Les positions des candidats à l’élection américaine sur la recherche scientifique et l’innovation

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Dans sa publication du 26 juillet 2016, la revue scientifique Nature propose une analyse des programmes respectifs des candidats à l’élection présidentielle américaine, Hilary Clinton et Donald Trump, en matière de recherche scientifique et d’innovation [1].

Les positions du candidat républicain sont clairement tournées vers sa base la plus conservatrice, remettant en cause l’existence du changement climatique, tergiversant sur les questions liées à l’évolution, et critiquant le Président Barack Obama pour son soutien à la recherche sur les cellules-souches embryonnaires. Toutefois, il est difficile à ce jour de savoir quelle sera la politique qu’il mettra en œuvre sur ces questions.

De son côté, la candidate démocrate a consulté de nombreux scientifiques, sur des sujets comme la santé, l’environnement ou la formation scientifique, et décrit la science et l’innovation comme les fondements de l’avenir. Elle précise, dans sa fiche d’information consacrée à la science et la technologie, un programme en cinq points [2] :

  1. dynamiser la technologie pour obtenir de nouveaux emplois, par un investissement en science informatique et dans la formation scientifique ;
  2. rendre accessible l’internet à très haut débit pour tous ;
  3. assurer la domination américaine en technologie en développant l’exportation des hautes technologies et en assurant la libre circulation des données ;
  4. établir des mesures pour favoriser l’innovation, qui garantissent une saine compétition, permettent le passage à l’innovation et protègent efficacement la propriété intellectuelle, tout en assurant la sécurité et la vie privée ;
  5. avoir un gouvernement plus connecté, plus efficace et plus réactif en s’appuyant sur les nouvelles technologies pour donner des résultats concrets au peuple américain.

Concernant la part du PIB consacrée à la R&D (recherche et développement, au sens transfert de technologie et innovation), la candidate démocrate souhaite augmenter le budget d’institutions fédérales de financement de la recherche, comme la National Science Foundation (NSF), le Département de l’Énergie (DOE) et la Defense Advanced Research Projects Agency (DARPA), afin de répondre aux grands défis et de s’assurer que les États-Unis restent leaders en matière de calcul de haute performance, d’énergies vertes ou de machine learning (apprentissage automatique). Le candidat républicain détaille peu la question des financements fédéraux, sauf en ce qui concerne la Nasa. Pour protéger les intérêts de la sécurité nationale et encourager l’innovation, il veut maintenir la prééminence américaine dans le domaine spatial en lançant plus de missions scientifiques, en y garantissant un accès libre, et en s’assurant que les industries américaines liées au domaine spatial restent une source de leadership scientifique et un moyen d’enrichissement éducatif.

Le principal sujet sur lequel les deux candidats se sont exprimés est le changement climatique. Les Républicains sont très opposés aux mesures prises par le Président Obama pour limiter les émissions de gaz à effet de serre et la consommation d’énergies fossiles. Donald Trump a déclaré (discours du 26 mai) qu’il reviendrait sur ces mesures « totalitaires » et retirerait les Etats-Unis de l’Accord de Paris. Au contraire, les propositions d’Hilary Clinton en matière de climat et d’énergie sont dans le prolongement de la politique actuelle. Ces points de vue radicalement différents devraient s’exprimer de façon amplifiée dans la suite de la campagne, selon Michael Oppenheimer, chercheur sur le climat à l’Université de Princeton, New Jersey.

Par ailleurs, John Holdren, physicien et chercheur en sciences de l’environnement, Conseiller scientifique du Président Obama, et Directeur de l’Office of Science and Technology Policy (OSTP) de la Maison Blanche, a dressé un bilan de son mandat, le plus long des mandats de conseillers scientifiques (près de 8 ans), dans un autre numéro de la revue Nature, du 6 juillet 2016 [3].

Il souligne l’implication du Président Obama pour rendre la science et l’innovation « cool » pour le jeune public, et il considère que ces sujets intéressent davantage le public américain aujourd’hui. Il note que les budgets des grandes agences fédérales de financement de la recherche comme les NIH ou la NSF, quoique non négligeables, ne permettent de financer qu’une proportion limitée (moins de 20%) des projets proposés, et qu’il est important d’avoir le soutien du public pour pouvoir financer davantage de projets en R&D. Il exprime son regret de ne pas avoir pu faire passer la loi sur le climat en 2010, mais souligne les efforts de l’administration Obama en faveur des économies d’énergie et de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Malgré les déclarations du candidat républicain sur sa volonté de se retirer de l’Accord de Paris si il est élu, John Holdren reste optimiste et considère qu’un tel retrait serait impossible même en cas de victoire de Donald Trump. Il est également confiant dans le fait que, face à de nouvelles technologies telles que l’édition du génome (CRISPR-cas9 entre autres) qui ouvrent d’immenses perspectives pour la recherche et ses applications dans les domaines de la santé, de l’agronomie etc. mais présentent aussi des risques de dérives, la communauté scientifique internationale saura s’organiser pour établir les régulations nécessaires. Concernant le programme spatial américain, il a été revu en profondeur afin de dégager des moyens pour l’observation de la Terre, l’astronomie, l’exploration par des robots et d’éventuelles nouvelles missions spatiales. Enfin, son plus grand regret et de ne pas avoir pu augmenter davantage les budgets fédéraux pour la recherche (en raison de l’opposition du Congrès) et sa plus grande satisfaction est d’avoir pu partager avec le président Obama une vision de la science, de la technologie et de l’innovation comme des éléments essentiels pour la société et les défis globaux auxquels elle doit faire face.

Cette politique décrite par John Holdren se poursuivra dans l’hypothèse de l’élection de la candidate démocrate. Si le candidat républicain est élu, il est plus difficile de prévoir quelles mesures concrètes seront effectivement prises en matière de soutien à la recherche scientifique.


Rédactrice :
Minh-Hà Pham, Conseillère pour la Science et la Technologie