"Organic food" : le contexte et les avancées

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Un constat s’impose quant à l’alimentation "organique" : aux Etats-Unis, la mobilisation pour sa promotion est de plus en plus marquée. Le label "organique" est à distinguer de l’agriculture biologique comme on la définit en Europe. Ce point avait déjà été précisé dans un précédent bulletin, en date du 15/05/2009 [1]. En effet, le "biologique" interdit notamment l’utilisation d’OGMs, d’engrais ou de pesticides de synthèse. En ce qui concerne l’élevage, l’utilisation d’hormones et d’antibiotiques est proscrite. Le label "organique" est une certification délivrée par l’USDA : elle interdit notamment le recours à l’ingénierie génétique, aux radiations ionisantes et aux boues d’égout dans la production et le traitement des produits agricoles. Sur la base des données relayées dans un récent article publié dans le "Time Magazine" [2], qui possède un lectorat de près de 20 millions de lecteurs aux Etats-Unis ainsi que sur les tendances actuelles appuyées de données chiffrées, le débat en cours aux Etats-Unis porte désormais sur l’agriculture et l’alimentation organique.

Chiffres et tendances clés aux Etats-Unis : un secteur en plein développement

Au cours des 15 dernières années, le secteur des aliments organiques est celui qui a connu la plus forte croissance dans l’industrie agroalimentaire, enregistrant près de 20% de croissance annuelle. En 1990, l’USDA estimait le chiffre d’affaires du secteur organique à 1 milliard de dollars. En 2008, selon la "Organic Trade Association", les ventes du secteur s’élevaient à plus de 25 milliards de dollars. Les aliments organiques représentent actuellement 3% du marché total américain.

Selon un récent rapport publié par le Groupe Hartman intitulé "Beyond Organic and Natural 2010", les trois quarts des consommateurs américains achètent des produits organiques. Des données publiées par l’association de consommateurs "Consumers Union" début mars 2010 montrent quant à elles, que deux tiers des consommateurs adeptes de l’organique se disent inquiets des ingrédients génétiquement modifiés contaminant les aliments organiques. De plus en plus d’organisations se sont formées dans le but de promouvoir et de protéger le marché des produits organiques et ce, pour toutes les parties prenantes du secteur dont les associations "Organic Consumers Association", formée en 1998 et "Organic Trade Association", créée en 1985 pour n’en citer que 2.

Intérêts en terme de qualité nutritionnelle des produits organiques

Une étude menée en 2009 par une équipe de chercheurs londoniens ("London School of Hygiene & Tropical Medicine") et publiée dans l’"American Journal of Clinical Nutrition" [3] avait mis en évidence qu’il n’y aurait aucune différence en terme de qualité nutritionnelle entre les produits organiques et les produits conventionnels. Les quelques différences constatées peuvent pour la plupart s’expliquer par des différences dans les méthodes de production. Mais cette étude ne tenait pas compte de certains micronutriments comme le cuivre, le fer, le manganèse, ou bien encore l’acide folique qui seraient présents en plus grande quantité dans les produits organiques.

D’après une méta-analyse réalisée par le "Organic Center", un groupe à but non lucratif basé à Boulder, dans le Colorado, la teneur en acides phénoliques et en antioxydants dans les produits organiques serait de l’ordre de 25% supérieure à celle des produits conventionnels. Selon Charles Benbrook, le responsable de ce groupe, ce serait justement ce type de nutriments qui seraient déficients dans l’alimentation des Américains.

Contexte de développement des produits organiques : la "junk food" et son incidence sur la santé

Un des fléaux causé par la médiocre qualité de l’alimentation des Américains est l’obésité. Les causes sont maintenant bien identifiées et relayées dans la presse grand public. Une récente étude, publiée en août 2010 par le "Center for Disease Control and Prevention" d’Atlanta, révèle qu’environ 27% des Américains sont considérés comme obèses (c’est-à-dire qu’ils dépassent leur poids idéal à hauteur de 20%) et dans 9 Etats le taux d’obésité atteindrait les 30%.

De précédents bulletins électroniques font d’ailleurs état des nombreuses mesures prises par le gouvernement américain pour lutter contre ce problème de santé publique. On peut notamment citer la campagne "Let’s Move" initiée par Michelle Obama le 9 février 2010 qui vise à éradiquer le problème de l’obésité infantile en une génération [4]. Cette campagne encourage les enfants à effectuer une heure quotidienne d’exercice physique et vise à améliorer la qualité de la nourriture servie dans les cantines scolaires. Le "Child Nutrition Act" constitue une autre initiative gouvernementale dans le but de développer des programmes alimentaires au sein des écoles.

