Etats-Unis Espace n°478

, Partager

Le budget spatial militaire US enfin adopté

PNG - 27.3 ko
Le Président Américain Barack Obama au Pentagone

Le 31 décembre dernier, le Président Obama a finalement signé le budget du département de la Défense (DoD) américain, appelé Defense Appropriation Act (DAA). Cette signature met fin à des semaines d’intenses tractations entre la Chambre des Représentants et le Sénat. Ce DAA correspond à la loi sur le budget du DoD pour l’année fiscale 2012 (FY 2012), qui court jusqu’au mois de septembre. Alors que la lettre précédente avait donné un rapide aperçu des tendances qui semblaient se dégager dans le domaine du spatial militaire suite au vote du National Defense Authorization Act (NDAA) par les deux Chambres (cf. Lettre Etats-Unis Espace n°476), l’article qui suit donne une vue plus détaillée de l’accord final.

Si la Maison Blanche avait initialement requis en février dernier 12,288 Mds de dollars pour financer les programmes militaires spatiaux (non classifiés), le DAA n’accorde « que » 11,554 Mds de dollars, soit une amputation de 734 millions. Cette baisse est notamment due à l’annulation du programme de satellite météo DWSS (cf. infra), le reste venant de multiples coupures moins importantes. On observe néanmoins une hausse de 206 millions de dollars comparé au NDAA.

Sur les sept programmes majeurs qui étaient soumis au vote du Congrès, cinq s’en sortent relativement indemnes (Global Positioning System, Space Based Infrared System, Mobile User Objective System, Advanced Extremely High Frequency et Evolved Expendable Launch Vehicle), un se voit attribuer près du double des fonds demandés (Wideband Global SATCOM System), tandis qu’un dernier est finalement annulé (Defense Weather Satellite System).

Ci-dessous, un résumé de chaque programme et des sommes qui leur ont été allouées.

Global Positioning System (GPS Block IIF & III)

PNG - 28.3 ko
Vue d’artiste d’un satellite GPS III

Mondialement connu, le système de positionnement par satellite américain en est désormais à sa troisième version, bien que la deuxième soit toujours en court de déploiement (GPS Block IIF). Le lancement du premier satellite de la troisième génération est toujours prévu pour 2014, selon l’US Air Force, qui mettra en œuvre le système.

Si le Président Obama avait requis 1,462 Mds de dollars, le Congrès alloue 1,473 Mds de dollars. Une partie des fonds demandés sera redistribuée, notamment en enlevant 29 millions au GPS III pour les donner au GPS IIF. Le budget de la FY 2012 permet toutefois l’achat des deux premiers satellites du GPS IIIA et des pièces à long délai de livraison, ainsi que la poursuite du financement en RDT&E (Research, Development, Test & Evaluation) pour les futures sous-variantes. Le GPS IIF voit son financement assuré afin de poursuivre la mise en orbite des satellites, permettant la transition vers le GPS III.

Space Based Infrared System High (SBIRS)

Le SBIRS est un système d’alerte spatiale avancée destiné à remplacer le Defense Support Program (DSP) débuté au début des années 70. SBIRS aura quatre missions, l’alerte antimissile (MW Missile Warning), la défense antimissile (MD Missile Defense), la surveillance des champs de bataille (BA Battlefield Awarness) et le renseignement technique (TI Technical intelligence). Il aura une plus grande sensibilité que la constellation DSP tout en ayant un temps de revisite plus court. La nouvelle constellation aura deux composantes, la première étant composée de cinq satellites (peut être plus) en orbite géosynchrone (GEO) dotés de deux capteurs infrarouges. La deuxième composante est constituée de trois charges utiles qui sont ou seront embarquées sur des satellites en orbite polaire fortement elliptiques dont la mission principale est classifiée. Ces dernières charges sont spécifiquement dédiées à la détection de tir de SLBM (missiles balistiques tirés depuis des sous-marins) dans la région arctique.

Pour ce programme, le Congrès a suivi la requête présidentielle de 995,2 millions de dollars, qui serviront au financement de GEO-5 et à la poursuite de l’intégration et de l’assemblage de GEO-2. Les fonds permettront également la poursuite des tests des charges HEO-1 et 2 actuellement en orbite (date de lancement classifiée), et du satellite GEO-1, lancé le 7 mai dernier.

