 63.750 dollars sur une période de 6 ans à tout praticien de santé pour la mise en place, la mise à jour et/ou l’utilisation régulière d’EHRs [2]. Ces dispositifs, gérés par les bureaux "Centers for Medicare & Medicaid Services" (CMS) et "Office of the National Coordinator of Health Information Technology" (ONC), ont largement contribué au développement des EHRs à travers les Etats-Unis. En effet, selon un sondage du "Centers for Disease Control and Prenvention" (CDC), seulement 17% des médecins utilisaient les EHRs en 2008 pour renseigner les parcours médicaux de leurs patients. Aujourd’hui, plus de 50% des médecins éligibles aux remboursements Medicare et Medicaid ont recours à ces dossiers électroniques ; plus de 291.000 professionnels de santé ont ainsi reçu des primes grâce à leur utilisation [3]. De même, seulement 9% des hôpitaux utilisaient les EHRs en 2008, alors qu’ils sont aujourd’hui 80% (3.800 hôpitaux) [3].


Plus de 291.000 professionnels de santé et 3.8000 hôpitaux ont reçu des primes grâce aux programmes d’incitation "Medicare EHR Incentive Program" et "Medicaid EHR Incentive Program" depuis leur création en 2011
Crédits : Centers for Medicare and Medicaid Services (CMS)


Comme l’explique Mme Kathleen Sebelius, Ministre de la Santé (HHS Secretary), les Etats-Unis ont "franchi une étape importante dans l’adoption des dossiers électroniques de santé […] qui jouent un rôle clé dans la modernisation du système de santé [américain]. La santé 2.0 (health IT) permet aux praticiens de mieux coordonner les soins qu’ils prodiguent, ce qui permettra d’améliorer la santé des patients et de faire économiser de l’argent [à l’Etat fédéral]" [3]. Grâce à l’utilisation accrue des EHRs, l’Administration Obama souhaite enrayer les dépenses inutiles, en diminuant notamment le nombre de réadmissions hospitalières et de prescriptions redondantes. Depuis la signature du Affordable Care Act, l’Etat fédéral prend en compte la qualité des soins prodigués aux patients avant de rembourser les hôpitaux et les médecins. De fait, les professionnels de santé sont de plus en plus nombreux à recourir aux systèmes électroniques qui permettent de suivre plus facilement le parcours médical d’un patient, notamment dans d’autres hôpitaux et pharmacies. Cela permet entre autres d’éviter une duplication des examens et la prescription de médicaments inadaptés.

Les médecins utilisant les EHRs peuvent, par exemple, suivre précisément les variations de la tension artérielle de leurs patients diabétiques, et mesurer leurs évolutions à court et long terme avec une grande fiabilité [4]. Le regroupement des données de nombreux dossiers médicaux électroniques permettra, dans les années à venir, de déterminer les médicaments et les traitements les plus efficaces et ceux ayant un meilleur rapport qualité prix pour différents profils de patients. Cette utilisation statistique des données à l’échelle individuelle aussi bien qu’à l’échelle des populations permettra sans aucun doute de rendre la pratique médicale plus sûre et plus efficace. Elle pose néanmoins de nombreuses questions quant à la sécurité des données et leur confidentialité. Dans les prochains mois, des groupes de réflexion (du HHS, de citoyens et de chercheurs) devraient évaluer les conditions de sécurisation de ces dossiers et les limites à imposer à leur utilisation [5 ; 6]. L’accès partagé aux EHRs permet aux équipes médicales de coordonner leurs soins plus facilement en indiquant clairement les derniers médicaments prescrits à un patient, ainsi que ses dates d’hospitalisation. Depuis leur mise en place aux Etats-Unis, les EHRs ont permis de réduire de moitié les erreurs médicales (mauvaises prescriptions ou soins inadaptés) [7].

A ce jour, plusieurs systèmes électroniques co-existent, et ne permettent pas toujours le regroupement, dans un même dossier médical électronique, des données renseignées par différents médecins et établissements de santé. Dans les prochains mois (7 à 9 mois), des standards approuvés par le HHS devraient être mis en place (ex : normalisations du vocabulaire spécifique à chaque maladie, des unités de référence et de la présentation des résultats d’analyses) afin d’assurer une compatibilité entre les systèmes électroniques de tous les praticiens de santé (médecins indépendants, hôpitaux, pharmacies) [4]. Cela permettra à un patient de pouvoir être suivi simultanément par plusieurs établissements, tout en assurant une parfaite coordination et complémentarité des soins et des traitements. A partir de 2015, les médecins qui n’utiliseront pas les EHRs auront à payer une taxe [4]. M. Farzad Mostashari, responsable de la mise en place des EHRs à travers les Etats-Unis au HHS, estime que 10 à 15% des médecins ("asbolute holdouts") n’utiliseront toujours pas les EHRs en 2015, malgré les pénalités et bien qu’il existe des incitations financières à leur emploi [4]. Les coupes budgétaires au niveau fédéral en 2013 (Budget Sequestration) impliqueront une diminution de 2% des primes offertes par le programme "Medicare EHR Incentive Program" ; aucune restriction ne sera par contre imposée au programme d’incitation du Medicaid [2 ; 7].

Sources :


- [3] HHS News Release. 22 mai 2013. "Doctors and hospitals’ use of health IT more than doubles since 2012".
- [4] Sarah Kliff. 23 mai 2013. "Meet Farzad Mostashari, the bow-tie bureaucrat convincing doctors to go digital". The Washington Post.
- [7] Kelly Kennedy. 22 mai 2013. "Incentives push doctors to electronic medical records". USA Today.

Pour en savoir plus, contacts :


- [1] Informations officielles du CMS (Center for Medicare and Medicaid Services) concernant l’utilisation "significative" (meaningful use) ou à bon escient des EHRs : http://www.cms.gov/Regulations-and-Guidance/Legislation/EHRIncentivePrograms/Meaningful_Use.html
- [2] Informations officielles sur les "EHR Incentive Programs" du CMS : http://www.cms.gov/Regulations-and-Guidance/Legislation/EHRIncentivePrograms/index.html?redirect=/ehrincentiveprograms/
- [5] Informations officielles sur la confidentialité et la sécurité des données médicales regroupées dans les EHRs : http://www.healthit.gov/buzz-blog/category/privacy-and-security-of-ehrs/
- [6] Troisième sommet international sur la confidentialité des données médicales et sur son futur, "The 3rd International Summit on the Future of Health Privacy", 5 juin 2013 à Washington DC : http://www.healthprivacysummit.org/events/2013-health-privacy-summit/event-summary-1bfa9be80d364092aeed1a8803377fa8.aspx
Code brève
ADIT : 73132

Rédacteurs :


- Aurélie Perthuison, deputy-sdv.la@ambascience-usa.org
- Retrouvez toutes nos activités sur http://france-science.org.