Dans le milieu scientifique également la question de l’obésité fait l’objet de nombreux travaux de recherche. A titre d’exemple, citons les travaux d’une équipe de chercheurs de la Clinique Mayo à Rochester (Minnesota) en collaboration avec l’Université du Connecticut, l’Université de l’Iowa et la New York University (NYU) qui pourraient être la base d’un futur traitement de l’obésité. Ces chercheurs ont mis en évidence que les canaux potassium ATP dépendant jouent un rôle clé dans le contrôle de la dépense énergétique au sein du muscle et donc dans la régulation du poids [5].

Le régime alimentaire des Américains est trop riche en protéines animales : jusqu’à 100kg/an, ce qui représente au moins 1,5 fois plus que ce que recommande l’USDA dans sa pyramide alimentaire. Par ailleurs, 14% des Américains seulement consomment les 5 fruits et légumes recommandés par jour. La surproduction alimentaire constitue également un problème : les Etats-Unis produisent suffisamment de nourriture pour que chaque Américain dispose de 3 800 cal./jour alors que seulement 2 350 calories sont nécessaires.

Les ingrédients alimentaires sont également incriminés dans ces problèmes de nutrition : le sirop de maïs riche en fructose, qui est associé à l’obésité et aux diabètes de type-2 comme le montrent plusieurs études américaines [6], et le sel. La "Corn Refiners Association" (CRA) aurait de ce fait décidé dernièrement d’envoyer une pétition à la FDA pour obtenir une autorisation d’étiqueter cet ingrédient sous le nom de "sucre de maïs".

Evolution des pratiques agricoles pour les cultures et l’élevage

Afin de maintenir les flux de production et des prix bas, les Etats-Unis ont eu recours notamment à la technologie et à l’ingénierie. Pour citer un exemple, jusqu’à 10 millions de tonnes de fertilisant chimique par an sont déversés sur les champs pour la seule culture du maïs, ce qui a certes permis d’augmenter les rendements de 23% entre 1990 et 2009 mais a également conduit à ce que les eaux de ruissellement deviennent toxiques, contaminant du même coup le Golfe du Mexique. Une autre caractéristique essentielle de l’agriculture aux Etats-Unis est l’utilisation quasi-généralisée d’OGMs. En effet, à titre d’exemple, il est intéressant de rappeler qu’environ 90% des cultures de maïs et de soja sont aujourd’hui des OGMs [7].

Les Etats-Unis produisent 36 millions de tonnes de viande par an, la volaille représentant à elle seule près de 16 millions de tonnes. Lorsque l’on sait que l’élevage d’une vache nourrie en pâture prend jusqu’à 2 ans et demi, alors qu’un animal élevé en parc d’engraissement pourra être emmené à l’abattoir après seulement 14 mois, on comprend pourquoi la question de la nourriture soulève une question d’éthique quant au bien-être animal dans le débat sur les intérêts de la production organique contre la production de masse.

A ce sujet, plusieurs états ont pris des initiatives comme notamment le Gouverneur de l’Ohio, Ted Strickland, qui a pris des mesures pour améliorer les conditions d’élevage des porcs, veaux et volailles, cet accord fait suite à une réforme similaire entrée en vigueur en Californie en 2008.

Les freins à l’adoption des aliments organiques par une plus large population

Pour une grande majorité des professionnels, il apparaît difficilement envisageable de mettre en place une agriculture "idéale" sans pesticides synthétiques ni autres produits chimiques pour nourrir une population mondiale de 6,8 milliards d’habitants. En effet, les fermes industrielles auraient des rendements de production deux fois supérieurs à ceux des fermes organiques. Il est communément admis et ce à différents niveaux que la production agricole telle qu’on l’a connaît aujourd’hui ne serait sans doute pas suffisante pour nourrir une population mondiale en passe d’atteindre les 9 milliards d’individus d’ici 2050. Ainsi, de l’avis de James McWilliams, professeur d’histoire environnementale à l’Université de l’Etat du Texas, étant donné qu’environ 5% seulement des terres arables de la planète sont inutilisées et que la production mondiale aurait besoin d’être augmentée de 50 à 100%, il faudrait tout simplement accepter les pratiques agricoles intensives (vaporisation, fertilisation, modification génétique).

