Nomination du nouveau directeur du CDC

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Le Dr. Robert Redfield a été nommé nouveau directeur du Centers for Disease Control and Prevention (CDC) et succède au Dr. Anne Schuchat. Elle même ayant exercé la fonction de directrice par intérim en raison de la démission du Dr. Brenda Fitzgerald le 31 janvier dernier, à la suite de révélations de conflits d’intérêts faites par le journal Politico . Cette nomination intervient dans un climat médiatique particulièrement tendu après les différents évènements ayant agité le CDC ces derniers mois.

Le Center for Disease Control and Prevention

Fondé en 1942 d’abord sous le nom de Communicable Disease Center, le Center for Disease Control and Prevention (CDC) est une agence fédérale rattachée au Department of Health and Human Services dont le siège se situe à Atlanta, Georgie. Le CDC est en charge des problématiques de santé publique, notamment des maladies infectieuses comme le virus de la grippe, mais aussi récemment d’Ebola et Zika. L’agence fédérale a pour mission de réaliser un travail de suivi, d’approfondissement des connaissances et de sensibilisation de la population. Le CDC a également pour mission de suivre les maladies d’origine non infectieuses comme l’obésité, le diabète ou les effets de comportements à risque comme la consommation de tabac.

Pour agir, le CDC est composé d’un réseau de sept bureaux, tous dédiés à des thématiques différentes :
Center for Global Health (CGH)
National Institute for Occupational Safety and Health (NIOSH)
Office of Infectious Diseases (OID)
Office of Noncommunicable Diseases, Injury and Environmental Health (ONDIEH)
Office for State, Tribal, Local and Territorial Support (OSTLTS)
Office of Public Health Preparedness and Response (OPHPR)
Office of Public Health Scientific Services (OPHSS)
L’agence dispose d’un budget de plus de 7,2 milliards de dollars annuels et emploie plus de 12 000 personnes aux Etats Unis et à travers le monde [1].

Avec l’augmentation des épidémies, la dernière en date étant celle de la grippe (qui n’avait pas atteint un tel niveau depuis presque dix ans) le CDC dispose d’une responsabilité certaine dans la détection, la prévention et le control des épisodes infectieux.

La nomination du Dr. Robert Redfield

Robert Redfield, 18ème directeur du CDC

Le Dr. Robert Redfield, âgé de 66 ans, est un scientifique clinicien et ancien médecin militaire, co-fondateur (avec le Dr. Robert Gallo, codécouvreur du VIH en tant que cause du SIDA) de l’Institute of Human Virology at the University of Maryland School of Medicine et qui a dirigé un large programme de traitement contre le VIH dans le cadre d’un programme financé par le President’s Emergency Plan for AIDS Relief (PEPFAR). Il a également été conseiller de l’ancien Président George W. Bush sur les thématiques du VIH et du SIDA (de 2005 à 2009), et a pris part à différents groupes consultatifs au sein de la National Institutes of Health (NIH). Diplômé de la School of Medecine de la Georgetown University (Washington, D.C), puis chercheur au sein de l’armée, le Dr. Redfield a largement consacré sa carrière aux maladies infectieuses humaine et en particulier le VIH/SIDA, thématique pour laquelle il dispose d’une grande expertise.

Dr. Redfield a également participé à la réponse du Maryland à la crise des opioïdes que connait actuellement les Etats-Unis, notamment à travers le développement de centres de traitement médicalement assistés conformément à ses collègues. “Il a été un leader au sujet de l’épidémie des opioïdes” a déclaré Carlos del Rio, professeur de médecine à Emory University et président du comité scientifique consultatif du PEPFAR, dans lequel le Dr. Redfield est actuellement impliqué. “Aujourd’hui, notre plus gros problème de santé publique est la crise des opioïdes, et nous avons besoin de quelqu’un qui le comprend réellement et qui souhaite y remédier.” [2]

Il a cependant été sujet à différentes critiques par le passé lorsqu’au sein de l’armée il était alors chercheur en chef sur le SIDA. C’est en particulier son soutien au dépistage automatique des militaires durant les années 80 qui lui ont valu certaines controverses, notamment en raison des interdictions d’intégrer l’armée qui ont pu être adressées aux personnes ayant été testées positives. Malgré ces allégations, le Dr. Redfield a déclaré en août 1987 au Congrès qu’il était “Anti-Américain d’exercer des discriminations à l’égard des personnes atteintes du SIDA”.