Mobile User Objective System (MUOS)

Ce programme de satellites de communications militaires (MILSATCOM) en bande étroite permettra de donner aux forces armées américaines une couverture globale et multiservices, avec des capacités augmentées de plus d’un facteur 10 comparées à celle des huit satellites de la génération précédente (programme UFO). L’accès à la bande étroite pour les petits terminaux sera également nettement amélioré.

Le DAA récemment voté accorde 482,4 millions de dollars à MUOS, suivant ainsi la requête de l’administration Obama. Ces fonds permettront l’assemblage et le lancement du deuxième satellite de la constellation, ainsi que l’achat du lanceur EELV nécessaire au quatrième satellite (bien que cela semble redondant avec le poste « EELV »), tout en continuant le financement des améliorations du système.

Advanced Extremely High Frequency (AEHF)

Ce programme de MILSATCOM est mené en coopération avec le Royaume-Uni, le Canada et les Pays-Bas. Il permettra des communications tactiques et stratégiques particulièrement résistantes aux brouillages, avec un haut niveau de sécurité (cryptographie) et de protection pour les opérations militaires hautement prioritaires en ambiance nucléaire. Le système assurera un service 24h/24 entre 65° Nord et 65° Sud de latitude pour les terminaux terrestres, marins, sous-marins et aériens. Il remplacera les satellites Milstars avec là encore une capacité augmentée d’un facteur 10.

Pour la FY 2012, AEHF reçoit 954,5 millions de dollars, soit 20 millions de moins que la requête présidentielle. Cette baisse est due à un manque de justification et à une requête jugée excessive en termes de RDT&E. Une partie des fonds alloués serviront à continuer les tests sur le premier satellite (SV-1) mis en orbite en 2010 et à préparer le SV-2 pour son lancement et ses opérations en orbite. Une autre partie servira également à corriger les obsolescences détectées afin de les implémenter sur les prochains satellites, notamment en cryptologie et en protection contre les radiations.

Wideband Global SATCOM System (WGS)

Dernier programme de MILSATCOM concerné par la FY 2012, WGS permettra aux responsables militaires US d’exercer leur commandement et le contrôle de leurs forces à un niveau tactique. Le système fournira une grande connectivité, et est spécifiquement conçu pour la transmission d’images haute définition et pour la vidéo en direct. Cette capacité est rendue nécessaire par la prolifération des drones au sein de l’armée américaine. Les satellites fonctionneront en bande X et en bande Ka, cette dernière étant bi-directionnelle, contrairement au Global Broadcast Service qu’ils remplaceront.

Alors que l’exécutif avait requis 481,5 millions de dollars, c’est près du double qui aura été accordé lors du DAA, avec une augmentation de 326 millions. Cet excédent provient d’un transfert de fonds entre le programme Defense Information System Network vers le WGS. En effet, le premier était chargé de louer des capacités en bande Ka sur des satellites commerciaux. Le DoD a cependant jugé plus opportun d’acquérir un satellite en plus. Les 807 millions serviront donc à financer l’achat des satellites 8 et 9 ainsi qu’à préparer le lancement des satellites 4 (lancement le 19 janvier) et 5 (janvier 2013), qui seront les premiers exemplaires du Block 2. On peut noter qu’un dixième satellite va être acheté par les partenaires internationaux du programme (Canada, Danemark, Luxembourg, Pays-Bas, Nouvelle Zélande).

Defense Weather Satellite System (DWSS)

Initié l’an dernier par la Maison Blanche après l’arrêt du programme dual National Polar-orbiting Environmental Satellite System (NPOESS), le DWSS devait être le prochain système de satellite de météorologie militaire. En plus des missions classiques de ce genre de satellites (analyse des masses nuageuses, température, analyse des sols, mesure de l’albédo, …), ce système devait également permettre d’établir la météo spatiale, c’est-à-dire de détecter les niveaux de radiations et de particules chargées présentes dans les hautes strates de l’atmosphère, mission nécessaire non seulement pour les forces conventionnelles(communication),mais également d’importance stratégique pour les forces nucléaires.

Cependant, ce programme était fortement critiqué par le Sénat, qui a fini par obtenir son annulation, citant un manque d’urgence opérationnelle. Ceci permet d’économiser 277 millions de dollars sur le budget. Le DAA prévoit néanmoins d’allouer 125 millions de dollars pour la poursuite des activités de météorologie spatiale.

