Open access : la révolution de la publication scientifique

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A la suite d’un meeting regroupant les ministères européens de la science, de la recherche, de l’innovation, du commerce et de l’industrie, le Competitiveness Council a annoncé sa volonté de rendre l’accès aux publications scientifiques européennes libre d’accès d’ici à 2020 [1]. Cet engagement s’inscrit dans un courant plus global, qui a aussi pris ses racines de l’autre côté de l’océan Atlantique.

Aux États-Unis, l’Open Science, et en particulier l’aspect Open access, mobilise aussi les chercheurs du domaine de la médecine et des sciences de la vie. Inspirés par des figures de pointe – tel Carol Greider, lauréate du Prix Nobel en physiologie et médecine en 2009, ils sont de plus en plus nombreux à poster leur preprint en libre accès en ligne.

Ainsi, la plateforme d’archives gratuite en ligne de preprints BioRxiv, créée en 2013, gagne en popularité et a déjà publié près de 4 500 publications [2]. Autre exemple contestataire, Alexandra Elbakyan dénommée « Robin des Bois de la Science » et chercheuse originaire du Kazakhstan, hacke les publications officielles et les divulgue sur le site libre Sci-Hub [3]. Elle est inlassablement traquée par les plus grandes maisons d’édition [4].

Ce mouvement « rebelle » [5] est devenu difficile à ignorer et ses partisans forment une communauté très présente sur la twittosphère américaine. Rassemblés sous le hashtag #ASAPbio, ils appellent leurs confrères de la recherche biomédicale à remettre en question le dogme du peer-to-peer review et du procédé de publication dans les grandes revues à comité de lecture.

Selon eux, modifier ce processus accélérait grandement le progrès scientifique. Il est vrai que le temps moyen d’acceptation d’un papier après soumission est d’une centaine de jours (s’il est accepté), un retard encore plus important dans les journaux aux impacts factor les plus élevés [6]. A cause de ce délai, les chercheurs ne sont pas en mesure de présenter immédiatement leurs travaux aux industries pharmaceutiques et biotechs ce qui impacte, non seulement leurs financements, mais aussi les retombées potentiellement bénéfiques pour la santé publique. L’argument économique vise aussi les universités qui payent très chers l’accès aux revues scientifiques.

Par ailleurs, le principe même de peer-to-peer review est remis en cause. L’évaluation par les pairs, systématique dans la grande majorité des revues, suppose la mise en place d’un comité anonyme d’experts objectifs qui critique et revoit les papiers soumis. Cependant, cette règle d’objectivité ne serait pas toujours respectée avec rigueur, et cela sème le doute sur la crédibilité de certains articles [7].Cette imperfection du système est d’autant plus dommageable car il ne permet pas de corriger un papier déjà paru. L’une des ses conséquences est la persistance d’une « littérature zombie », composée d’études inexactes voire non reproductibles dans les bibliothèques de référence [8]. La mise à disposition en libre accès pourrait éluder cette problématique en autorisant les scientifiques à commenter online les publications.

L’Open access rencontrait encore récemment une forte opposition de la part des revues et des instances officielles mais celles-ci tendent à revoir leur position. Les dernières crises sanitaires, en particulier l’épidémie Ebola 2014 et plus récemment la crise Zika, ont souligné l’importance d’une communication rapide des résultats de recherche pour pouvoir répondre au plus vite aux menaces pour la santé publique mondiale. L’appel au partage des données lancé par certains journaux, instituts fédéraux et ONG pendant l’épidémie du virus Zika a marqué une première étape dans l’évolution des mentalités [9]. L’Open Science est encore loin d’être acquise et nécessitera une révision scientifique, économique et législative profonde du système actuel. Aux Etats-Unis, la réflexion sur le sujet est déjà lancée, portée par une communauté scientifique proactive et le gouvernement qui, à l’image de la politique de libre accès du NIH [10] [11], compte bien mettre à profit ce dynamisme.


Rédacteur :
- Gabrielle Mérite, Attachée adjointe pour la Science et la Technologie, Consulat Général de France à Los Angeles, deputy-sdv.la@ambascience-usa.org