Les effets inattendus des ARNi

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Les ARN interférence, dont le spectre d’applications commerciales ne cesse de s’étendre, ont montré, au cours d’une récente étude, des résultats surprenants.

Les ARNi sont des petits morceaux d’ARN antisens qui existent naturellement dans les cellules et dont le rôle est de bloquer la transcription de certains gènes. Leur fonction naturelle de régulation du génome a rapidement intéressé les chercheurs qui ont immédiatement pensé à leurs applications pour le traitement de maladies liées à la dégénérescence du génome. Cette recherche s’est intensifiée depuis l’obtention, en 2006, du prix Nobel de médecine par Andrew Fire et Craig Mello pour leurs travaux sur ce sujet.

De nombreuses entreprises de biotechnologies ont depuis développé des projets de production de médicaments à base de ARNi. C’est le cas de Allergan et Opko Health qui sont actuellement en phase d’essais cliniques pour des médicaments destinés à traiter les dégénérescences maculaires par inhibition de l’expression d’un gène impliqué dans la formation de vaisseaux sanguins perméables, responsables de la maladie.

Alors que ces médicaments se rapprochaient de la phase de mise sur le marché, une étude publiée dans le magazine Nature le 26 mars 2008 et dirigée par le Dr Jayakrishna Ambati de l’université du Kentucky a complètement remis en cause l’efficacité de ceux-ci. L’étude a été financée sur des fonds fédéraux par le National Eye Institute et ce malgré la fonction du Dr Ambati en tant que conseiller scientifique des sociétés Allergan et Quark Pharmaceuticals (autre entreprise travaillant sur les ARNi).

L’étude montre que ce n’est pas l’inactivation du gène qui prodigue l’efficacité du traitement mais l’activation du système immunitaire. En effet les tests ont montré que peu importe la séquence d’ARN utilisée les résultats sont les mêmes. Ceux-ci, indépendamment de leur séquence mais à condition qu’ils aient la même taille, se lieraient à un récepteur du système immunitaire qui activerait ce dernier et empêcherait la formation des vaisseaux sanguins défectueux. Mais l’élément le plus embarrassant de cette étude est que le médicament testé ne pénétrerait pas dans les cellules et donc n’aurait aucune action inhibitrice d’expression génique.

Les conséquences économiques pour les compagnies concernées ne se sont pas fait attendre puisque immédiatement après la publication de cette étude, les actions de Opko ont perdu 10%, celles de Allergan n’ont pas été très affectées du fait de la diversité de leur portefeuille (botox, implants mammaires) mais celles d’Alnylam, entreprise spécialisée en ARNi qui pourtant n’était pas concernée par l’étude a vu le cours de ses actions chuter de 9%.

En effet si les médicaments testés s’avèrent incapables de pénétrer une cellule, ce problème pourrait être commun à tous les médicaments basés sur les ARNi actuellement à l’étude. Cependant les dirigeants d’Alnylam se veulent rassurant et déclarent vouloir utiliser le même type de test que le Dr Ambati pour prouver l’efficacité de leur médicament contre un virus respiratoire actuellement en essais cliniques.

Ainsi, malgré le spectre formidable d’applications que les ARNi offrent, il semble que le passage à la pratique soit plus complexe que prévu. Malgré cela, la société Opko reste confiante et affirme que son médicament, actuellement en fin d’essais cliniques est efficace et pourrait bien devenir rapidement le premier médicament ARNi à être mis sur le marché.

Source :


- "Study raises doubts on a gene-based therapy", Andrew Pollack, New York Times, 02/04/2008 - http://www.nytimes.com/2008/04/02/business/02place.html?_r=1&scp=1&sq=RNA+interference&st=nyt&oref=slogin
- "Autors of Nature paper questionning Opko Data responds to critisism from company ", Doug Macron, RNAi News, 03/04/2008 - http://www.rnainews.com/issues/6_14/features/146072-1.html

Pour en savoir plus, contacts :


- http://en.wikipedia.org/wiki/RNA_interference
- Opko Health, http://www.opko.com/
- Allergan, http://www.allergan.com/index.htm
- Alnylam, http://www.alnylam.com/
Code brève
ADIT : 54349

Rédacteur :

Aline Charpentier, deputy-inno.mst@consulfrance-boston.org

Voir en ligne : http://www.bulletins-electroniques….