Nouvelles stratégies de lutte contre les moustiques pour vaincre Zika

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Oxitec, un laboratoire britannique, a suggéré de recourir à des moustiques génétiquement modifiés afin de lutter contre la propagation du virus Zika. Cette proposition, si elle suscite l’inquiétude des populations concernées, est très sérieusement étudiée par les autorités américaines et notamment la FDA.

Zika : un virus en expansion

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Aedes aegypti adulte en train de se nourrir.
Photo de Paul Howell et Frank Hadley Collins, Center for Disease Control Public Health Image Library

Le virus Zika est connu depuis les années 1950. Originaire d’Afrique, il sévissait alors sur une étroite bande équatoriale à travers l’Afrique et l’Asie, transmis par les piqûres des moustiques Aedes aegypti (également responsable de la propagation de la dengue et du chikungunya). Aucun traitement ou vaccin n’existe actuellement, ce virus n’étant jusqu’à récemment pas considéré comme préoccupant, surtout comparé à d’autres maladies infectieuses. En effet, seule une personne sur cinq développe les symptômes (fièvre, rougeur, conjonctivite, douleurs musculaires et articulaires), qui se résorbent naturellement en quelques jours.

Bien que la preuve n’en ait pas encore été apportée, le virus Zika pourrait avoir des conséquences néfastes pour les femmes enceintes, le nombre de fausses couches et les cas de microcéphalie étant plus élevés dans les zones touchées. Certaines épidémies de Zika se seraient aussi accompagnées d’une augmentation des occurrences du syndrome neurologique de Guillain-Barré, sans qu’une relation de causalité puisse être démontrée. Ce syndrome entraîne un affaiblissement musculaire pouvant aller jusqu’à la paralysie ou la mort. (Voir ici pour plus d’informations sur l’état de la recherche sur le virus Zika aux Etats Unis).

La zone où sévit le virus s’est étendue au cours des dernières années, le moustique responsable de sa transmission ayant colonisé de nouveaux territoires en Afrique, mais aussi aux Amériques, possiblement sous l’effet du réchauffement climatique. Des foyers sont apparus au Brésil, poussant le gouvernement à entamer des campagnes de prévention et d’éradication de ses sites de ponte favoris. Ces efforts n’ont cependant pas porté leurs fruits, notamment parce que cette espèce de moustique n’a pas besoin de grandes étendues d’eau pour déposer ses œufs : un gobelet en plastique ou un pneu abandonné peut lui suffire.

De nouvelles approches ?

Par le passé, la lutte contre les moustiques ou d’autres espèces d’insectes considérés comme nuisible passait par l’épandage massif d’insecticide (notamment de DDT- dichloro-diphenyl-trichloroethane) sur les habitats de ces espèces. Cette méthode a montré non seulement ses limites (certains individus y sont résistants et se reproduisent), mais aussi ses conséquences désastreuses sur l’environnement (elle n’est pas sélective et touche de nombreuses espèces) et la santé humaine (cancers, baisse de la fertilité, fausses couches,…).

Cependant, en l’absence de traitement, la seule solution est de s’attaquer au vecteur de transmission du virus : le moustique. Dans ce but, Oxitec a créé des Aedes aegypti mâles génétiquement modifiés afin que leur descendance soit incapable d’atteindre l’âge adulte en dehors d’un laboratoire. Les moustiques mâles ne se nourrissant pas de sang, ils ne pourront pas transmettre le virus, mais contribueront à réduire la population de moustiques. Oxitec a réalisé des tests sur le terrain et déployé environ 35 millions de moustiques génétiquement modifiés au Brésil, conduisant à une réduction d’environ 80% du nombre de larves sur la zone où a eu lieu l’expérience.

Ce succès, qui doit encore être reproduit sur une plus grande échelle, a poussé Oxitec à proposer sa solution aux autorités de Floride, où le virus Zika a été désigné comme un problème de santé publique prioritaire, malgré le fait que le virus n’y soit pas endémique.

