Offshore Technology Conference 2016

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La 48ème édition de l’Offshore Technology Conference (OTC), qui s’est tenue comme tous les ans à Houston, Texas, du 2 au 5 mai 2016 a attiré plus de 68.000 visiteurs venus de 120 pays. Les grands thèmes de l’édition 2016 d’OTC furent la recherche de gains de productivité et la gestion des risques environnementaux, dans un contexte de réduction accrue des budgets en raison d’un cours du baril de pétrole particulièrement bas.

Le contexte actuel n’étant pas très favorable, les compagnies pétrolières ont pour ainsi dire arrêté toutes leurs activités de forage – la partie la plus chère et la plus risquée – pour se concentrer sur l’amélioration de la productivité des puits déjà existants. Peut-être contre intuitivement, cette situation est propice à l’innovation et à l’introduction de nouvelles technologies dans une industrie très conservatrice. En effet, tant que le prix du baril de pétrole était supérieur à 100 dollars, la motivation pour implémenter de nouvelles idées dans un circuit rapportant énormément d’argent restait assez faible. Maintenant que le baril est d’environ 40 dollars et qu’il faut augmenter la productivité, l’introduction des innovations parait plus séduisante, voire vitale.

Par ailleurs, sans doute en raison de la marée noire de 2010 provoquée dans le golfe du Mexique par l’explosion et l’incendie d’une plate-forme pétrolière Deepwater Horizon, l’OTC 2016 marque un regain d’intérêt dans la prise en compte de la préservation de l’environnement et dans la gestion des risques humains. Ce regain d’intérêt s’accompagne également de l’arrivée sur le marché de nouvelles innovations et technologies.

Qu’est-ce que l’Offshore Technology Conference (OTC) ?

L’Offshore Technology Conference (OTC) est une conférence doublée d’un salon professionnel à caractère à la fois technologique et commercial où les spécialistes de l’énergie échangent notamment sur l’avancement des connaissances scientifiques et techniques concernant l’exploration-production réalisée en mer (notamment l’éolien offshore et les plates-formes pétrolières).

Cet événement phare de l’industrie pétrolière et gazière offshore se tient tous les ans depuis 1969. Il avait été, ces dernières années, le plus grand rassemblement mondial de professionnels du pétrole et du gaz. OTC a été classée parmi les 200 plus grands salons organisés aux États-Unis et parmi les 10 plus grands événements en termes de fréquentation.

On notera qu’OTC a développé trois répliques de la conférence mère, à savoir, la Conférence Arctic Technology, OTC Brasil et OTC Asie [1].

Quels ont été les grands thèmes développés dans la partie « conférences » d’OTC 2016 ?

L’édition 2016 de l’OTC s’est organisée autour de 11 tables-rondes, 24 présentations thématiques et plus de 325 présentations de papiers techniques. Des intervenants d’entreprises pétrolières internationales et nationales, des représentants de gouvernements fédéraux et régionaux, ainsi que des universitaires ont présenté leurs points de vue sur une grande variété de sujets.

Trois grands thèmes se sont dégagés des conférences :

Technologies permettant l’amélioration de la productivité

Plusieurs sessions ont évoqué les nouvelles technologies qui permettent de réduire les coûts pour les opérateurs afin d’améliorer la rentabilité alors que le prix du baril conduit à des reports de projets, à des coupes sombres sur les nouveaux projets d’exploration-production (E&P) maintenus et à une baisse des dépenses sur les projets en opération. Le gain de productivité passe aussi par une meilleure qualité des équipements pour les rendre plus résistants aux conditions extrêmes de température et de pression. Ainsi, plus la durée de vie de ces équipements est longue, moins la maintenance est nécessaire (moins de temps d’arrêt) ce qui, par ricochet, permet une production en augmentation. Dans ce contexte, les matériaux innovants sont toujours sources de progrès.

