Opinion publique cherche représentants

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Une étude publiée par le "Program on International Policy Attitudes" (PIPA) de l’Université du Maryland présente des résultats parfois inattendus en matière de perception par le public des risques liés au changement climatique. L’étude est fondée principalement sur un sondage réalisé auprès de 22.182 citoyens dans 21 pays développés ou émergents, qui ont été interviewés face à face ou par téléphone [1]. Les résultats ont été présentés par le Steven Kull - Directeur du PIPA - lors d’un atelier traitant de l’impact du changement climatique sur les relations transatlantiques, organisé par l’Atlantic Council of the United States.

Un public américain encore partagé :

On observe tout d’abord que l’opinion publique est partout consciente que le changement climatique est un problème "sérieux" ou "très sérieux". Les réponses vont de 64% en Jordanie à 97% en Corée du Sud. Sur la réalité du phénomène et sur sa gravité, les avis sont encore partagés. Les américains sont en effet 75% à considérer le problème comme "sérieux" ou "très sérieux", ce qui est peu par rapport aux 95% observés en France, mais qui indique que la réalité du phénomène est relativement acceptée.

Les réponses montrent que l’opinion publique n’est pas totalement convaincue de l’origine anthropique ni de la gravité du phénomène. Elles indiquent une perception qui est en-dessous de la moyenne générale, et faible par rapport aux autres pays développés, mais majoritairement bien consciente du défi tel que le présente le GIEC. 70% des américains considèrent en effet qu’ils seront "probablement" ou "très probablement" personnellement affectés par le phénomène. Ils sont également 71% à estimer que ce sont bien les activités humaines qui en sont la cause, ce qui les place encore dans la moyenne basse (la France étant à 89%), mais indique que l’école de pensée tendant à minimiser l’origine anthropique du réchauffement ne fait plus recette.

Sur la nécessité de prendre des "mesures majeures à très court terme", l’opinion américaine se situe, là aussi, en dessous de la moyenne (seul 59% le pensent contre une moyenne de 65%).

Mais un public mûr pour l’action :

Malgré le faible score à la question des "mesures majeures", les américains sont 71% considérer que les Etats-Unis devraient participer au protocole de Kyoto pour la réduction des GES. A la question : "comparativement à l’américain moyen, estimez-vous être plus ou moins en faveur de prendre des mesures pour lutter contre le réchauffement ?", 66% du public répond par la positive. 79% pensent qu’il sera "absolument" ou "probablement" nécessaire de changer de mode de vie et 65% que le prix de l’énergie devra augmenter.

Démontrant même un certain volontarisme quant aux actions à entreprendre, les américains sont convaincus, plus que la moyenne, qu’il faut exiger des fabricants automobiles d’accroitre l’efficacité des véhicules (77% contre 55% en France et 67% en moyenne tous pays confondus). Les américains sont également plus en faveur de la création de taxes pour le développement d’énergie alternatives que la moyenne, ce qui ne laisse pas de surprendre compte tenu de l’hostilité générale aux instruments fiscaux dans ce pays, avivée par la campagne électorale qui vient de se clore. Sur le sujet de l’énergie nucléaire, encore, les Etats-Unis devancent la moyenne (49%) en étant favorables à 63% à la construction de nouvelles centrales.

Ces résultats montrent que si une fraction importante de l’opinion publique doute encore de la réalité du réchauffement climatique, ou des risques qui y sont associés, et ne pense pas qu’il soit utile de prendre des mesures, il reste une très large majorité à être préoccupée et prête à voter pour des mesures qui changeraient le paysage énergétique du pays.

Des décideurs en retard sur leurs électeurs :

Curieusement, seuls 38% des leaders d’opinion et décideurs (congrès) estiment correctement la position de l’opinion publique sur ces questions. Et seuls 29% des assistants parlementaires, qui élaborent les positions des représentants de la nation, jugent avec pertinence l’opinion publique. Manifestement, donc, le pouvoir législatif n’a pas encore pris la mesure de l’ampleur de la majorité qui se dégage pour lutter contre le changement climatique aux Etats-Unis. En revanche, le futur président, en maintenant tout au long de sa campagne électorale que l’énergie et le climat seraient la première de ses priorités, a su capitaliser sur un sentiment d’urgence qui semble désormais bien établi de ce côté de l’Atlantique.

[1] La marge d’erreur par pays varie entre plus ou moins 2,4% et 3,5%.

Source :

PIPA : http://www.worldpublicopinion.org/pipa/storage/SK_ClimateChange_11-08.ppt

Pour en savoir plus, contacts :


- Atlantic Council of the United States : http://www.acus.org
- University of Maryland - Program on International Policy Attitudes (PIPA) - http://www.worldpublicopinion.org/pipa/pdf/dec07/CCDigest_Dec07_rpt.pdf
Code brève
ADIT : 56718

Rédacteur :

Marc Magaud attache-envt.mst@ambafrance-us.org

Voir en ligne : http://www.bulletins-electroniques….