Evolved Expendable Launch Vehicle (EELV)

PNG - 97.2 ko
lancement d’une Delta IV Heavy, un des lanceurs du programme EELV

Ce programme, débuté en 1996, est destiné à améliorer l’accès à l’Espace des forces armées américaines à l’aide de lanceurs moins coûteux et plus sûrs. EELV repose sur deux types de lanceurs fournis par le consortium United Launch Alliance, la Delta IV de Boeing et l’Atlas V de Lockheed Martin. L’objectif d’EELV était de réduire de 25% les coûts comparés aux lanceurs de la génération précédente.

Pour la FY 2012, le programme a reçu 1,723 Mds de dollars, 37 millions de moins que la requête présidentielle. Cette baisse est due, selon les Représentants, à une surestimation des coûts du programme. Une part des fonds alloués (15 millions de dollars) permettront de financer différents programmes d’amélioration des systèmes existants, parmi lesquels la modernisation du moteur RS-68 équipant le lanceur Delta IV, ou encore l’ajout et la certification d’un traqueur GPS sur les lanceurs. L’autre part, la plus importante (1,708 Mds de dollars), servira à assurer les opérations de lancements prévus cette année, ainsi qu’à l’achat de quatre lanceurs pour l’année 2014.

Le Commercial Crew sous pression budgétaire

PNG - 33.5 ko
logo de la NASA pour le CCdev

Alors que la NASA s’attendait à recevoir cette année une enveloppe budgétaire de 850 millions de dollars pour financer son programme de vols habités en orbite basse, le Congrès ne lui a accordé que 406 millions de dollars. Ce programme appelé le CCDev (Commercial Crew Development) a débuté en 2009, et a depuis représenté 365.5 millions de dollars au travers de ses deux phases : CCDev 1 et CCDev 2. Il consiste dans la prise en charge par le secteur privé du retour autonome des astronautes américains à l’orbite basse et à la Station Spatiale Internationale.

Des ambitions revues à la baisse

Avec la somme attendue (à savoir 850 millions de dollars) la NASA souhaitait lancer la troisième étape du programme, le CCIDC (Commercial Crew Integrated Design Contract) : un contrat à prix fixe de 21 mois qui devait se solder par la vérification complète des systèmes d’au moins deux des compétiteurs pour la production.

Malheureusement, l’Agence Spatiale Américaine a annoncé le 15 décembre dernier que compte tenu des restrictions budgétaires, elle s’est vue contrainte de passer par un autre type de contrat financé par ce que l’on appelle le Space Act Agreement. Contrairement aux contrats gouvernementaux traditionnels, il n’est pas soumis à la Federal Acquisition Regulation. Cela se traduit concrètement par une réduction du coût du contrat mais en contre partie par le fait que la NASA ne pourra plus manager le développement et la fabrication des systèmes.

Un pari risqué

Cela représente un risque, non seulement pour la NASA, qui n’est pas sûre d’obtenir à la fin du développement ce qu’elle attendait mais aussi pour les différentes industries (Space X, ULA, Sierra Nevada et Boeing) qui investissent sans savoir si elles auront nécessairement des parts de marché.

Toutefois, comme prévu, au terme de cette troisième étape, seulement deux des quatre compétiteurs pourront bénéficier de la nouvelle étape, qu’Ed Mango qualifie de bien plus importante que la phase de pure conception des éléments (CCDev 1 et 2).

Nous attendons pour début février la conférence publique d’officialisation de la troisième phase de l’appel d’offre.

En Bref…Space X repousse le lancement de sa capsule Dragon

PNG - 46.5 ko
Vue d’artiste d’une capsule Dragon de Space X

Ce lundi 16 janvier, la porte parole de Space Transportation Technologies (Space X) a annoncé le report du lancement de sa capsule Dragon, qui était à l’origine prévu pour le 7 février. Elle devra remplir pour la première fois une mission de ravitaillement de la Station Spatiale Internationale.

Par mesure de sécurité, Space X a souhaité se donner un peu plus de temps pour optimiser la sécurité et les chances de succès de la mission.

La réussite du lancement permettrait en effet à Dragon d’être une des capsules dédiées au transport de cargo vers l’ISS, avec l’ATV européen et l’HTV japonais. Il faut par ailleurs noter que dans le cadre de l’appel d’offre CCDev, la réussite de ce lancement est cruciale. Space X développe un dérivé de sa capsule Dragon destiné au transport d’équipages vers l’orbite basse et qui déjà a été financé par les deux dernières éditions du CCDev ; un échec pourrait porter préjudice à la compagnie… En outre, aucune nouvelle date de lancement n’a été communiquée.