Pour citer quelques exemples :

  • Les perfluoroélastomères développés par AGC Chemicals Americas Inc. servent à fabriquer des joints d’étanchéité qui résistent à la chaleur extrême générée dans les équipements de l’industrie offshore. Leur structure chimique est dérivée du tétrafluoroéthylène (TFE) et du perfluorométhylvinyléther (PMVE).
  • De son côté, PEI-Genesis, reconnu mondialement pour ses connecteurs et assemblages de câbles de précision, a dévoilé son tout nouveau revêtement à base de Zinc-Nickel. Conforme aux directives européennes REACH et RoHS, hautement résistant à la corrosion et stable entre -65°C et 200°C.
  • Les pipelines eux-mêmes se transforment par l’innovation, avec l’utilisation de plus en plus répandue de matériaux composites. Les fibres constituant le renfort sont intégrées dans la matrice composite et non pas « enroulées » autour du revêtement du pipeline comme dans le cas des thermoplastiques renforcés utilisés jusqu’à présent. En résulte un tube avec une paroi plus solide, opérant sur une plus large plage de température, moins cassant, plus flexible et également plus résistant à l’effondrement sous pression et à la corrosion.
  • Baker Huges a également présenté un inhibiteur d’asphaltène pour lutter contre l’agrégation de ces molécules, ce qui peut immobiliser les installations de production amont et aval en bloquant les pores des réservoirs et en formant des dépôts dans les canalisations de production, les pompes et les installations aval. La substance chimique développée peut être injectée à faibles doses, de 100 ppm à 1000 ppm, ce qui simplifie la logistique d’approvisionnement.

Technologies compatibles avec les besoins de sécurité

Alors que les budgets d’E&P sont à la baisse, la sécurité et le respect de l’environnement risquent de pâtir des mesures d’austérité prises par les opérateurs qui réduisent leur présence humaine sur les plates-formes voire mettent sous cocon certains puits. La question de la conciliation entre amélioration de la productivité et niveau de sécurité satisfaisant (notamment en matière de risque environnemental), qui préoccupe particulièrement les opérateurs, a ainsi été abordée dans plusieurs tables-rondes et présentations thématiques.

L’utilisation des plateformes pétrolières sans personnel pour des installations en eau peu profonde (de 35m à 70m) a notamment été mise en valeur par une étude norvégienne [2]. Tout y est entièrement contrôlé à distance depuis une base arrière. Il est intéressant de noter l’ascension fulgurante de la science des données (data science) dans cette industrie. Certains intervenants lui prédisent un grand avenir, notamment dans le traitement des données géologiques, dans l’automatisation et d’informatisation des processus de forage (pour réduire le nombre d’opérations d’exploration), dans l’utilisation de la technologie RFID pour assurer un suivi précis des tiges de forage, ou dans la simulation des plateformes de forage (pour la formation des ouvriers).

Un autre exemple innovant dans le domaine de la surveillance vient de la société Cybernetix, filiale du groupe Technip. Celle-ci a présenté son système PipeLIDS qui assure la détection et la localisation immédiate de fuites et de chocs sur des conduits transportant des fluides « à risques » : gaz de nature chimique ou pétrochimique. Grâce à des hydrophones et un traitement de données approprié, ce système utilise la détection acoustique du bruit, généré par les chocs ou fuites, qui se propage très rapidement dans les deux directions de la canalisation et sur de longues distances. Il mesure l’amplitude et le déphasage temporel de l’onde acoustique.

Focus sur les opportunités d’E&P au Mexique

Concernant les opportunités d’E&P dans les nouveaux marchés émergents, on notera en particulier plusieurs séances qui ont porté sur les développements au Mexique depuis l’adoption de la réforme constitutionnelle et le nouveau cadre législatif institué dans ce pays depuis l’été 2014.

La partie mexicaine rappelait tout d’abord que l’ouverture de l’industrie du pétrole et du gaz au secteur privé offre des possibilités pour les sociétés d’E&P du reste du monde. Puis elle a insisté sur la présence au Mexique de nombreux partenaires industriels susceptibles de collaborer technologiquement avec d’autres partenaires internationaux.

