Les plateformes d’Open Access en agriculture, un nouvel enjeu

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L’ « Open Access » ou « libre accès » permet la mise en ligne de contenus numériques, textes ou multimédia, à disposition de l’internaute, libres de droits. L’Open Access présente un intérêt particulier dans le domaine scientifique car il accélère la diffusion des résultats de la recherche. Les chercheurs, comme les organismes et agences de recherche, se sont penchés sur diverses alternatives. La récente mise en accusation du réseau « researchgate », l’un des principaux réseaux des chercheurs, par plusieurs revues scientifiques proposant un accès payant à leurs articles, pose de nouvelles questions quant aux stratégies possibles (http://www.sciencemag.org/news/2017/10/publishers-take-researchgate-court-alleging-massive-copyright-infringement)

Historiquement, le National Institute of Health (NIH) et le Département de l’Energie américain (DOE) furent les premiers à s’interroger sur l’open access des résultats scientifiques issus des travaux qu’ils financent. Sur leur exemple, dès 2011, le conseil scientifique de l’USDA a établi un comité de management des résultas scientifiques, lui confiant les missions suivantes :

• Développer une politique d’open access permettant de construire l’archivage, l’organisation, la dissémination et la préservation des publications scientifiques issues de projets financés par l’USDA.
• Accroître le rendement de la production scientifique et permettre un accès public aux données scientifiques sans coût additionnel .

Dès 2013, un accord inter-institutionnel de libre accès des résultats de la recherche, a été mis en place par l’USDA (le Département d’Agriculture des Etats-Unis). Celui-ci présente un modèle d’intérêt et tend aujourd’hui à se développer via le partenariat d’instituts de recherche en agriculture et agronomie à travers le monde, particulièrement confrontés aux grands problèmes relevant des politiques agricoles internationales, telles que la sécurité alimentaire. Ainsi, au cours de l’année 2013, sous le terme de « Open Data Policy (ODP) Communications Plan », une politique de management de l’ensemble des données scientifiques et résultats de la recherche a été développée par l’USDA. Pour ce qui concerne le volet open access des publications scientifiques de cette politique, le concept original s’appuie sur un archivage préliminaire de toute publication revue par des pairs, au moment de leur acceptation ( donc avant le transfert des droits de copyright à la revue par l’auteur) . L’USDA fourni l’archivage et le système de recherche de documents de recherches qu’il a financées et assure leur dissémination, au plus tard, 12 mois après leur publication. Dans le cas où la revue est en open access, c’est le format publié de l’article qui est archivé. Pour l’USDA, La mise en œuvre de la politique de management s’est inscrite dans le temps à travers différentes phases, la première, dite Phase I en 2015, la deuxième en 2016, la troisième phase a démarré en 2017. A ce jour, l’ensemble des publications de l’USDA relève de cette politique.

En France, l’INRA (Institut National de la Recherche Agronomique), a développé, de façon indépendante, depuis de nombreuses années, sa propre base de données scientifiques Open Access, PRODINRA (http://prodinra.inra.fr/?locale=fr). La base est interne à l’institution et offre des accès aux publications mais aussi aux compte-rendus de colloques et résumés de présentations scientifiques, qui si ils sont libres de droits sont consultables aussi depuis l’extérieur de l’Institut.

Coté commission européenne, la réflexion est d’actualité et le concept de mise en ligne, au moment de l’acceptation, des prépublications avant transfert des droits d’auteurs ("preprint en anglais") est en cours de mise en application : Ainsi La Commission européenne vient de proposer de financer une plateforme d’édition scientifique ouverte "Open Research Publishing Platform" destinée aux bénéficiaires de projets de recherche financés dans le cadre d’Horizon 2020. Celle ci offrirait l’accès gratuit et rapide d’articles issus des projets H2020, révisés par des pairs.

Il est à noter que le modèle des revues Open Access qui s’appuie souvent sur le paiement des droits de diffusion, tout ou partie par l’auteur, tend lui aussi à se diffuser. Ainsi, depuis quelques années se sont développées des revues scientifiques qui offrent un accès gratuit à leurs articles complets, et non seulement aux résumés des publications . Entre 2012 et 2014, la proportion des articles scientifiques dans le monde en revue « open access », est passée de 14 à 17% et continue à croître.
Une réflexion de mise en réseau de ces initiatives commence à être menée. Les instituts de recherche en agriculture, confrontés aux grands problèmes relevant des politiques agricoles internationales, nous serviront il d’exemple à une harmonisation de l’Open Access aux résultats de la recherche ?

Webographie


Rédactrice :
Tatiana Vallaeys, Attachée pour la science et la technologie, attache-agro@ambascience-usa.org