Une autre approche, actuellement à l’étude, repose sur la technique CRISPR/Cas9, à laquelle nous avions consacré un article, et qui permet de presque garantir la transmission d’un gène modifié au cours de la reproduction avec des individus sauvages. Cela pourrait, en théorie, permettre de répandre dans la population d’Aedes aegypti une résistance à Zika ou une impossibilité de transmettre le virus grâce à la permanence du gène modifié au sein des générations suivantes. De façon plus radicale si le gène modifié ne permet de produire que des descendants mâles ceci entrainerait l’extinction de l’espèce et ainsi le vecteur de la maladie.

Il faut rester cependant prudent quant aux perspectives d’utilisation de cette technique, la recherche n’est pas aujourd’hui en mesure de d’introduire de tels gènes modifiés et de s’assurer de leur transmission sur plusieurs générations. Il faudrait aussi être en mesure de prévoir un mécanisme permettant d’arrêter le processus si quelque chose ne devait pas fonctionner comme prévu. Les prédictions les plus optimistes indiquent que cette méthode pourrait émerger dans 3 à 5 ans, rendant son utilisation impossible pour la crise actuelle.

Inquiétudes au sein de la population concernant l’utilisation des moustiques de la firme Oxitec

En Floride, la perspective de voir des moustiques génétiquement modifiés être utilisés sur le territoire soulève des inquiétudes. Une pétition sur Change.org a recueilli environ 161 000 signatures. Les principales craintes des riverains portent sur les conséquences néfastes de l’introduction d’organismes génétiquement modifiés dans l’environnement et notamment la possibilité que ces moustiques, finissent par devenir plus résistant aux insecticides et aux méthodes de lutte traditionnelles. D’autre part, si les moustiques génétiquement modifiés ne sont normalement pas en mesure de donner naissance à une progéniture viable, il est théoriquement possible qu’en présence de tetracycline, un antibiotique massivement utilisé par l’industrie bovine américaine, la descendance des moustiques génétiquement modifiés soit capable de survivre malgré tout.

Les conséquences sur les populations locales de chauve-souris sont également évoquées : ces dernières ingurgitant plus de moustiques que n’importe quelle autre espèce, les riverains craignent à la fois que la disparition des A. aegypti ne provoque une famine chez les chauves-souris, mais aussi que ces OGM soient toxiques pour les rongeurs volants. Une autre crainte porte sur le remplacement des Aedes aegypti par une autre espèce, le moustique tigre d’Asie (Aedes albopictus), déjà présent en Floride et vecteur des mêmes maladies.

Oxitec souhaite faire un test d’investigation avec des moustiques génétiquement modifié dans les Keys (Floride) et a produit un rapport d’évaluation des impacts environnementaux afin d’obtenir l’autorisation auprès de la FDA. L’agence a étudié et validé ce rapport qui affirme ne pas trouver d’impacts significatifs de cet essai sur l’environnement et les écosystèmes. Pour la firme britannique, les oppositions à ce projet sont avant tout liées à la mauvaise image des OGM, plantes ou animaux, auprès de la population.

Les habitants de Floride ont 30 jours, depuis mi-mars 2016, pour soumettre leurs commentaires à ce rapport d’évaluation, la compagnie espère pourvoir commencer son expérience dans le courant de l’année 2016.


Sources :
- Rapport préliminaire de la FDA sur l’introduction de moustiques OGM en Floride, mars 2016
- Susan Milius, “FDA predicts no significant environmental impact from GM Mosquitoes”, Science News, 11 mars 2016
- Reuters, “FDA says engineered anti-Zika mosquitoes environmentally safe (11 march 2016)”, Reuters, 14 mars 2016
- Associated Press, “Things To Know About GMO Mosquitoe Test Proposed In Florida”, Health News Florida, 15 mars 2016
- Heidi Ledford, “Sterile moths wipe out cotton pest”, Nature, 7 novembre 2010
- Brad Plumer, “The unsexy truth about how to kill off mosquitoes and stop the Zika virus”, Vox, 7 février 2016

Rédacteurs :
- Julien Collard, Stagiaire pour la Science et la Technologie : julien.collard@ambascience-usa.org
- Clément Lefort, attaché adjoint pour la Science et la Technologie : deputy-envt@ambascience-usa.org