Les grandes sociétés pharmaceutiques misent sur la place de Boston

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Xconomy, le courtier en information technologique bien connu aux Etats-Unis, organisait ce mercredi 4 novembre 2009 une réunion inhabituelle qui a attiré plus de 170 participants de haut niveau. Si rassembler l’ensemble des composantes de "l’écosystème" bostonien du domaine des SDV n’est pas vraiment un exploit, faire parler des grandes entreprises pharmaceutiques sur leurs activités de R&D est une autre affaire !

Et pari tenu pour Xconomy ! En mettant en présence ce petit monde au sommet de l’hôtel Hyatt de Cambridge, face à la rivière Charles et à la ville de Boston (comme pour montrer que la force du Massachusetts se trouve bien de ce côté de la rivière), les organisateurs ont marqué des points tout en permettant que l’on en sache davantage à la fois sur les stratégies des grands groupes pharmaceutiques sur la place de Boston mais aussi sur les mutations de ce secteur d’activité, secoué par les fusions du début d’année 2009. Ces dernières devraient engendrer entre 2 et 5 milliards d’économies en matière de R&D. Le secteur pharmaceutique est également à hue et à dia : la perspective d’un bouleversement des conditions de remboursement des médicaments, où les notions de "valeur ajoutée" du médicament et de l’amélioration d’un patient ("betterment") seront modifiées voire renforcées. Sans parler des atermoiements de la FDA.

Mais qu’a-t-on vraiment appris des discussions et présentations ?

Le premier enseignement, en fait une confirmation, concerne l’absolue nécessité pour les sociétés pharmaceutiques de faire grossir le flux de produits nouveaux. Plusieurs stratégies sont à l’oeuvre pour alimenter le "pipe" dans un environnement réglementaire long et complexe et un marché incertain. Celle qui est ressortie des discussions concernent le développement des activités de "corporate venture" (CVC), c’est-à-dire de capital risque adossées (ou filialisées) à des intérêts d’une société pharmaceutique.

Tous les grands groupes s’y lancent, à l’instar de GSK par sa filiale "Sirtris" dont les fonds levés sont passés de 18 millions en 2004 à quelque 104 millions en 2007, une performance quand on connaît l’évolution du capital risque "classique" aux Etats-Unis (15 milliards en 2009 contre 30 milliards en 2007). En quelques années, "Sirtris" a acquis non seulement une compétence en matière de capital risque mais aussi plus de 200 brevets, dont ceux concernant les formulations du "Resveratol" [1], molécule dont le développement et la valorisation se poursuivent.

Pour "MedImmune Ventures", la filiale de capital risque d’AstraZeneca, l’activité est en plein essor mais reste modeste, eu égard aux dépenses de R&D consenties par les maisons mères. A ceci s’ajoute le fait que "MedImmune Ventures" se positionne davantage sur les segments de développement que sur ceux des phases précoces des jeunes entreprises dont elle prend le contrôle.

Face au développement de l’activité des CVC, plusieurs intervenants se sont interrogés sur la viabilité du modèle classique d’intervention du capital risque. Avis partagé : pour certains la baisse actuelle d’activités est une correction qui a fait apparaître des affaires plus "solides", pour d’autres le modèle est cassé, d’où l’émergence des CVC. La question est loin d’être tranchée.

Les stratégies des grands groupes pharmaceutiques concernant la gestion interne de l’innovation constituent l’autre enseignement de cette demi-journée. L’exposé sans note de Deborah Dunsire, PDG de "Millennium" (désormais filiale de Takeda), a été particulièrement éclairant sur les économies et le renforcement de l’efficacité de la recherche pharmaceutique. Mme Dunsire a expliqué que les procédures et réglementations de la FDA n’allaient pas être modifiées du jour au lendemain mais que l’industrie dans son ensemble pouvait réaliser des économies considérables en matière de R&D. Plusieurs moyens pour faire en sorte de réduire le taux d’échec de 58% des essais de phase 3 : l’utilisation de bio-marqueurs, accélération des processus internes et la gestion des antagonismes internes, non apparents. Sur ce dernier point, Mme Dunsire a fait valoir que "Millennium" ne faisait pas d’acharnement dans les phases précoces de recherche ("…discipline to stop programmes at early stages…") et limitait le plus possible les allers-retours entre chimistes (souvent minoritaires) et biologistes (les vrais donneurs d’ordre mais qui ont tendance à ne pas tenir compte des premiers). La gestion des compétences disciplinaires a ainsi été présentée comme… une non-science riche d’enjeux et d’économies ! Autre source de rationalisation : l’utilisation des plateformes existantes pour prolonger le cycle de vie des produits déjà mis au point.

Enfin, un dernier grand enseignement de la réunion concerne la place de Boston. Pour rien au monde les parties prenantes de l’écosystème local, que ce soit les entreprises, les VC ou les universitaires ne veulent en sortir car elle rassemble tous les ingrédients d’un véritable pôle où se mêle compétences, ressources, financements et infrastructures. Cet attachement à la place de Boston est d’ailleurs présenté par les acteurs locaux comme la seule certitude réconfortante dans un environnement de marché marqué par le risque et la complexité.

Boston, centre des SDV américaines ? Pas tout à fait encore mais nous n’en sommes plus très loin…c’est du moins l’avis de Mme Maggie Flanagan LeFlore de "MedImmunes Ventures" qui a créé un certain émoi dans la salle en indiquant que Boston venait de dépasser San Francisco pour sa concentration d’activités en SDV. San Francisco n’a qu’à bien se tenir…

Attendons la prochaine édition de la réunion d’Xconomy en 2010, nous assisterons sans doute à une auto-proclamation de Boston comme capitale des SDV américaines !

[1] SRT501 et SRT2104 sont des formulations du Resveratol, actuellement en phase IIa des essais cliniques dans le traitement du diabète de type 2

Source :

Xconomy forum du 4 novembre 2009 : "Pharma’s bet on Boston innovation"

Pour en savoir plus, contacts :


- "Acquisition de Wyeth par Pfizer : quels impacts en matière de R&D ?" - BE Etats-Unis 156 et 157 - http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/58135.htm - http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/58160.htm
- "Le pôle des sciences de la vie du grand Boston : organisation et stratégie" - http://www.bulletins-electroniques.com/rapports/smm09_063.htm
Code brève
ADIT : 61219

Rédacteur :

Antoine Mynard, attach-inno.mst@consulfrance-boston.org

Voir en ligne : http://www.bulletins-electroniques….