Les professeurs américains peu intéressés par les "undergraduates"

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Les universités de Harvard et Princeton ont décidé récemment d’annuler leurs programmes de " early admissions ", selon lesquels les étudiants peuvent déposer leur dossier candidature quasiment 6 mois à l’avance de la date limite. Les " early admissions " sont généralement des engagements fermes, c’est-à-dire que l’étudiant, à condition d’être accepté à l’université, s’engage à venir et à retirer tout autre dossier de candidature.

Le programme de " early admissions ", assez commun dans les universités américaines, facilite le processus d’admission pour les étudiants : d’un côté, les étudiants bénéficient de savoir à l’avance (à Noël, bien avant la fin de la terminale) quel établissement les accepte. Pour les universités cela permet de mieux gérer l’établissement et, aussi, permet d’améliorer le revenu, qui est par ailleurs un indicateur pris en compte dans le classement des universités réalisé par U.S. News & World Report… Cependant, les " early admissions " ont tendance à favoriser les étudiants déjà bien privilégiés (ceux qui peuvent se payer, par exemple, les " consultants " d’admission universitaires ou les cours privés pour les examens tel que le SAT). L’idée est donc de réduire l’inégalité entre les étudiants aisés et ceux des milieux défavorisés en éliminant les " early admissions " : les étudiants défavorisés, s’ils sont acceptés à l’avance, doivent renoncer à la possibilité de comparer les offres de financement de plusieurs écoles.
Un article dans " Higher Ed " revendique la participation des professeurs dans ce débat sur l’admission. Les décisions administratives comme ces suppressions sont faites surtout par les doyens et les présidents des universités, mais les professeurs ne se font pas entendre. D’une manière générale on peut constater que les professeurs d’universités semblent peu s’intéresser aux étudiants undergraduate.

Le phénomène n’est pas complètement spécifique aux Etats-Unis, les enseignants tendant généralement à trouver les échanges avec des étudiants en master ou doctorat plus intéressants (car à un niveau plus élevé, avec un plus petit nombre d’étudiants plus motivés), mais y est particulièrement accentué. Un élément d’explication est sans doute que la recherche prime de loin sur l’enseignement dans les universités américaines : les universités qui ont une activité de recherche sont considérées comme meilleures et leur réputation comme celle des professeurs qui y travaillent est directement liée à celle de leur activité de recherche. Davantage, l’essentiel des éléments incitatifs en matière de rémunération sont liés à leur reconnaissance extérieure, donc guère à leur qualité d’enseignant. Ils sont dès lors très actifs pour défendre leur liberté de chercheur, à promouvoir leur domaine de recherche, et peu impliqués vis-à-vis des étudiants undergraduates.
Ceci explique donc l’absence des contributions du professorat dans le débat relatif au programmes d’" early admissions " et, plus largement, à la politique d’admission aux universités à l’échelle nationale. Ceci dit, il y a des signes que les professeurs commencent à se rendre compte de leur obligation envers leurs étudiants " undergraduates ", parmi lesquels se trouvent les futurs étudiants en master…, qui son et éventuellement, rejoindront la discussion.

Source :


- Andrew Delbanco. " Where Is the Faculty in the Admissions Debates ? " Inside Higher Ed, October 12th.
http://www.insidehighered.com/views/2006/10/12/delbanco
- " Princeton Stops Its Early Admissions, Joining Movement to Make Process Fairer. "
http://www.nytimes.com/2006/09/19/education/19admit.html?ex=1316318400&en=401254f740cfed7f&ei=5088&partner=rssnyt&emc=rss

Rédacteur :

Elodie Sutton assistant-stic.mst@ambafrance-us.org - Jean-Philippe Lagrange attach-stic.mst@ambafrance-us.org

Voir en ligne : http://www.bulletins-electroniques….