De plus, les exploitants adeptes d’une agriculture organique utilisent également des pesticides qui, bien que moins nocifs que les pesticides synthétiques ne sont pas pour autant non toxiques. En effet, selon l’ l’EPA (Environmental Protection Agency), il y aurait 195 biopesticides répertoriés - des substances dérivées des animaux, plantes ou minéraux qui sont toxiques pour certaines espèces - utilisés dans 780 produits commerciaux. A ce sujet, James McWilliams souligne, à titre de comparaison que 4 tonnes de fumier peuvent être nécessaires par acre, pour la culture alimentaire ; contre un sac de fertilisant synthétique…

Un autre argument qui freine le succès commercial des aliments "organiques" est le prix. En effet, il faut compter de 0,27 à 0,79 dollar de plus par kg pour les fruits et légumes en comparaison des produits ordinaires. Le lait certifié sans hormones ni antibiotiques coûte en moyenne 1,6 dollar par litre contre 0,92 dollar par litre pour le lait ordinaire.

Pour conclure, ce débat sur l’alimentation aux Etats-Unis témoigne d’une mobilisation de plus en plus notable de la population, des pouvoirs publics et des scientifiques en faveur des produits organiques dans le cadre d’une agriculture plus raisonnée. En février 2010, le NIFA (National Institute of Food and Agriculture), dans le cadre de la "Organic Agriculture Research and Extension Initiative" a, d’ailleurs, financé plusieurs projets pour un montant total de 19 millions de dollars. Cependant, les Etats-Unis ne semblent pas prêts à renoncer à leur production agricole de masse. Pour concilier ces 2 tendances, les pouvoirs publiques se proposent : d’une part, de mettre le doigt sur les pratiques agricoles et agroalimentaires néfastes (pollution, traitement animal, …) et de les sanctionner. D’autre part, ils s’engagent à soutenir d’avantage la production agricole locale, synonyme de création d’emplois et de réduction des coûts de transport donc de protection de l’environnement et de promouvoir la consommation de fruits et légumes de saison ainsi que le développement des exploitations agricoles organiques qui ne concerne aujourd’hui que 2% du total des fermes aux Etats-Unis.

Source :


- [1] Du nouveau pour les produits issus de l’agriculture biologique aux Etats-Unis - BE Etats-Unis 165 - 15/05/2009 - http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/59090.htm
- [2] "What’s So Great About Organic Food ?" - Jeffrey Kluger - Time Magazine - 30/08/20010
Consumer Profile Facts - Organic Trade Association - Juin 2010 - http://www.ota.com/organic/mt/consumer.html
- [3] (2009) Alan D Dangour, Sakhi K Dodhia, Arabella Hayter, Elizabeth Allen, Karen Lock and Ricardo Uauy. Nutritional quality of organic foods : a systematic review. American Journal of Clinical Nutrition, doi:10.3945/ajcn.2009.28041, Vol. 90, No. 3, 680-685 - http://www.ajcn.org/cgi/content/abstract/90/3/680?maxtoshow=&hits=10&RESULTFORMAT=&fulltext=organic+food+2009&searchid=1&FIRSTINDEX=0&resourcetype=HWCIT
- [4] La lutte contre l’obésité infantile, une priorité pour Michelle Obama - BE Etats-Unis 201 - 26/03/2010 - http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/62767.htm
- [5] Rôle des canaux potassium dans les dépenses énergétiques : vers un traitement de l’obésité ? - BE Etats-Unis 192 - 22/01/2010 - http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/62005.htm
- High fructose corn syrup : A sugar by any other name - Bakeryandsnacks.com - 28/09/2010 - http://www.bakeryandsnacks.com/Regulation-Safety/High-fructose-corn-syrup-A-sugar-by-any-other-name?utm_source=RSS_text_news
- [6] Le fructose libre présent dans le sirop de maïs responsable de l’obésité aux Etats Unis ? - BE Etats-Unis 145 - 05/12/2008 - http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/56899.htm
- [7] Evolution du secteur des OGMs aux Etats-Unis et de leur perception - BE Etats-Unis 190 - 8/01/2010 - http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/61809.htm
- Organic Agriculture Research and Extension Initiative -USDA / NIFA 18/02/2010 -
http://www.csrees.usda.gov/fo/organicagricultureresearchandextensioninitiative.cfm

Pour en savoir plus, contacts :


- The Organic Center, Boulder, Colorado - http://www.organic-center.org/
- Center for Disease Control and Prevention, Atlanta, Georgia - http://www.cdc.gov/
- USDA - http://www.usda.gov/wps/portal/usda/usdahome
- National Beef Cattlemen’s Association - http://www.beef.org/
- EPA - http://www.epa.gov/
- Organic Consumers Association - http://www.organicconsumers.org/
- Organic Trade Association - http://www.ota.com/index.html
Code brève
ADIT : 64633

Rédacteur :

Magali Muller, deputy-agro.mst@consulfrance-chicago.org ; Adèle Martial, attache-agro.mst@consulfrance-chicago.org

Voir en ligne : http://www.bulletins-electroniques….