Les universités américaines bénéficient de donations records

, Share

En 2015, les universités américaines [1] ont reçu des donations records pour un montant total de 40 milliards de dollars. Le CAE (Council for Aid to Education) édite chaque année une étude concernant les aides financières visant à soutenir l’éducation, et relève, sur les dernières années, une tendance concernant l’implication croissante des anciens élèves, mais également des personnes physiques ne faisant pas partie du réseau alumni de l’université qu’ils soutiennent.

Ainsi, le CAE [2] observe une augmentation des donations en provenance de personnes physiques ou de fondations familiales, tandis que les implications des organisations ou des entreprises sont restées fixes en termes de montant, respectivement 11 milliards de dollars et 5,75 milliards de dollars. On observe une croissance annuelle des dons aux universités, de 10,8 % en 2014, et de 7,6% sur 2015, principalement stimulée par la générosité des anciens élèves, qui représente un quart des sommes perçues, mais également par les sommes versées par des individus anonymes, qui ont augmentées de plus de 20% sur 2015.

Cette évolution dans l’origine des fonds a également un impact sur la décision de leur allocation, à la discrétion des donateurs. Les universités bénéficient ainsi de fonds supplémentaires à allouer à leurs programmes de recherche ou scientifiques, comme en témoigne Martin Shell [3], en charge des financements pour l’Université de Stanford : les universités sont perçues comme les premiers acteurs du changement, s’attelant à surmonter les grands défis de nos sociétés. En finançant les programmes de recherches, les donateurs se sentent parties prenantes de ces projets et ont le sentiment d’apporter leur contribution au progrès et au bien commun.

Qui sont les bénéficiaires de ces dons ? [4] Sans surprise Stanford et Harvard occupent la première et seconde place du tableau en terme de montants levés dépassant toutes deux le milliard de dollars. Stanford prend la tête du classement, avec un don extraordinaire en nature, pour un montant supérieur à 600 millions de dollars, constitué de plus de 121 œuvres d’arts. Les universités font de la recherche de fonds l’une de leurs priorités [5] et mettent en place des campagnes de donations précises et attractives. Elles proposent également des facilités de paiement en ligne, permettant aux intéressés de donner en quelques clics, ou en moins de trois étapes, et délivrent les certificats officiels pour les réductions d’impôts. Toutefois, il est impressionnant de constater que moins d’1% des universités ont capté plus de 30% du total des fonds totaux levés [6], soulevant ainsi des débats concernant les inégalités sociales que cela sous-tend.

Or, les principales sommes reçues par les universités sont en réalité soumises aux fluctuations des marchés financiers. En effet, 1/3 des sommes collectées proviennent de 12 importantes donations sous forme de titres à valeur accrue, ayant permis à leurs émetteurs de bénéficier d’une importante réduction d’impôt. Par exemple, une donation en titre d’une valeur de 10 000$ permet un gain de 1 904 $ en impôts contre une donation de 10 000$ en cash [7]. L’emploi de ce mécanisme par les universités rend leurs ressources extrêmement corrélées aux fluctuations des marchés, ce qui ne permet pas de présumer des donations pour 2016.

D’autres facteurs économiques influencent la générosité des donateurs, tels que les taux d’intérêt ou le marché du travail, mais les résultats obtenus par les chercheurs peuvent largement contre balancer les tendances. Les donateurs réagissent comme des investisseurs, et attendent « un retour sur investissement de leur don » sous forme de résultats scientifiques, création de programmes ou d’ouverture de centre de formation. Les universités sont ainsi dans l’obligation de pouvoir présenter leur résultat et d’être en mesure de les communiquer de manière transparente et efficace. C’est donc la confiance qui guide un mécène dans son choix, et il s’agit pour les universités de créer et maintenir cette relation.


Rédacteur :
- Anne-Sophie MORONI - Attachée adjointe pour la Science et la Technologie, Consulat Général de France à Boston - deputy-inno@ambascience-usa.org