Nanotechnology Innovation Summit - La naissance du NNI et son évolution (partie 2)

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Le NNI est un programme original qui a été porté par quelques individus à la fin des années 90. Ayant reçu un écho favorable à la Maison Blanche, le programme a été lancé en 2000. Comment le programme a-t-il vu le jour ? Comment s’est-il poursuivi lors des changements d’administration ? Pour répondre à ces questions, les organisateurs du Nanotechnology Innovation Summit avaient réuni le 9 décembre les trois derniers Conseillers pour la science et la technologie du président américain, directeurs de l’Office for Science and Technology Policy (OSTP).


Neal Lane est celui qui a lancé le projet lorsqu’il était le conseiller du Président Clinton. Dès 2001, John Marburger reprenait le flambeau et ce pour les huit années de la Présidence Bush. Depuis 2009, c’est John Holdren qui occupe les fonctions de conseiller du Président Obama. Le NNI n’a ainsi pas été interrompu par les changements d’administration, ce qui le classe directement comme un programme à part. Cela démontre l’importance attribuée, au plus haut sommet, au domaine des nanotechnologies pour le développement des Etats-Unis.

La mise en place : 1998 - 2000

Le 1er avril 1998, alors qu’il est directeur de la National Science Foundation, Neal Lane va témoigner devant le House Appropriation Committee [1]. Pendant cette audition, il déclare que si on lui demandait quel domaine de la science est le plus à même de contribuer aux innovations majeures de demain, il répondrait : les nanotechnologies. A son arrivée à l’OSTP en août 1998, il crée un groupe - the Interagency Working Group on NanoScience, Engineering and Technology (IWGN) - animé par Mihail Roco et chargé d’évaluer les possibilités des nanotechnologies. Les activités de ce groupe conduisent à des rencontres avec la Chambre et le Sénat au cours de l’année 1999.

En septembre 1999, suite aux travaux de l’IWGN, un rapport est publié - NanoStructure Science and Technology, A worldwide study - communément appelé désormais "nano 1" [2]. Ce rapport brosse le potentiel des nanotechnologies ainsi que les efforts développés dans le monde en R&D dans ce champ. Les Etats-Unis y apparaissent tantôt en avance, tantôt à égalité et même parfois distancés sur les thématiques clés par rapport à deux concurrents : l’Europe et le Japon. Le message est clair. Les nanotechnologies seront le fer de lance de la nouvelle révolution technologique et a course est lancée. Si les Etats-Unis ne veulent pas manquer le coche, ils doivent se jeter clairement dans la bataille.

En témoin de cette époque, Stan Williams, qui travaille chez Hewlett-Packard, se souvient qu’en 1998, il était "difficile d’obtenir des financements" et que la "communauté des chercheurs du domaine était désespérée". C’est, selon lui, grâce à Roco, Neal et quelques autres qui ont travaillé et lutté sans relâche que les nanotechnologies ont pu prospérer aux USA.

Les agences fédérales et l’Office of Management and Budget valident les conclusions du rapport nano 1. Le PCAST approuve la proposition de créer un programme national pour les nanotechnologies. Le NNI est né. 500 millions de dollars lui sont attribués la première année fiscale du programme (FY2001), le triple de ce qui était alors dépensé pour la R&D en nanotechnologies. Mais à peine mis en place, le NNI va devoir passer son premier test. Les démocrates perdent la présidence fin 2000. "Il est plus simple, d’un point de vue électoraliste, de pouvoir présenter en fin de mandat aux électeurs les résultats positifs de projets novateurs, que de dire que l’action de son administration a consisté à poursuivre ce que l’administration précédente avait créé." pointe Richard Russel, de l’OSTP. Les républicains vont-ils maintenir les efforts ?

L’établissement du programme sur la durée : 2001 - 2003

C’est à présent John Marburger qui remplace Neal Lane. Il est bien conscient, comme il le dit, que les chercheurs "bénéficient d’une opportunité sans précédent d’utiliser des outils qui permette de visualiser et manipuler la matière à l’échelle atomique" et que cela ouvre des possibilités énormes. "Dès le début, il n’y a jamais eu de doute sur le fait de poursuivre le programme". Ce soutien bipartisan est révélateur de l’importance du domaine et de son développement.

Après deux années d’existence, il est temps de faire un bilan et de fournir un cadre réglementaire pour imposer le programme dans la durée. Le Nanotechnology Research and Development Act of 2003 est alors voté et promu. Cette loi entérine le programme, son fonctionnement et son comité de pilotage. Elle impose la mise en place d’un plan stratégique pour les nanotechnologies qui doit être révisé tous les trois ans - 2004, 2007 et 2010 [3] - ainsi qu’une évaluation périodique de l’efficacité du programme [4].

La maturité : 2003 - 2010

Au fil des années, le NNI gagne en importance budgétaire. Pour la FY2011, ce sont près de 1,8 milliards de dollars qui seront investis dans le programme. Apprendre à travailler avec d’autres agences et à coordonner les efforts n’est pas simple. Les agences fonctionnent en "silos". Cette structure n’est à l’origine pas propice à la mise en place des programmes de recherche en nanotechnologie qui se développent souvent aux interfaces et aux frontières disciplinaires. En 2009, le programme survit pourtant une nouvelle fois à un changement d’administration, signe de sa robustesse. John Holdren, le conseiller d’Obama, note d’ailleurs que son prédécesseur à tout fait pour que la transition soit la plus efficace possible. Pour lui, "le NNI garde sa place prioritaire".

En 10 ans, les nanotechnologies sont apparues comme une science transformative, c’est à dire comme un domaine de recherche capable de révolutionner les disciplines existantes, d’en créer de nouvelles, de produire des changements de paradigmes et de conduire au développement de technologies radicalement nouvelles. Elles sont aussi à la source des sciences et technologies convergentes avec les technologies de l’information et les biotechnologies, ce que les américains appellent le triangle d’or [5]. Pour les années à venir, Hodren a donc appelé à passer d’une science transformative à des applications transformatives, à plus de transfert du laboratoire au marché. Il a aussi encouragé les chercheurs à continuer de dépasser les frontières.

A lire également :

Nanotechnology Innovation Summit :

=> Partie 1 - Bilan général
http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/65399.htm

=> Partie 3 - Les agences fédérales dans le NNI, trois exemples
http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/65401.htm

=> Partie 4 - Le succès majeur du NNI : les infrastructures
http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/65402.htm

Source :

Nanotechnology Innovation Summit, Washington DC, 8-10 décembre 2010

Pour en savoir plus, contacts :

[1] Le site internet du Nanotechnology Innovation Summit : http://www.nsti.org/events/NNI/
Code brève
ADIT : 65400

Rédacteur :

Vincent Reillon, deputy-phys.mst@consulfrance-houston.org

Voir en ligne : http://www.bulletins-electroniques….