Le succès d’OTC 2016 : les événements parallèles à la conférence

En marge de l’événement principal d’OTC, plusieurs rencontres parallèles ont mis en avant la coopération entre universités et entreprises dans le domaine de l’enseignement et de la recherche.

Enseignement

Dans le cadre de la valorisation de l’enseignement lié à l’énergie offshore, un espace d’activités a été créé : le « Energy Education Institute ». Les ateliers proposés par cet institut ont été suivis par une centaine d’enseignants de la région de Houston et deux cents étudiants. Les enseignants et les élèves participants ont appris les concepts scientifiques de l’énergie et son importance d’une façon amusante et instructive.

Au-delà de cet Energy Education Institute, l’une des nouveautés de la conférence de cette année résidait dans les cours de formation à destination des professionnels, qui ont eu lieu en amont de l’évènement OTC les 30 avril et 1er mai au George R. Brown Convention Center [3]. Les cours ont été organisés par plusieurs sponsors d’OTC et portaient sur la conception, la construction et le contrôle qualité des fondations profondes des infrastructures, les technologies et la production sous-marine, le forage en eau profonde et les technologies de production, ainsi que la géologie du pétrole pour les ingénieurs.

Recherche

Le University R&D Showcase de OTC 2016 a mis en vitrine des projets d’universités des États-Unis, d’Allemagne, du Nigeria et du Japon. Certains projets portaient sur l’utilisation de différents types de drones permettant de faire de l’anticipation des vagues ou des contrôles de sécurité, d’autres portaient sur des nouveaux revêtements permettant d’améliorer l’efficacité des mèches de forage, d’autres enfin se concentraient sur le réétalonnage des données de forage de tous les grands bassins océaniques.

D’autre part, pour la deuxième année consécutive, OTC a également accueilli le Rice Alliance Startup Roundup, amenant 50 sociétés émergentes à se réunir en tête-à-tête avec les investisseurs. Ce fut une excellente occasion pour les participants à l’OTC d’en apprendre davantage au sujet de ces start-ups, de créer des partenariats, voire même d’investir.

Baisse de fréquentation d’OTC 2016, mais maintien de l’attraction de l’évènement pour les exposants

OTC 2016 a connu une forte baisse d’affluence avec 68.000 visiteurs contre 95.000 en 2015 et 108.000 en 2014. Il s’agit du plus mauvais taux d’affluence depuis l’année 2000. Les exposants cités par les médias notaient que l’afflux de chômeurs et d’étudiants représentaient environ 1/3 des visiteurs, soit une forte croissance par rapport aux dernières années.
Cependant, OTC regroupait cette année 2.600 exposants venant de 47 pays, contre 37 pays l’année dernière. Près de 300 exposants étaient à Houston pour la première fois et les entreprises non-américaines représentaient 51 % des stands de l’espace d’exposition.

Interrogées sur la raison pour laquelle le nombre de sociétés présentes à OTC augmentait, celles-ci répondaient qu’avoir accès à OTC était difficile et qu’il était plus facile pour elles d’avoir leur ticket d’entrée dans cette manifestation en période de crise qu’en temps normal. Inversement, d’autres entreprises présentes au cours des dernières années qui avaient envisagé de ne pas être présentes à l’édition 2016 en raison de la conjoncture renonçaient à cette idée par crainte d’être déréférencées de l’OTC en période d’amélioration de la conjoncture pétrolière (ce qui finira par arriver comme l’a laissé entendre le directeur général de BP Upstream, M. Bernard Looney, lors de son discours à OTC 2016).

On pouvait compter 30 entreprises françaises au sein du pavillon français organisé par le GEP-AFTP [4], contre 79 pour celui de l’Allemagne (généralement des sociétés de micromécanique de précision) et 52 pour celui du Royaume-Uni.

OTC 2017 aura lieu du 1er à 4 mai 2017 au NRG Park.


Rédacteur :

- Robin Faideau, Attaché adjoint pour la Science et la Technologie, Houston, robin.faideau@ambascience-usa.org