Certaines critiques sont alors apparues à l’annonce de sa nomination, notamment celle de Sen. Patty Murray (D-Wash), membre de premier plan du Comité au Sénat aux affaires de Health, Education, Labor and Pensions qui a mis en avant dans une lettre adressée à la Maison Blanche, le “manque de qualification dans le domaine de la santé publique et ses anciennes prises de position controversées concernant la prévention et le traitement du VIH/SIDA”. “Son comportement éthiquement et moralement questionnable m’amène à sérieusement questionner la qualification du Dr. Redfiled à être l’avocat en chef du gouvernement fédéral et le porte-parole de la santé publique”. [3]

Du point de vue institutionnel, le Dr. Redfield dispose du soutien d’Alex M. Azar II, secrétaire du ministère américain de la santé et des services sociaux (Health and Human Services Department) a déclaré que le “Dr. Redfield a consacré sa vie à promouvoir la santé publique et à prodiguer des soins avec compassion à ses patient”. M. Azar s’est également dit “Fier de l’accueillir en tant que directeur de la première agence mondiale d’épidémiologie”. [4]

Scott Becker, actuel directeur de l’Association of Public Health Laboratories a déclaré que “Le Dr. Redfiled est un scientifique expérimenté et a une crédibilité scientifique avérée”. Le seul « red flag » est qu’il n’a pas encore dirigé d’institution de cette envergure. “La capacité à être un véritable leader ainsi qu’à passer du temps à Capitol Hill (Congrès) pour sensibiliser les membres du Congrès sur l’importance de l’investissement dans les politiques publiques est très important”. [5]

Un contexte médiatique tendu

La nomination du Dr. Redfield intervient dans un contexte particulier suite aux différents évènements survenus ces derniers mois. En effet, la démission de la précédente directrice du CDC Dr. Brenda Fitzgerald en janvier dernier, en pleine épidémie de grippe aux Etats-Unis, après moins d’un an d’exercice avait déjà mis le CDC sur le devant de la scène médiatique. L’annonce en février dernier d’une proposition d’allégement de 900 millions de dollars du budget de l’agence fédérale pour l’année fiscale 2019 a également soulevé un certain nombre de préoccupations.

Dans un discours inaugural particulièrement marqué par son émotion, le 30 mars dernier, le Dr. Redfield a exprimé l’honneur qu’il éprouvait à diriger cette institution qu’il a qualifié de "(meilleure) agence mondiale reposant sur la science et l’analyse de données." Il a également déclaré "J’ai rêvé de faire cela depuis longtemps". [6] Dans ce discours, Dr. Redfield a également exprimé sa volonté de faire valoir l’importance de la recherche et de la science comme socle aux politiques de santé publique en déclarant notamment que la crédibilité du CDC au niveau mondial résidait dans cette approche scientifique. Il a également abordé l’importance des programmes de vaccination dans la lutte contre les épidémies, illustrée par ses expériences passées en tant que médecin militaire. Enfin, il a qualifié l’épidémie liée aux opïoides frappant actuellement les Etats-Unis de "Crise de santé publique de notre époque". Il indique qu’il est actuellement difficile pour les patients atteints d’addiction à ces substances, d’avoir accès à des soins et qu’il est necessaire de simplifier cette prise en charge. Le Dr. Redfield n’a cependant pas réellement répondu aux controverses sur ses prises de position passées concernant les politiques de lutte contre le VIH/SIDA. Il s’est montré favorable aux méthodes et prévention et a déclaré "Je n’ai jamais été une personne prônant uniquement l’abstinence. Je crois en chaque mesure pour laquelle nous avons des preuves scientifiques, notamment les préservatifs."

La nomination du Dr. Redfield ne faisant pas actuellement l’unanimité, il devra donc relever un certain nombre de défis dans ses nouvelles fonctions et démontrer sa capacité à diriger l’institution fédérale d’Atlanta.


Rédacteur
- Jordan Peyret, Attaché adjoint pour la Science et la Technologie, Consulat Général de France à Atlanta, deputy-univ@ambascience-usa.org